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Attaques sans précédent au Mali : la junte face à la pire crise depuis 2012

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Le Mali, frappé par des attaques sans précédent samedi, traverse sa pire crise sécuritaire depuis 2012. Les jihadistes du JNIM et les rebelles touareg du FLA ont coordonné des frappes simultanées contre des positions stratégiques de la junte à Bamako, Kati et dans le nord du pays. Le ministre de la Défense Sadio Camara, 47 ans, est mort ; Assimi Goïta, chef de la junte, demeure silencieux depuis le début des hostilités.

 – Attaques sans précédent au Mali: une frappe coordonnée sur cibles stratégiques

Samedi, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), allié à Al-Qaïda, et le Front de libération de l’Azawad (FLA), rébellion séparatiste touareg réclamant le territoire de l’Azawad dans le nord du Mali, ont frappé ensemble des positions clés à travers le pays. Les cibles : le siège présidentiel d’Assimi Goïta, la résidence du ministre de la Défense à Kati, l’aéroport international de Bamako et plusieurs sites militaires.

Cette coordination entre jihadistes et rebelles touareg est inédite depuis la prise du pouvoir par la junte en 2020. La situation n’a pas eu d’équivalent depuis mars 2012, ont constaté des journalistes de l’AFP présents sur place.

Dimanche en fin de journée, les combats avaient perdu en intensité sur l’ensemble du territoire. La situation restait néanmoins tendue sur plusieurs fronts.

 – Le ministre Camara tué, Bamako sous le choc

Un kamikaze au volant d’un véhicule piégé a ciblé samedi la résidence du général Sadio Camara, 47 ans, à Kati. Le ministre de la Défense, figure centrale du régime militaire, a succombé à ses blessures après son transfert à l’hôpital. Le gouvernement a confirmé son décès dimanche soir dans un communiqué officiel.

Lors de l’attaque contre sa résidence, le général Camara a « engagé des échanges avec les assaillants dont il a réussi à neutraliser certains », précise la junte. Il aura droit à des funérailles nationales.

À Kati, ville-garnison et fief de la junte situé à une quinzaine de kilomètres de Bamako, le calme est revenu après des tirs signalés dans la matinée, selon un habitant interrogé par l’AFP. L’aéroport international de Bamako a repris ses opérations dimanche, après vingt-quatre heures d’interruption. Les combats se poursuivaient de manière sporadique dans plusieurs zones. À Sévaré, dans le centre du pays, la situation demeurait « confuse » et des coups de feu restaient entendus par endroits.

Le gouvernement a recensé 16 blessés civils et militaires depuis samedi, avec des « dégâts matériels limités ». Ce bilan pourrait encore s’alourdir, notamment chez les civils.

 – Kidal retombe, le FLA avance vers Gao

Au nord, la ville de Kidal a basculé. Le FLA revendique désormais le contrôle « total » de cette cité stratégique, après des affrontements qui ont repris dimanche matin avant de s’interrompre. Le groupe annonce également un « accord » permettant aux soldats russes de l’Africa Corps de se retirer de la ville.

L’armée malienne et les paramilitaires russes du groupe Wagner — renommé Africa Corps depuis — avaient reconquis Kidal en novembre 2023. Cette opération avait mis fin à plus d’une décennie de contrôle par des groupes rebelles. L’offensive du FLA a remis cette conquête en cause.

Le groupe séparatiste revendique en outre des positions dans la région de Gao. Les combats ont cessé dans cette zone, mais ses combattants se trouvent toujours aux abords de la ville, a confirmé un élu local interrogé par l’AFP.

 – Derrière ces attaques sans précédent au Mali, une crise profonde depuis 2012

Le Mali est en proie aux conflits depuis 2012. Cette année-là, des rebelles indépendantistes touaregs avaient pris le contrôle de Kidal, Gao puis Tombouctou, dans le nord du pays. Leurs alliés islamistes, liés à Al-Qaïda au Maghreb islamique, les avaient rapidement supplantés.

Depuis lors, les violences jihadistes des groupes affiliés à Al-Qaïda et à l’organisation État islamique (EI) n’ont pas cessé. Des groupes criminels communautaires et des mouvements indépendantistes ont aggravé la situation.

La junte au pouvoir depuis 2020 avait promis la sécurité, la stabilité et le retour de l’État. Elle avait noué un partenariat stratégique avec Moscou via les paramilitaires russes de Wagner. La reconquête de Kidal en novembre 2023 passait pour une victoire décisive. Cette opération avait mis fin à plus d’une décennie de contrôle rebelle sur la ville.

Ces attaques sans précédent au Mali surviennent neuf mois après un autre assaut majeur. En septembre 2024, le JNIM avait ciblé l’aéroport militaire de Bamako et l’école de gendarmerie dans une double attaque « d’une rare ampleur ». Ce double attentat avait fait plus de 70 morts et 200 blessés selon des sources sécuritaires. La menace jihadiste ne s’était pas affaiblie depuis.

 – La « victoire » du JNIM et l’alerte de l’opposition

Le JNIM a proclamé la « victoire » samedi soir. Le groupe affirme que ce résultat est « le fruit d’un travail acharné », d’une coordination avec ses « partenaires » et « grâce à la participation active de nos frères » du FLA. Il assume « la responsabilité » de l’ensemble des assauts de la journée, ciblant notamment le siège présidentiel, la résidence du ministre de la Défense, l’aéroport international et les sites militaires de Kati.

La Coalition des forces pour la République (CFR) — mouvement auquel appartient l’influent imam malien en exil Mahmoud Dicko — a publié un communiqué dimanche. Sa conclusion est sans équivoque : le Mali est « en danger ». « La junte a promis aux Maliens la sécurité, la stabilité et le retour de l’État. Aujourd’hui, ces symboles sont frappés », écrit la CFR.

 – Goïta silencieux, la junte fragilisée

Depuis le début des hostilités, Assimi Goïta, chef de la junte malienne, n’est apparu nulle part. Il n’a pas non plus pris la parole. Une source sécuritaire malienne a indiqué à l’AFP qu’il « a été exfiltré de Kati dans la journée de samedi et se trouve en lieu sûr ». Plusieurs observateurs s’étonnent de ce silence prolongé.

L’absence de communication dépasse le seul Mali. Les deux autres juntes de l’Alliance des États du Sahel (AES) — le Niger et le Burkina Faso — gardent également le silence. Cette triple absence de prise de parole publique amplifie l’impression d’un pouvoir pris de court.

La mort du général Camara fragilise le régime en profondeur. Ministre de la Défense depuis la prise du pouvoir, il était l’un des principaux piliers de la junte. Sa disparition pose une question directe : qui dirige désormais l’effort militaire malien face à une double offensive jihadiste et séparatiste d’une telle ampleur ?

Ces attaques sans précédent au Mali remettent en cause la promesse fondatrice du régime. La sécurité était son argument central de légitimité. Cet argument vacille.

Source : Agence France-Presse

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