Abbas Araghchi, ministre des Affaires étrangères de la République islamique, a quitté Islamabad dimanche pour Moscou. La diplomatie iranienne sans Washington tourne à plein régime. Donald Trump a simultanément annulé l’envoi de ses émissaires et fermé la porte aux négociations directes avec Téhéran.
Abbas Araghchi a quitté Islamabad dimanche. Son ministère a confirmé le départ en direction de la capitale russe. Selon l’ambassadeur iranien en Russie, Kazem Jalali, il doit rencontrer le président Vladimir Poutine à Saint-Pétersbourg.
Moscou n’a pas confirmé ce rendez-vous. Aucune annonce officielle russe n’a accompagné la déclaration iranienne. La Russie reste néanmoins l’un des alliés les plus solides de la République islamique depuis le début du conflit.
Ce déplacement clôt une tournée diplomatique entamée vendredi à Islamabad. Araghchi avait rencontré samedi le général Asim Munir, chef tout-puissant de l’armée pakistanaise. Il s’était ensuite entretenu avec le Premier ministre Shehbaz Sharif.
Après le Pakistan, le chef de la diplomatie iranienne a rallié Oman. Il y a rencontré le sultan Haitham ben Tariq. Par téléphone, il a également échangé avec son homologue turc Hakan Fidan.
Le Pakistan avait accueilli début avril les premières discussions entre les deux camps. Ces échanges, ébauchés à Islamabad, n’avaient pas abouti. Chaque partie a affiché depuis une fermeté que rien n’a encore entamée.
– Téhéran envoie ses « messages écrits » à Washington via le Pakistan
Le Pakistan assume un rôle de canal entre Téhéran et Washington. Selon l’agence iranienne Fars, l’Iran a transmis des « messages écrits » au gouvernement américain par cette voie. Ces messages portent sur les « lignes rouges » de Téhéran : son programme nucléaire et le détroit d’Ormuz.
Ce canal indirect illustre l’état des relations entre les deux puissances. Bientôt trois semaines après le cessez-le-feu obtenu à l’issue de quarante jours de combats, les discussions directes restent suspendues. Le Pakistan concentre les efforts de médiation régionale sans déboucher sur aucune avancée concrète.
Depuis Moscou, l’ambassadeur Jalali a affiché une ligne offensive. Il a déclaré que l’Iran et la Russie forment « un front uni » face aux « forces hégémoniques mondiales ». Les deux pays s’opposent, selon lui, aux puissances qui refusent « un monde exempt d’unilatéralisme et de domination occidentale ».
– Trump annule ses émissaires et tranche : pas de négociations directes
Samedi, Donald Trump a annulé le déplacement au Pakistan de son gendre Jared Kushner et de son envoyé spécial Steve Witkoff. Cette décision coupe court aux tentatives de relance des discussions directes. Les pourparlers avaient pourtant été ébauchés début avril à Islamabad.
Trump s’est expliqué sur Fox News. « J’ai dit que nous n’allions plus faire » de négociations directes avec l’Iran, a-t-il déclaré. Il a lancé aux Iraniens : « S’ils veulent parler, ils peuvent venir vers nous, ou ils peuvent nous appeler, nous avons de très bonnes lignes téléphoniques sécurisées. »
Sur l’issue du conflit, le président américain a affiché une certitude totale. « Nous avons fait du très bon boulot, cela va se terminer bientôt, et nous serons très victorieux », a-t-il ajouté.
Samedi soir, Trump assistait au gala annuel des correspondants de la Maison Blanche à Washington. Un homme armé avait fait irruption lors de l’événement. Trump a écarté tout lien entre cet incident et le conflit en cours.
– Le détroit d’Ormuz sous double blocus, les menaces s’accumulent
Le détroit d’Ormuz cristallise une part centrale des tensions. Avant le déclenchement du conflit, il assurait le transit de 20 % du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondiaux. Les deux belligérants l’ont désormais soumis à un double blocus simultané, avec des conséquences majeures sur les marchés énergétiques mondiaux.
L’armée américaine a annoncé l’interception, en mer d’Arabie, d’un navire sous sanctions internationales. Ce bâtiment était impliqué dans des « activités liées au transport de produits énergétiques iraniens ». Il a ensuite fait « demi-tour vers l’Iran sous escorte », selon le commandement militaire américain pour le Moyen-Orient, le Centcom.
Le Centcom précise que « 37 navires ont été redirigés depuis le début du blocus » des ports iraniens. Face à cette pression, les forces armées iraniennes ont répondu par une menace directe. En cas de poursuite du blocus américain, Téhéran promet une réponse militaire. L’Iran qualifie ces interceptions d’actes de « piraterie ».
– La diplomatie iranienne sans Washington bute sur un conflit non résolu
Le conflit a éclaté il y a près de deux mois. Déclenché conjointement avec Israël, il a causé des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban. Ses répercussions ont ébranlé l’économie mondiale.
Le cessez-le-feu conclu après quarante jours de combats a mis fin aux opérations majeures. Mais il n’a pas rapproché les positions diplomatiques. Iraniens et Américains maintiennent une fermeté symétrique sur tous les points de friction.
Bientôt trois semaines après la trêve, le dialogue direct reste suspendu. Le Pakistan sert de relais sans produire de résultat tangible. La diplomatie tourne, les émissaires voyagent, et la crise s’enlise.
– Au Liban, 14 morts en une journée, bilan quotidien record depuis la trêve
Le front libanais enregistre sa journée la plus meurtrière depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu. Des frappes israéliennes dans le sud du Liban ont tué 14 personnes dimanche. Ce bilan constitue le plus lourd depuis le début de la trêve, entrée en vigueur le 17 avril.
Le ministère de la Santé libanais précise que deux femmes et deux enfants figurent parmi les victimes. Trente-sept personnes ont en outre été blessées. L’armée israélienne a indiqué qu’un de ses soldats a été tué et six autres blessés lors de combats au Liban.
Benjamin Netanyahu et le Hezbollah pro-iranien se rejettent mutuellement la responsabilité des violations de la trêve. Donald Trump avait annoncé jeudi sa prolongation pour trois semaines supplémentaires. « Les violations du Hezbollah démantèlent de fait le cessez-le-feu », a affirmé le Premier ministre israélien.
Le Hezbollah rejette ces accusations. Le mouvement chiite affirme riposter aux « violations continues » de l’armée israélienne. Depuis l’entrée en vigueur de la trêve le 17 avril, au moins 36 personnes ont été tuées sur le territoire libanais.
Le bilan global reste lourd. Depuis le 2 mars, date à laquelle le Hezbollah a rouvert les hostilités avec Israël, plus de 2 500 personnes ont été tuées au Liban par les opérations israéliennes.
Source : Agence France-Presse















