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Survie au cancer du pancréas : deux molécules prometteuses ouvrent une nouvelle ère thérapeutique

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Survie au cancer du pancréas : deux publications scientifiques parues à quelques jours d’intervalle marquent une rupture après quarante ans de stagnation médicale. Une molécule américaine double la durée de vie des patients métastatiques, une équipe française prolonge l’efficacité de la chimiothérapie. Ces avancées restent modestes, mais elles signalent un changement réel pour l’une des pathologies les plus meurtrières.

Un cancer resté sans avancée médicale pendant quarante ans

Après cinq ans de maladie, environ une personne sur dix est encore en vie. Ce chiffre, mesuré aux États-Unis comme en France, est resté quasi stable pendant des décennies. Il reflète à lui seul l’impasse dans laquelle les chercheurs se trouvaient face au cancer du pancréas.

Deux facteurs expliquent cette stagnation. La maladie se diagnostique souvent à un stade avancé, lorsque les options thérapeutiques restent déjà limitées. Ses cellules développent par ailleurs une résistance rapide aux traitements disponibles, au premier rang desquels la chimiothérapie.

Ces deux obstacles combinés ont bloqué tout progrès médical significatif pendant quarante ans. Patrick Mehlen, biologiste au centre anticancer Léon Bérard de Lyon, pose le constat sans nuance : « Il y a une vraie différence en train d’arriver pour ce cancer qui n’avait pas vu de progrès médicaux depuis 40 ans. »

La progression de la maladie amplifie l’urgence. Elle touche de plus en plus de jeunes, sans que les chercheurs en comprennent clairement les raisons. Plusieurs études estiment qu’il deviendra dans les prochaines années le second cancer le plus meurtrier des pays développés, après celui du poumon.

La dynamique de la recherche a néanmoins évolué depuis une dizaine d’années. Les financements consacrés à cette pathologie ont augmenté, générant un regain d’intérêt chez les chercheurs.

« Il y a plus de financements, donc plus d’intérêt des chercheurs », confirme Mehlen. Cette mobilisation commence à produire ses premiers résultats concrets.

Survie au cancer du pancréas : le daraxonrasib double la durée de vie des patients métastatiques

L’annonce la plus remarquable de ces dernières semaines vient des États-Unis. Mi-avril 2026, la start-up pharmaceutique Revolution Medicines a publié des résultats cliniques portant sur une molécule baptisée daraxonrasib. Nombre de cancérologues ont salué cette publication.

Ce traitement se prend par voie orale. Il cible une protéine présente dans plusieurs types de cancers, et particulièrement dans celui du pancréas. Cette protéine encourage une division incontrôlée des cellules tumorales.

L’essai clinique a porté sur des patients dont le cancer était déjà métastasé. Revolution Medicines a comparé les effets du daraxonrasib à ceux d’une chimiothérapie classique, dont le mode d’action est beaucoup moins ciblé.

Le résultat est net. La moitié des patients traités par daraxonrasib ont survécu au-delà de treize mois. Cette durée est deux fois plus longue que celle observée dans le groupe sous chimiothérapie. Pour un cancer aussi agressif à ce stade, ce gain est sans précédent.

Ce progrès peut sembler mineur en chiffres absolus. Dans le contexte d’une pathologie sans avancée médicale depuis quarante ans, il marque pourtant une rupture réelle avec les décennies d’immobilisme qui précédaient.

Le témoignage de Ben Sasse, ancien sénateur républicain américain

L’ancien sénateur républicain Ben Sasse a mis un visage humain sur ces données cliniques. Il a révélé son cancer du pancréas fin 2025 et suit depuis ce traitement expérimental.

Dans une longue interview publiée par le New York Times, il a décrit sa situation de décembre avec franchise : « À la mi-décembre, j’avais trois ou quatre mois devant moi. » Aujourd’hui, assure le quinquagénaire, « ça va beaucoup mieux. »

Sasse n’a dissimulé ni la persistance de la maladie ni la violence des effets secondaires. Son visage ensanglanté lors de l’entretien en témoignait. Il ne s’est pas illusionné sur ses perspectives à long terme et n’a pas évoqué de possibilité de guérison.

Survie au cancer du pancréas : une équipe française publie dans Nature

Une autre avancée significative vient de France. Patrick Mehlen a dirigé une équipe de recherche associant notamment des chercheurs du CNRS. Leurs travaux ont paru mercredi dans la revue Nature.

L’approche de cette équipe diffère fondamentalement de celle de Revolution Medicines. Les chercheurs n’ont pas cherché à éliminer les tumeurs. Ils ont développé une molécule conçue pour empêcher les cellules cancéreuses d’activer un mécanisme qui les rend résistantes à la chimiothérapie.

Ce mécanisme de résistance constitue l’un des principaux obstacles thérapeutiques dans cette maladie. Quand il se déclenche, les médicaments administrés perdent rapidement leur efficacité. Bloquer ce processus revient à maintenir les traitements actifs sur une durée plus longue.

L’équipe a testé la molécule chez une quarantaine de patients. Tous présentaient un cancer diffusé à l’ensemble du pancréas, sans métastase à ce stade. Ces patients suivaient simultanément une chimiothérapie standard.

Leur survie semble prolongée de plusieurs mois par rapport aux résultats habituellement observés dans des situations comparables. « On donne six mois de plus aux gens en moyenne, ce qui dans cette pathologie n’est pas rien », affirme Mehlen.

Des résultats encourageants, une rigueur encore à compléter

Ces résultats appellent toutefois à la prudence. L’étude a porté sur un nombre limité de patients. Surtout, elle n’incluait pas de groupe témoin : aucun sous-groupe ne recevait uniquement la chimiothérapie sans la molécule testée.

Cette absence de comparaison directe limite la solidité des conclusions. Sans groupe contrôle, la part attribuable à la molécule reste difficile à mesurer avec certitude.

Les chercheurs prévoient de lancer d’ici fin 2026 une étude répondant à ces critères scientifiques. Elle permettra de confirmer ou d’infirmer les résultats actuels selon les standards nécessaires à toute validation clinique.

Vers une combinaison des deux approches pour prolonger encore la survie

Patrick Mehlen ne perçoit pas ses travaux comme concurrents de ceux de Revolution Medicines. Les deux molécules agissent sur des mécanismes différents de la même maladie. Leur association pourrait en démultiplier les effets bénéfiques.

« La prochaine étape sera de combiner [le daraxonrasib] avec notre molécule, de manière à étendre encore plus la survie des patients », a précisé le chercheur.

À terme, sa molécule pourrait accompagner non seulement une chimiothérapie standard, mais aussi le traitement de Revolution Medicines. Cette perspective reste à valider cliniquement.

Pour l’heure, ces avancées ne transforment pas encore le pronostic de la majorité des patients. La guérison reste hors de portée pour la plupart. Mais pour la recherche sur le cancer du pancréas, la survie des malades commence concrètement à s’allonger.

Source : Agence France-Presse

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