Ali Larijani éliminé, Iran marque la disparition du principal décideur de la République islamique. Le chef du Conseil suprême de sécurité nationale, dirigeant de facto depuis l’assassinat d’Ali Khamenei le 28 février, est mort. Israël a revendiqué son élimination le mardi 17 mars. Téhéran l’a confirmée dans la journée.
Un chef éliminé en pleine guerre
Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a annoncé son « élimination » le 17 mars. Quelques heures plus tard, le Conseil suprême de sécurité nationale iranien confirmait officiellement la mort de son chef. Ali Larijani avait 68 ans.
Vendredi, il avait bravé les bombardements israélo-américains. Sa présence lors d’une manifestation en pleine rue à Téhéran était un geste politique assumé. Il n’en est pas revenu.
Un responsable militaire israélien, sous couvert d’anonymat, l’a décrit mardi comme « le dirigeant de facto du régime iranien, surtout depuis deux semaines ». Depuis l’assassinat du guide suprême Khamenei, il était, selon ce responsable, « celui qui prenait les décisions et tirait les ficelles » — et ce, ajoutait-il, « même avant cela ».
Ali Larijani éliminé Iran : un parcours au cœur du sérail
Né en 1957 à Najaf, en Irak, Ali Larijani était le fils d’un éminent dignitaire chiite proche de l’ayatollah Khomeini, fondateur de la République islamique. Ses origines l’ancraient d’emblée au centre du système.
Ancien combattant des Gardiens de la Révolution, il participa à la guerre Iran-Irak de 1980 à 1988. Titulaire d’un doctorat en philosophie occidentale de l’université de Téhéran, il combinait formation militaire et bagage intellectuel. Ce profil rare traversa toute sa carrière.
À partir de 1994 et pendant une décennie, il dirigea l’audiovisuel d’État. Ces années furent celles d’un engagement sans équivoque contre les réformateurs. Il diffusa de nombreux programmes attaquant les intellectuels et les proches du président Mohammad Khatami. Sa loyauté au guide suprême ne souffrait aucune ambiguïté.
En 1996, Khamenei le nomma son représentant au Conseil suprême de sécurité nationale. Il en devint ensuite le secrétaire. Ce lien de confiance ne se démentit jamais, jusqu’à la mort du guide.
Ali Vaez, expert sur l’Iran pour International Crisis Group, le décrivait en février comme « un véritable homme du sérail, fin tacticien, familier du fonctionnement du système et des inclinations du guide suprême ». Son rôle, soulignait Vaez, était « plus important que la plupart de ses prédécesseurs » à la tête de l’appareil sécuritaire.
Le négociateur nucléaire et l’homme politique écarté
Entre 2005 et 2007, Larijani fut le principal négociateur iranien sur le dossier nucléaire, face à Londres, Paris, Berlin et Moscou. Cette mission lui valut une réputation de pragmatisme. Il soutint en 2005 l’accord nucléaire conclu avec les grandes puissances — rendu caduc trois ans plus tard par le retrait américain décidé par Donald Trump.
Sa trajectoire politique fut jalonnée d’évictions. Candidat à la présidentielle en 2005, il fut battu par le populiste Mahmoud Ahmadinejad. Il présida le Parlement iranien de 2008 à 2020. Ses candidatures aux élections présidentielles de 2021 et 2024 furent écartées par le Conseil des gardiens.
En mars 2025, avant que des pourparlers irano-américains ne soient stoppés par la reprise des hostilités, il mit en garde contre le risque de pousser Téhéran vers le nucléaire militaire. Sa position fut constante : les négociations avec les Occidentaux devaient rester cantonnées au dossier nucléaire. L’enrichissement d’uranium restait, à ses yeux, un droit souverain de l’Iran.
Le contexte : une guerre déclenchée le 28 février
Tout bascula le 28 février. Une frappe israélienne tua Ali Khamenei. Cet assassinat déclencha la guerre au Moyen-Orient.
Larijani, déjà nommé à la tête du Conseil suprême de sécurité nationale après un bref conflit Iran-Israël, devint le visage martial du régime. Son retour à ce poste qu’il avait occupé vingt ans plus tôt avait d’abord été interprété comme un signal pragmatique. La guerre transforma ce signal en mobilisation totale.
Il multiplia les déclarations offensives. Il avertit que l’Iran se battrait « quel que soit le prix ». Donald Trump, affirmait-il, avait entraîné « le peuple américain dans une guerre injuste ».
Fin janvier, il avait rencontré le président russe Vladimir Poutine à Moscou. Ce mois-ci encore, il s’était entretenu avec des responsables du Golfe souhaitant réduire les tensions avec Washington. Sa diplomatie se poursuivit jusqu’aux derniers jours de sa vie.
Réactions : Israël revendique, Washington sanctionne
Benjamin Netanyahu n’a pas dissimulé sa satisfaction. Le Premier ministre israélien a déclaré avoir « éliminé le chef d’une bande de gangsters qui dirige en réalité l’Iran ».
Washington l’avait sanctionné pour sa responsabilité dans la « répression violente » de vastes manifestations en janvier. Larijani avait alors imputé ces débordements à « l’ingérence américaine et israélienne ». Deux lectures radicalement opposées des mêmes événements.
Pour David Khalfa, cofondateur du centre de recherches Atlantic Middle East Forum, son rôle dans cette répression était « absolument central ». « Central parce que c’est le guide suprême qui donne l’ordre, mais c’est lui qui l’exécute », a-t-il déclaré à l’AFP. « C’est le bras droit. Les Iraniens, ça, ne l’oublient pas. »
Ali Larijani éliminé Iran : un vide au sommet de l’appareil sécuritaire
Sa mort prive l’Iran de son principal architecte sécuritaire au moment le plus critique de son histoire récente. Le Conseil suprême de sécurité nationale coordonne les stratégies de défense et supervise la politique nucléaire. Ce poste était central dans la conduite de la guerre.
Larijani incarnait à la fois la fermeté idéologique et l’ouverture tactique. Cette combinaison rare, reconnue par les experts comme par les responsables israéliens, disparaît avec lui. Son double rôle — exécutant des ordres du guide et interlocuteur pragmatique à l’international — ne se trouve pas aisément.
La question de sa succession reste entière. Dans un Iran sous bombardements, gérant un dossier nucléaire sous pression maximale, ce vide au sommet constitue une inconnue décisive pour la suite du conflit.
Source : Agence France-Presse












