L’affaiblissement de la junte au pouvoir au Mali pourrait remettre l’Algérie au centre du jeu diplomatique dans ce pays du Sahel. Avec lequel elle partage une frontière saharienne de plus de 1.300 kilomètres.
L’Algérie a perdu de l’influence depuis que la junte a pris le pouvoir à Bamako en 2020. Pourtant, l’enjeu sécuritaire pour Alger vis-à-vis du Mali reste majeur alors que le nord de ce pays est un foyer d’instabilité, avec la présence de groupes jihadistes liés à Al-Qaïda ou à l’Etat islamique. Alger redoute en particulier la déstabilisation de ses propres régions du sud.
L’incertitude règne
Pour l’heure, l’incertitude règne après les attaques coordonnées et simultanées à travers le Mali qui ont visé des positions stratégiques de la junte, et qui ont coûté la vie au ministre de la Défense et à au moins 23 civils et militaires.
« L’Algérie ne veut ni l’effondrement du Mali, ni sa transformation en émirat jihadiste », résume Michael Shurkin, ancien agent de la CIA et directeur des programmes mondiaux chez 14 North Strategies. « Le maintien du Mali unitaire est pour Alger un impératif », renchérit une source diplomatique ayant requis l’anonymat.
Dès lundi, la diplomatie algérienne a ainsi rappelé la position « claire et constante » de l’Algérie, en renouvelant son « soutien à l’unité du Mali ».
Une position dictée
L’Algérie « rejette catégoriquement toutes les formes et manifestations du terrorisme, qui ne peut être justifié ni toléré, quels qu’en soient les motifs ou les causes, une position dictée par l’expérience douloureuse de l’Algérie face à ce fléau », a déclaré Ahmed Attaf, ministre des Affaires étrangères, en référence à la sanglante « décennie noire » des années 1990.
Pour autant, à Alger, « il peut y avoir une forme de contentement sur les malheurs que subit aujourd’hui la junte » qui s’est montrée très hostile à l’Algérie ces dernières années, emportant dans son sillage le Burkina Faso et le Niger, décrypte une source informée du dossier qui veut garder l’anonymat.
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L’Algérie aurait même joué un rôle de médiation discrète lors des événements du week-end dernier, ont indiqué à l’AFP une source malienne et une source proche du gouvernement algérien. « Il y a eu des tractations entre Russes et Algériens pour sécuriser le corridor et permettre aux Russes de sortir (de Kidal, ndlr) mais il ne s’agit pas d’un accord formel », a affirmé la source malienne sous couvert d’anonymat en raison de la sensibilité du dossier.
Un rôle de garant
« L’Algérie a joué un rôle de garant », a expliqué pour sa part la source proche d’Alger. « Les Algériens étaient dans le coup, informés en amont de cette opération par les Azawad (rebelles du Front de libération de l’Azawad, ndr), qui ont toujours gardé un lien étroit avec les autorités algériennes ».
Pour Michael Shurkin, l’Algérie « veut faire pression sur le Mali pour qu’il chasse les Russes (alliés de la junte au pouvoir) et qu’il réajuste sa position vis-à-vis du Maroc ». Les événements lui offrent une opportunité de peser après une période de grand froid diplomatique entre Alger et Bamako.
Les militaires maliens, qui avaient pris le pouvoir par la force en 2020 à Bamako, avaient en effet dénoncé en janvier 2024 l’accord de paix signé à Alger en 2015 sous l’égide des Nations unies, longtemps considéré comme essentiel pour stabiliser le Mali. Surtout, la junte a soutenu la marocanité du Sahara occidental.
Bien que mise hors jeu par le pouvoir malien, l’Algérie a cependant gardé des relais importants dans le pays et elle garde une connaissance fine du Mali, observent deux diplomates occidentaux, soulignant également sa grande expertise dans la lutte contre le terrorisme. Elle est restée en contact avec toutes les différentes factions du pays, soulignent-ils, citant le chef de guerre touareg et jihadiste malien Iyad Ag Ghali.
Un réel pouvoir au Mali
Celui-ci « a un avantage que personne d’autre n’a: il est de Kidal. Sa famille est de là-bas », indique pour sa part la source proche du dossier. « C’est quelqu’un qui rassure les Azawad, les Touaregs, qui rassure son organisation (JNIM), mais aussi les tribus locales », dit-elle.
Sur son sol, l’Algérie peut compter sur l’influent imam Mahmoud Dicko en exil qui pourrait être « un canal de négociation », estime Michael Shurkin. « Islamiste sans être jihadiste », celui-ci « dispose d’un réel pouvoir au Mali et est peut-être la plus grande menace politique du régime ».
Ces derniers jours, la presse proche de la position officielle algérienne rappelait le rôle de l’Algérie au Sahel.
Présence économique
« Aucun pays de la région ne connaît l’espace sahélien comme l’Algérie, qui comprend parfaitement les éléments influents dans la région, du fait de sa présence économique, sociale et ethnique », notait ainsi Echourouk mardi.
Il est « impossible d’exclure l’Algérie de tout plan ou règlement dans la région, comme en témoigne l’Accord d’Alger de 2015 », poursuivait-il, rappelant que cet accord est le seul « dans lequel les mouvements Azawad ont accepté de déposer les armes et de s’intégrer dans l’Etat malien ».
© Agence France-Presse
















