Au quinzième jour d’un conflit qui embrase l’ensemble du Moyen-Orient, Donald Trump a déclaré samedi l’Iran « totalement vaincu » sur Truth Social. Téhéran a répondu en menaçant de détruire toute infrastructure pétrolière liée aux États-Unis dans la région. La guerre Iran – détroit d’Ormuz continue de faire flamber les cours du brut à l’échelle mondiale, alors qu’aucune issue diplomatique ne se profile.
L’île de Kharg, nouveau symbole d’un affrontement sans précédent
Deux semaines après le déclenchement des hostilités, la rhétorique entre Washington et Téhéran a franchi un nouveau palier samedi 14 mars. Donald Trump a publié sur son réseau Truth Social un message au ton triomphaliste. Selon lui, l’Iran est désormais « totalement vaincu » et cherche à « conclure un accord ». Le président américain a toutefois précisé qu’il n’accepterait aucune offre qui ne lui conviendrait pas.
Cette déclaration fait suite à une annonce du vendredi soir. Trump avait alors affirmé avoir « complètement détruit » des cibles militaires situées sur l’île de Kharg, dans le nord du Golfe persique. Cette île, à environ 30 kilomètres des côtes iraniennes, abrite le plus grand terminal d’exportation de pétrole brut d’Iran. Sa destruction partielle représente un coup symbolique et économique majeur contre Téhéran.
Trump a joint un avertissement à cette annonce. Si l’Iran, « ou quiconque d’autre », bloque le passage des navires dans le détroit d’Ormuz, les infrastructures pétrolières de l’île seront détruites à leur tour.
Téhéran répond : menaces sur toutes les installations liées aux États-Unis
La contre-réaction iranienne n’a pas tardé. Le porte-parole du quartier général central de Khatam al-Anbiya, structure affiliée aux Gardiens de la Révolution, a formulé une menace en miroir. Cité par les médias iraniens, il a été direct : toutes les installations pétrolières, économiques et énergétiques liées aux États-Unis seront visées. Les compagnies en partie détenues par Washington ou coopérant avec lui n’y échapperont pas. Elles seront « immédiatement détruites et réduites en cendres ».
Le ton de cet échange illustre l’absence totale de désescalade au quinzième jour du conflit. Chaque annonce américaine entraîne une réplique iranienne d’intensité équivalente. La guerre Iran – détroit d’Ormuz s’installe dans une logique d’escalade rhétorique et militaire croisée, sans médiation visible à l’horizon.
Le détroit d’Ormuz, enjeu énergétique mondial
Le bras de fer dépasse largement les deux belligérants directs. Avant le déclenchement du conflit le 28 février, le détroit d’Ormuz constituait un verrou énergétique planétaire : un cinquième de la production mondiale d’hydrocarbures y transitait quotidiennement. Sa fermeture par Téhéran a déclenché une envolée immédiate des prix du pétrole sur les marchés internationaux.
Les économies importatrices d’Asie, d’Europe et d’Afrique subissent de plein fouet les répercussions de ce blocage. Les chaînes d’approvisionnement en énergie sont perturbées à une échelle sans précédent depuis les crises pétrolières du XXe siècle. La pression sur Washington pour rouvrir le détroit est considérable, tant sur le plan stratégique qu’économique.
Donald Trump a promis samedi que la marine américaine commencerait « bientôt, très bientôt » à escorter des pétroliers dans la zone. Cette annonce vise à rassurer les marchés et les alliés. Mais le Pentagone n’a pas encore confirmé sa mise en œuvre concrète.
Renforts militaires américains en route vers la région
Pour appuyer cette posture, Washington déploie des moyens supplémentaires. Le New York Times rapporte l’envoi de quelque 2 500 Marines additionnels et de trois nouveaux navires vers le Moyen-Orient. Le Wall Street Journal précise que le navire d’assaut amphibie Tripoli, habituellement basé au Japon, fait partie de ce dispositif.
Ces renforts s’ajoutent à un arsenal déjà considérable dans la région. Ils témoignent d’une préparation à une escalade militaire supplémentaire. Trump a d’ailleurs prévenu que les États-Unis frapperaient l’Iran « très fort au cours de la prochaine semaine ».
Dans ce contexte, Washington a également ordonné au personnel non essentiel de son ambassade à Oman, ainsi qu’à leurs proches, de quitter le pays. Cette mesure de précaution signale une évaluation sérieuse des risques sécuritaires pour les ressortissants américains dans la péninsule arabique.
Tabriz en ligne de mire, Doha sous les missiles
Sur le terrain militaire, l’offensive israélienne ne marque aucune pause. Samedi matin, l’armée israélienne a demandé aux habitants de certains quartiers de Tabriz, grande ville du nord de l’Iran, d’évacuer leurs domiciles en anticipation d’opérations militaires imminentes. Cette injonction traduit la poursuite des frappes israéliennes en profondeur sur le territoire iranien.
Les pays du Golfe continuent, eux, de subir les représailles aériennes iraniennes. Leur coopération économique avec les États-Unis et la présence de bases militaires américaines sur leur sol en font des cibles directes pour Téhéran et ses alliés.
Le Qatar a annoncé samedi avoir intercepté deux missiles. Tôt dans la matinée, des intercepteurs ont été vus abattant deux projectiles au-dessus du centre de Doha. Des journalistes de l’AFP présents sur place ont entendu les explosions. Le pays avait auparavant procédé à des évacuations préventives dans plusieurs zones de la capitale.
Le Liban et l’Irak entraînés dans l’engrenage
La guerre Iran – détroit d’Ormuz a largement débordé de ses fronts initiaux. Le Liban est entré dans le conflit le 2 mars, quand le Hezbollah a lancé des missiles sur Israël. La milice pro-iranienne a justifié cette décision par la mort du guide suprême Ali Khamenei, tué dès le premier jour de l’offensive israélo-américaine du 28 février. Son fils Mojtaba Khamenei lui a succédé à la tête de la République islamique, mais n’a pas encore fait d’apparition publique.
Depuis l’ouverture du front libanais, la situation humanitaire se dégrade à un rythme alarmant. Selon le dernier bilan officiel libanais, les frappes israéliennes ont causé la mort de plus de 773 personnes, dont 103 enfants. Plus de 800 000 habitants ont fui leurs foyers. Samedi, une frappe israélienne a tué au moins douze membres du personnel d’un centre de santé dans le sud du pays. Le ministère de la Santé a confirmé ce bilan.
Un quartier général de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul), présente dans le sud du pays depuis 1978, a également été touché selon l’Agence nationale d’information libanaise. L’armée israélienne n’a pas confirmé cette frappe dans l’immédiat. L’armée népalaise, dont un contingent fait partie de la Finul, a indiqué qu’aucun de ses membres n’avait été blessé et que l’origine de l’attaque restait indéterminée.
À l’aube samedi, un drone a visé l’ambassade américaine à Bagdad. Un haut responsable sécuritaire irakien a confirmé l’attaque. Dans le même temps, des frappes ont touché un groupe armé pro-iranien dans le pays. Résultat : deux morts dans les rangs de la milice, selon des sources sécuritaires locales.
Aucune perspective de règlement à l’horizon
Au quinzième jour du conflit, les positions restent figées. Washington maintient ses ultimatums et prépare de nouvelles frappes. Téhéran durcit sa rhétorique, multiplie les contre-menaces et active ses réseaux de proxies à travers la région. Israël poursuit ses opérations aériennes en Iran et au Liban sans interruption.
La réouverture du détroit d’Ormuz constitue la condition indispensable à toute désescalade économique. Mais ni l’une ni l’autre des parties ne semble prête à faire le premier pas. Trump laisse entendre qu’un accord est possible — à ses conditions exclusives. L’Iran, pour sa part, répond par des menaces de destruction massive de l’économie pétrolière régionale.
Le monde retient son souffle. Cette confrontation va remodeler les équilibres géopolitiques mondiaux. Les marchés énergétiques en subiront les effets pendant des années. L’issue du conflit autour du détroit d’Ormuz engage bien plus que deux belligérants — elle engage l’ordre mondial.
















