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Drones iraniens Shahed : pourquoi ils résistent au brouillage GPS

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Trans Afrique

Peu chers, envoyés par milliers, responsables de dégâts majeurs dans toute la région. Les drones iraniens Shahed défient les systèmes de brouillage adverses. L’un d’eux a tué jeudi un militaire français au Kurdistan irakien. Comment ces engins parviennent-ils à atteindre leurs cibles malgré les interférences ? Décryptage en cinq points.

Drones iraniens Shahed : la navigation inertielle contourne le brouillage GPS

Le brouillage GPS est généralisé autour du Golfe. Les armées l’utilisent pour désorienter les engins adverses. Il perturbe la navigation maritime et le quotidien des populations civiles. Mais les drones iraniens Shahed continuent d’atteindre leurs cibles.

La clé : ils n’utilisent pas en permanence le GPS.

« En n’utilisant pas le GPS, vous évitez ce brouillage », explique à l’AFP Thomas Withington, chercheur associé au Royal United Services Institute (RUSI). Le principe est précis. « Juste avant ou juste après le décollage, le drone allume un récepteur GPS pour savoir où il est », détaille-t-il.

Un gyroscope prend ensuite le relais. Il mesure la vitesse, la direction et la position de l’engin en fonction de son point de départ. C’est la navigation inertielle — autonome, sans signal externe, impossible à brouiller.

Au moment de frapper sa cible, le drone peut rallumer son GPS pour plus de précision, ou rester en navigation inertielle au risque d’une frappe légèrement moins exacte. Dans les deux cas, il arrive.

Des systèmes anti-brouillage intégrés aux drones iraniens Shahed

La navigation inertielle n’est pas la seule protection. Les drones iraniens Shahed embarquent également des dispositifs actifs de contre-mesures électroniques.

En Ukraine, les drones russes Geran-2 — de type Shahed — disposaient d’« un système de suppression des interférences d’antenne à la pointe de la technologie, c’est-à-dire qu’il supprime les signaux de brouillage ennemis tout en préservant le signal GPS souhaité », selon le groupe de réflexion américain Institute for Science and International Security (ISIS), dans une analyse publiée en 2023.

Depuis le début de la guerre actuelle, des dispositifs anti-brouillage ont été retrouvés sur des débris de drones à Chypre, rapporte une source industrielle européenne à l’AFP. La qualité de ces composants surprend les experts. « C’est assemblé à partir de pièces disponibles dans le commerce, mais il possède bon nombre des capacités dont dispose l’équipement GPS de l’armée américaine », affirme à l’AFP Todd Humphreys, professeur à l’Université du Texas à Austin.

« Les Shahed ont été modernisés », confirme le porte-parole de l’armée de l’air ukrainienne, Ioury Ignat. Se défendre contre ces engins nécessite donc des équipements de guerre électronique « plus sophistiqués et plus nombreux ».

Matériaux furtifs : les radars peinent à les détecter

Les drones iraniens Shahed bénéficient d’un troisième avantage structurel : leur discrétion radar.

« Un radar aime les gros avions métalliques, car le métal est une surface conductrice qui renvoie beaucoup d’énergie vers le radar », observe Thomas Withington. Or les Shahed adoptent une logique inverse. Ils sont souvent construits « à partir de matériaux légers absorbant les ondes radar », comme le plastique ou la fibre de verre, détaille le RUSI dans une note de 2023.

Leur taille réduite et leur vol à basse altitude renforcent encore leur discrétion. Ensemble, ces caractéristiques leur permettent de passer entre les mailles des systèmes de détection classiques. Un engin petit, lent, silencieux, et difficile à voir sur un écran radar — une combinaison redoutable à bas coût.

BeiDou, GLONASS, Loran : les drones iraniens multiplient les systèmes de guidage

L’Iran utilise-t-il le système de guidage par satellite chinois BeiDou, concurrent du GPS ? La question divise les observateurs. Recourir à plusieurs constellations satellitaires renforce la résistance au brouillage : pour neutraliser le drone, il faut brouiller plusieurs fréquences simultanément.

Serguiï Beskrestnov, conseiller du ministère ukrainien de la Défense pour la technologie, tranche : « Oui. » Il précise que les versions russes des Shahed utilisent également le GLONASS, l’équivalent russe du GPS. Brouiller un drone connecté à GPS, BeiDou et GLONASS simultanément exige des moyens bien plus importants.

Des soupçons portent aussi sur Loran — un système de radionavigation sans satellite, développé pendant la Seconde Guerre mondiale et mis en veille après l’émergence du GPS. L’Iran avait annoncé en 2016 vouloir relancer ce système alternatif. Mais aucun expert ne peut aujourd’hui confirmer qu’il est activement utilisé. Ce type de système nécessite aussi un réseau de transmetteurs au sol imposants — moins discrets, et a priori à portée de bombardements.

Dana Goward, président de la fondation américaine Resilient Navigation and Timing, remet l’ensemble en perspective auprès de l’AFP : « Certaines transmissions sont plus difficiles à brouiller que d’autres, mais toutes peuvent l’être. » Un rappel utile — mais qui n’efface pas la réalité opérationnelle : brouiller plusieurs systèmes en même temps reste un défi technique considérable.

Comment s’en défendre : abattre plutôt que brouiller

Face aux drones iraniens Shahed, les armées privilégient une réponse directe : les abattre. Canons, missiles, drones intercepteurs, lasers — Israéliens et Américains développent activement ces solutions de destruction physique.

Le brouillage reste une option, mais son efficacité dépend d’une condition précise. « Tout repose sur la capacité à détecter les émissions radio du drone, s’il en émet », analyse Thomas Withington, en citant la phase finale du vol comme moment critique.

L’Ukraine apporte la preuve que le brouillage peut fonctionner — à condition d’en avoir les moyens. Kiev déclare parvenir à brouiller, pirater ou leurrer une proportion significative des drones russes. Entre mi-mai et mi-juillet 2025, l’armée ukrainienne a neutralisé 4.652 drones grâce à la guerre électronique, contre 6.041 abattus, sur un total de 12.851, selon des données analysées par l’AFP. Les deux techniques — électroniques et conventionnelles — fonctionnent souvent ensemble.

Le message est clair : aucune solution unique ne suffit contre les drones iraniens Shahed. Il faut combiner la destruction physique et la guerre électronique, avec des moyens suffisants pour tenir dans la durée. Car les Shahed, eux, continuent d’arriver — par milliers, à bas coût, difficiles à voir, difficiles à brouiller, et de plus en plus précis.

Source : AFP – 13 mars 2026

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