Une frappe israélienne tue au moins 12 membres du personnel de santé dans le sud du Liban. C’est la deuxième attaque contre le secteur médical en quelques heures. Pendant ce temps, Naïm Qassem promet une « longue confrontation ». Et un père enterre ses quatre filles. Le Liban plonge un peu plus dans l’horreur.
Frappe israélienne au Liban : 12 soignants tués à Burj Qalawiya
Samedi, le ministère libanais de la Santé publie un communiqué accablant. Une frappe aérienne israélienne a ciblé le centre de soins de santé primaires de Burj Qalawiya, dans le sud du Liban. Bilan : « Douze médecins, ambulanciers et infirmiers en service au centre ont été tués, et un autre soignant a été blessé. » Les opérations de secours sont toujours en cours au moment de l’annonce.
Le ministère dit « pleurer les soignants de Burj Qalawiya ». Une formule sobre qui dit l’ampleur du deuil.
Cette frappe israélienne au Liban sur des soignants n’est pas isolée. Le ministère la qualifie de « deuxième attaque contre le secteur de la santé en quelques heures » — une frappe précédente sur Sawaneh a tué deux ambulanciers affiliés au Hezbollah et à son allié Amal. Frapper des soignants. Deux fois. En quelques heures.
Le ministre de la Défense israélien Israël Katz avait prévenu vendredi. Israël fera payer au Liban « des prix de plus en plus élevés en dommages aux infrastructures et en perte de territoire » tant que le gouvernement libanais ne « remplira pas son engagement central de désarmer » le Hezbollah. Un avertissement suivi d’actes — dont deux frappes sur des centres de santé.
Hezbollah : « Nous nous sommes préparés pour une longue confrontation »
Naïm Qassem prend la parole pour la deuxième fois depuis le début du conflit. Le chef du Hezbollah choisit ses mots avec soin — et avec détermination. « Nous nous sommes préparés pour une longue confrontation », déclare-t-il vendredi dans une allocution télévisée.
Il précise le cadre idéologique de cette résistance : « Il s’agit d’une bataille existentielle. » Puis il fixe la ligne rouge : « Nous ne donnerons pas à l’ennemi les moyens de réaliser son objectif de nous éradiquer ni de contrôler le Liban. »
Ces mots font écho à la rhétorique iranienne. Téhéran refuse de capituler. Le Hezbollah refuse d’être éradiqué. Face à ces deux refus symétriques, la guerre s’installe dans la durée — exactement ce que Qassem annonce et revendique.
Le Hezbollah a entraîné le Liban dans le conflit régional le 2 mars, en lançant des missiles sur Israël pour « venger » la mort du guide suprême iranien Ali Khamenei, tué au premier jour de l’offensive israélo-américaine contre l’Iran. Depuis, le Liban paie le prix de ce choix qu’il n’a pas fait.
La Finul visée, Guterres exhorte à un cessez-le-feu
La frappe israélienne au Liban ne s’arrête pas aux centres de santé. Des obus israéliens tombent vendredi à l’intérieur du quartier général du bataillon népalais de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul), dans la ville de Mays al-Jabal, selon l’Agence nationale d’information libanaise. L’armée israélienne ne confirme pas l’information dans l’immédiat.
La Finul est présente au Sud-Liban depuis 1978. Ses positions ont été visées à plusieurs reprises depuis le début du conflit. Chaque incident provoque des condamnations. Aucune ne change la trajectoire de la guerre.
Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, en visite au Liban, hausse le ton. Il exhorte Israël et le Hezbollah à conclure « un cessez-le-feu afin d’arrêter la guerre ». Et il formule un vœu qui sonne comme un constat d’impuissance : « J’espère sincèrement que lors de ma prochaine visite, je pourrai voir un Liban en paix, où l’État détient le monopole de la force et où l’intégrité territoriale est pleinement rétablie et respectée. »
Le président libanais Joseph Aoun révèle de son côté n’avoir « pas reçu de réponse » à sa proposition de négocier directement avec Israël, sous parrainage international. Deux pays techniquement en état de guerre depuis des décennies — et qui ne se parlent pas.
« Est-ce que ça, c’est des infrastructures ? » : un père enterre ses quatre filles
À Irkay, sur la côte sud du Liban, Mohammad Taqi enterre ses quatre filles. Elles sont mortes la veille dans une frappe israélienne sur leur maison, qui a fait neuf morts au total selon les autorités. Des images de l’AFP montrent l’habitation pulvérisée — un tas de gravats là où se trouvait une famille.
Le visage couvert de blessures, Mohammad Taqi désigne les corps de ses enfants enveloppés de draps blancs. Il pose une question qui résume tout : « L’ennemi israélien prétend chaque jour cibler les infrastructures. Est-ce que ça, c’est des infrastructures ? » Puis il s’effondre : « J’ai perdu mes quatre filles. Je n’en ai plus. » Cinq autres membres de sa famille ont péri dans l’attaque.
Cette frappe israélienne au Liban sur une maison civile illustre ce que les chiffres ne parviennent pas toujours à dire : derrière chaque statistique, des familles. Derrière chaque bilan, des pères qui enterrent leurs enfants.
L’armée israélienne a par ailleurs détruit vendredi un pont sur le fleuve Litani, qu’elle présente comme « un point de passage crucial » pour le Hezbollah, utilisé « pour se déplacer du nord au sud du Liban, renforcer ses positions et se préparer aux combats ». Une infrastructure détruite. Des civils coupés. La guerre redessine le Liban, kilomètre par kilomètre.
773 morts, 800.000 déplacés : le Liban face au désastre
Les chiffres sont vertigineux. Depuis le 2 mars — depuis que le Hezbollah a lancé ses missiles sur Israël et déclenché la riposte israélienne — les frappes au Liban ont fait plus de 773 morts, dont 103 enfants, et plus de 800.000 déplacés, selon le dernier bilan officiel libanais.
773 morts en douze jours. 103 enfants. 800.000 personnes arrachées à leur foyer. Et ce samedi, 12 soignants supplémentaires tués dans un centre de santé primaires.
Le Premier ministre Nawaf Salam avait prévenu : un « désastre humanitaire » se profile. Il est désormais là. Visible, chiffré, documenté — et insuffisamment entendu dans les capitales qui pourraient peser sur le cours de cette guerre.
Naïm Qassem promet une longue confrontation. Israël promet de continuer avec toute sa force. Et pendant que les deux camps affichent leur détermination, le Liban compte ses morts — dont douze soignants qui se trouvaient simplement là où leur devoir les avait placés : à soigner des blessés dans un centre de santé du sud.
Source : AFP – 14 mars 2026
















