Les conséquences économiques de la guerre au Moyen-Orient se lisent désormais sur tous les tableaux de bord. Le Brent dépasse les 100 dollars pour la deuxième séance consécutive. Le dollar atteint son plus haut depuis août. Les Bourses reculent. Et le gaz européen inquiète. Au 14e jour du conflit, l’économie mondiale absorbe le choc — mais pour combien de temps ?
Le Brent franchit les 100 dollars pour la deuxième séance d’affilée
Le signal est brutal. Vendredi, le baril de Brent — référence internationale pour le pétrole — clôture à 103,14 dollars. C’est la deuxième séance consécutive au-dessus du seuil symbolique des 100 dollars.
Depuis le 27 février, veille des premières frappes américano-israéliennes en Iran, le Brent a bondi de plus de 42 %. Il évoluait alors à 72,48 dollars. Son équivalent américain, le baril de WTI, s’envole encore plus fort : +47 % depuis le début du conflit, à 98,71 dollars.
Le moteur de cette flambée est connu : le détroit d’Ormuz reste bloqué par l’Iran. Par ce passage stratégique transitent 20 % de la production mondiale d’hydrocarbures. Tant qu’il reste fermé, les prix montent.
Donald Trump annonce vendredi soir que la marine américaine va commencer « très bientôt » à escorter des pétroliers dans le détroit. Une mesure attendue — mais dont l’effet sur les prix restera limité tant que l’Iran maintiendra sa pression militaire sur la zone.
Conséquences économiques guerre Moyen-Orient : le gaz européen sous surveillance
Derrière le pétrole, une autre inquiétude monte : le gaz. Le prix du TTF néerlandais — référence européenne du gaz naturel — a atteint un pic à 69,50 euros lundi, son niveau le plus élevé depuis janvier 2023. La flambée est directement liée au conflit et à la paralysie des flux énergétiques en provenance du Golfe.
Le ministre délégué à l’Industrie français, Sébastien Martin, reconnaît vendredi sur BFMTV que la question des prix du gaz inquiète « plus certains industriels que les cours du pétrole ». Sa conclusion est nuancée : « Pour le moment, ça tient. » Mais il ajoute aussitôt que « ça ne pourra pas durer éternellement ».
Une lucidité qui traduit l’état d’esprit des décideurs économiques européens. Les stocks de gaz restent pour l’instant suffisants. Mais chaque jour de guerre au Moyen-Orient rapproche l’Europe d’une zone de turbulences énergétiques qu’elle redoute depuis des années.
Environ un tiers des engrais transportés par voie maritime transite par le détroit d’Ormuz — un chiffre qui explique pourquoi Washington a autorisé vendredi l’importation d’engrais en provenance du Venezuela, en publiant de nouvelles licences dans le cadre de l’allègement des sanctions pesant sur le secteur énergétique vénézuélien. La guerre au Moyen-Orient pousse les États-Unis à des ajustements géopolitiques qu’ils n’avaient pas anticipés.
Bourses mondiales en baisse, sans panique pour l’instant
Les marchés actions reculent, mais résistent. À New York, le Dow Jones cède 0,26 %, le Nasdaq recule de 0,93 % et le S&P 500 perd 0,61 %. Depuis le début du mois, les indices américains affichent un recul modéré : environ 3,6 % pour le S&P 500 et 4,9 % pour le Dow Jones, au plus bas depuis novembre.
En Europe, la tendance est similaire. Paris perd 0,91 %, Londres 0,43 %, Milan 0,31 % et Francfort cède 0,60 %. Depuis le début de la guerre, les Bourses européennes ont perdu entre 5 % et 7 %.
Andrea Tueni, responsable des activités marché de Saxo Bank, résume l’ambiguïté du moment : la situation n’est « pas si catastrophique » mais elle « peut dégénérer à tout moment ». Un équilibre fragile, suspendu à l’évolution du conflit.
La crainte principale des investisseurs reste l’accélération de l’inflation. La flambée du pétrole et du gaz se répercutera inévitablement sur les prix à la consommation. La question n’est pas de savoir si l’inflation repart — elle repart déjà — mais jusqu’où.
Le dollar au plus haut depuis août, l’or cède du terrain
Le dollar tire son épingle du jeu. Porté par son statut de valeur refuge en temps de crise, le billet vert progresse pour la deuxième semaine consécutive. Vendredi, il gagne 0,83 % face à l’euro, à 1,1417 dollar pour un euro — un niveau plus vu depuis le mois d’août. Il se renforce également de 0,87 % face à la livre sterling, à 1,3230 dollar.
Les analystes de Scotiabank identifient le moteur de ce mouvement : « L’aversion au risque reste le principal facteur déterminant de l’évolution des marchés à l’approche du week-end. » En période d’incertitude géopolitique majeure, les investisseurs fuient le risque et se réfugient dans la devise américaine.
Paradoxalement, l’or — traditionnellement considéré lui aussi comme une valeur refuge — continue de s’éroder. Depuis le début de la guerre, il a perdu près de 4,4 % de sa valeur. L’once d’or évolue vendredi à 5.018,67 dollars, contre 5.171,74 dollars une semaine plus tôt. L’argent chute encore plus brutalement : -15 % depuis le début du conflit. Les investisseurs préfèrent le dollar à l’or. Un signal inhabituel, qui dit la singularité de cette crise.
Conséquences économiques guerre Moyen-Orient : les taux obligataires grimpent
Les marchés obligataires ressentent eux aussi les conséquences économiques de la guerre au Moyen-Orient. Le taux d’emprunt allemand à 10 ans — référence européenne — atteint 2,98 %, contre 2,95 % la veille en clôture. Un plus haut depuis fin 2023.
Le taux français à 10 ans monte à 3,67 % — son niveau le plus élevé depuis 2011. Avant le début de la guerre en Iran, il évoluait autour de 3,20 %. En deux semaines de conflit, il a progressé de près de 50 points de base. Une tension significative sur le coût de financement de la dette publique française.
Dans ce contexte, deux réunions de banques centrales concentrent l’attention des investisseurs la semaine prochaine. La Réserve fédérale américaine (Fed) se réunit mercredi. La Banque centrale européenne (BCE) se réunit jeudi. Leurs décisions sur les taux directeurs — maintien, hausse ou baisse — enverront un signal crucial sur la manière dont les grandes institutions monétaires lisent l’impact économique du conflit.
La guerre au Moyen-Orient a déjà produit ses premières conséquences économiques mondiales : Brent au-dessus de 100 dollars, gaz européen sous tension, Bourses en recul, taux obligataires en hausse, dollar au sommet. Si le conflit s’installe dans la durée — et rien n’indique le contraire — ces chiffres ne feront que s’aggraver. Et ce que les marchés absorbent encore sans panique pourrait rapidement dégénérer, comme le prévient Andrea Tueni. L’économie mondiale attend. Et surveille Ormuz.
Source : AFP – 14 mars 2026
















