Le désarmement nucléaire en échec — cette formule résume trois semaines de négociations infructueuses à New York. La 11e conférence d’examen du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) s’est achevée sans accord, pour la troisième fois consécutive. Son président a renoncé à soumettre le projet de texte final au vote des États membres.
Le président jette l’éponge après quatre révisions
Do Hung Viet, diplomate vietnamien chargé de présider la 11e conférence d’examen du TNP, a annoncé l’abandon. Il n’a pas soumis le projet de déclaration finale à l’adoption. Sa décision met un terme à plusieurs semaines de négociations aux Nations unies.
« J’ai présenté quatre versions du projet de document final, toutes révisées méticuleusement en suivant les souhaits des États partie », a-t-il déclaré. Il a exprimé sa « profonde déception » face à ce résultat. « Malgré tous nos efforts, je comprends que la conférence n’est pas en mesure de parvenir à un accord sur son travail sur le fond », a-t-il ajouté.
Le diplomate n’a pas masqué l’amertume du constat. Il a ironisé sur sa propre méthode : il avait tenu sa promesse de rendre « tout le monde mécontent de façon égale ». Cette formule traduit l’ampleur des divergences entre États membres, qui ont rendu tout compromis impossible malgré les multiples cycles de rédaction.
Do Hung Viet a néanmoins tenté de dégager un terrain commun. « Les délégations partagent l’objectif d’un monde sans armes nucléaires, un monde dans lequel la menace nucléaire ne plane pas au-dessus de nos têtes et de celles de nos enfants, même si nous différons sur la voie à suivre pour atteindre cet objectif », a-t-il affirmé. Sa mise en garde finale a sonné comme un aveu d’impuissance : « Si nous ne pouvons pas nous mettre d’accord sur le chemin à prendre, nous n’atteindrons jamais notre destination. »
Désarmement nucléaire en échec : un texte progressivement vidé de sa substance
Le projet de déclaration avait subi de multiples révisions successives. À chaque modification, il perdait en substance. Selon Richard Gowan, de l’International Crisis Group, le texte était devenu « de moins en moins ancré dans les réalités des conflits actuels et des risques de prolifération ».
Deux dossiers sensibles ont particulièrement illustré cet affaiblissement : l’Iran et la Corée du Nord. La dernière version consultée par l’AFP se contentait d’affirmer que Téhéran ne doit « jamais » développer d’arme atomique. La mention du « non respect » des obligations iraniennes, présente dans le premier projet, avait été supprimée. Toute référence à la Corée du Nord avait également disparu du texte.
L’appel direct aux États-Unis et à la Russie d’entamer des négociations sur un successeur au traité New Start a lui aussi été retiré. Ce traité, qui encadrait les arsenaux nucléaires des deux puissances, est expiré en février dernier. Son absence de successeur crée un vide juridique préoccupant que la conférence d’examen n’a pas su combler.
Un traité fondateur fragilisé par trois échecs consécutifs
Le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires est entré en vigueur en 1970. Il a été signé par la quasi-totalité des États du monde. Israël, l’Inde et le Pakistan font partie des exceptions notables. Le traité repose sur trois piliers : empêcher la propagation des armes nucléaires, promouvoir le désarmement général et complet, et favoriser la coopération pour l’utilisation pacifique de l’énergie nucléaire.
Cet échec s’inscrit dans une série noire. La conférence de 2015 avait déjà échoué à adopter un document final, bloquée notamment par les États-Unis. Celle de 2022 avait subi le même sort, bloquée cette fois par la Russie. La session de 2026 constitue donc le troisième échec consécutif à un exercice quinquennal d’examen.
Les chiffres publiés par le Sipri éclairent la gravité du contexte. Selon le dernier rapport de l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm, les neuf États dotés de l’arme atomique — Russie, États-Unis, France, Royaume-Uni, Chine, Inde, Pakistan, Israël et Corée du Nord — détenaient 12 241 ogives nucléaires en janvier 2025. Neuf de ces ogives sur dix appartiennent aux États-Unis et à la Russie. Dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes, ces données alimentent les inquiétudes sur une possible nouvelle course à l’armement atomique.
Désarmement nucléaire en échec : des responsabilités contestées entre États
Les cinq grandes puissances nucléaires signataires — États-Unis, Chine, Russie, Royaume-Uni et France — ont été accusées d’avoir exercé des pressions durant les négociations. Tous ne partagent pas l’analyse d’un objectif commun défendue par Do Hung Viet.
Seth Shelden, représentant de la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires (ICAN), prix Nobel de la paix, a désigné des responsables clairement identifiés. « La majorité des pays travaillent en toute bonne foi pour le désarmement (…) mais une poignée d’États possédant l’arme atomique et certains de leurs alliés sapent le TNP, contrecarrent les efforts de désarmement, augmentent leur arsenal et entraînent la prolifération, orientant le monde vers la catastrophe », a-t-il dénoncé vendredi soir.
Daryl Kimball, directeur de l’Association du contrôle des armements, a été encore plus direct. Les fondations du TNP « craquent en raison de l’inattention, de l’intransigeance et de l’incompétence », a-t-il dénoncé. Il a réclamé un leadership « éclairé » de Washington et des autres puissances nucléaires pour inverser cette tendance.
Les conséquences d’un traité qui s’érode sans disparaître
Le TNP continue d’exister malgré ce nouvel échec. Mais sa crédibilité s’affaiblit. Les experts alertent sur un risque croissant d’érosion de légitimité et de confiance. Cette dynamique pourrait conduire certains États non nucléaires à reconsidérer leur engagement envers la non-prolifération.
La question se pose désormais ouvertement. Si le traité ne produit plus de résultats concrets, des pays pourraient se demander si la non-prolifération représente réellement la meilleure solution pour assurer leur sécurité nationale. Cette interrogation, formulée par des experts, pourrait transformer le paysage stratégique mondial à moyen terme.
L’urgence du moment contraste avec le calendrier institutionnel. La prochaine conférence d’examen est prévue dans cinq ans. Le vide laissé par l’expiration du New Start, l’effacement de l’Iran et de la Corée du Nord du texte final, et les accusations de mauvaise foi portées contre les puissances nucléaires dessinent un tableau préoccupant. Les « fondations qui craquent » selon Kimball ne se reconstruisent pas sans volonté politique. Cette volonté a fait défaut à New York en 2026.
Source : Agence France-Presse












