Après des années de délestages, de factures contestées et de frustrations répétées, l’annonce de la reprise totale du secteur de l’électricité par l’État camerounais suscite autant de méfiance que de scepticisme. Avec la transformation d’ENEO en SOCADEL, de nombreux Camerounais attendent désormais une seule chose : des résultats concrets.
Pendant plusieurs années, le nom ENEO est devenu pour beaucoup de citoyen synonyme de coupures intempestives, d’appareils électroménagers endommagés et de factures parfois jugées incompréhensibles. Dans la plupart des grandes villes tels que Douala, Yaoundé, Bafoussam ou encore Garoua, les délestages ont profondément affecté le quotidien des ménages, des commerçants et des petites entreprises.
« Parfois on peut rester des jours entiers sans courant. Nos activités souffrent énormément« , raconte Brice, propriétaire d’un cybercafé à Douala.
Aujourd’hui, la donne semble vouloir changer. Depuis plusieurs jours, l’annonce de la disparition progressive d’ENEO au profit d’une nouvelle société publique baptisée SOCADEL (Société Camerounaise d’Électricité) fait largement réagir dans le pays.
Par décrets présidentiel, du 4 mai 2026, l’État camerounais a officiellement repris le contrôle total du secteur de la distribution électrique, marquant ainsi un tournant majeur dans l’histoire énergétique du Cameroun.
« On veut la lumière »
Pour de nombreux observateurs, cette décision marque surtout l’échec du modèle de gestion privée mis en place depuis la privatisation de la SONEL, au début des années 2000.
Au fil des années, les critiques contre ENEO se sont multipliées. Notamment sur la qualité de service jugée insuffisante, les coupures fréquentes, la lenteurs dans les branchements, les difficultés techniques et la hausse des plaintes des consommateurs.
Sur les réseaux sociaux, beaucoup de Camerounais accueillent cette reprise avec méfiance. « On ne veut plus seulement des changements de noms. On veut la lumière », écrit un internaute sur Facebook.
Avec SOCADEL, le gouvernement promet davantage d’investissements, une amélioration du réseau, une meilleure couverture électrique, et une gestion plus proche des réalités nationales. Mais malgré ces annonces, plusieurs citoyens restent prudents.
« Si les délestages continuent, les gens diront simplement qu’ENEO a changé de nom« , estime une commerçante à Yaoundé.
De nombreux problèmes restent encore à résoudre
Mais au-delà du changement de nom, de nombreux problèmes restent encore à résoudre : les installations sont vieillissantes, la demande en électricité augmente rapidement et les coupures restent fréquentes dans plusieurs villes du pays.
Pour plusieurs observateurs, cette reprise montre aussi la volonté du Cameroun de reprendre le contrôle de secteurs importants du pays qui étaient gérés depuis longtemps par des entreprises étrangères.
Avant sa transformation, ENEO était contrôlée majoritairement par le fonds britannique Actis. Le rachat des actions par l’État camerounais représente donc un acte fort sur le plan économique et politique.
Pour de nombreux Camerounais, le véritable test de SOCADEL ne se jouera pas dans les discours officiels, mais dans les foyers, les ateliers, les commerces et les entreprises où l’électricité reste indispensable à la vie quotidienne.
Une chose est sûre : après des années passées dans l’obscurité des délestages, les populations veulent désormais voir la lumière revenir… durablement.
















