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Noso : Atanga Nji se trompe sur la situation sécuritaire

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En mission à Bamenda, Paul Atanga Nji a déclaré que la situation sécuritaire dans le Noso était sous contrôle. Pourtant, dans les faits, les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest ont enregistré ces dernières semaines un regain de violences. Et au moins une trentaine de morts rien qu’au cour du mois de septembre.

Depuis l’élection présidentielle du 12 octobre 2025, le ministre de l’Administration territoriale ne s’était plus rendu dans le Nord-Ouest. Paul Atanga Nji a attendu un an après ce scrutin agité pour renouer avec les visites dans sa région d’origine. Une « trêve » qui s’explique sans doute par le climat sociopolitique toujours tendu sur l’ensemble du territoire national. Et en l’occurrence dans les deux régions anglophones en proie depuis fin 2016 à une crise sécuritaire.

Qui a dégénéré en conflit armé

Des tensions elles-mêmes liées aux contestations postélectorales, qui ont d’ailleurs causé des pertes en vies humaines. Des dons aux victimes du conflit armé. Pourtant, douze mois après ces échéances, la situation sécuritaire s’est nettement améliorée dans le Nord-Ouest. C’est du moins l’avis du ministre de l’Administration territorial (Minat). Il a fait cette surprenante observation lors de sa mission de travail à Bamenda le mardi 6 octobre dernier.

Une visite que le Minat a mise à profit pour faire le point de la situation sécuritaire dans la région. Il a saisi la même occasion pour exprimer sa solidarité envers les victimes du conflit armé en cours.

C’est ainsi qu’au nom du chef de l’Etat, le membre du gouvernement a remis des dons à ces personnes vulnérables. Dont certaines sont alitées dans les hôpitaux de la ville abritant les institutions administratives du Nord-Ouest. Un ton triomphaliste qui tranche avec la réalité quotidienne

« Depuis l’élection présidentielle de 2025, c’est la première fois que le Minat tient une réunion de sécurité. Dans la région du Nord-Ouest. C’est un très grand signe. Qui démontre clairement que la situation sécuritaire dans l’ensemble de la région du Nord-Ouest est sous contrôle. », a-t-il déclaré. Pourtant, la réalité quotidienne dans cette région, comme dans celle du Sud-Ouest voisin, est toute autre.

Présidentielle 2025 : Vers un nouveau Noso ?

Et cette situation sécuritaire s’est dégradée davantage depuis la rentrée scolaire en septembre. En effet, la visite même du Minat ne s’est pas clôturée sans heurt. À peine l’autorité repartie, après sa visite éclair, deux policiers ont perdu la vie. Ils n’ont pas pu déjouer le guet-apens tendu par des individus armés. Des assassinats en série en plein « lock-down » : Le décès des hommes en tenue illustre la longue série d’assassinats perpétrés depuis la rentrée scolaire dans les régions anglophones.

Des hommes en tenue, mais aussi des civils ont payé de leur vie le non-respect du lock-down. Ce mot d’ordre d’arrêt total des activités est entré en vigueur début septembre. Et a duré un peu plus de 30 jours. Ce en dépit du déploiement dissuasif des forces de sécurité et de défense. Il a été imposé par des combattants sécessionnistes. Dans la nuit du 14 au 15 septembre, trois personnes ont perdu la vie à Bamenda. Les victimes, dont deux hommes et une femme, étaient toutes des civils.

Elles se trouvaient dans un snack-bar au quartier Nkwen à Bamenda, lieu-dit Back Pmi.
Et c’est alors que des assaillants à bord d’une moto ont ouvert le feu. Tuant tous les trois, dont une vendeuse de nourriture à l’entrée de l’établissement de commerce.

Un commissaire spécial tué, des enseignants pris en otage

La dépouille d’une femme employée par une société de gardiennage a été retrouvée dans une salle de classe. Dans un autre établissement scolaire. Et au cours de la même période de rentrée scolaire. A ces tableaux s’ajoute le décès du commissaire spécial Mbah Tobie Damase. L’officier de police a été tué le 8 septembre à l’Ecole normale d’enseignement général (Enieg) de Wum.

Il a été pris en embuscade par des présumés sécessionnistes lors de la visite du préfet de Menchum dans l’établissement. Les assaillants ont par ailleurs pris en otage cinq enseignants de cette école, dont la directrice Kwa Hope. Le gouverneur Awa Fonka Augustine avait alors condamné « avec fermeté » l’attaque. Il a évoqué un « acte barbare perpétré au sein d’un campus scolaire au début de l’année académique 2026-2027 ».

Et annoncé le déploiement des forces de défense et de sécurité pour poursuivre et traquer les assaillants.

Des attaques mortelles en plein cœur de Buea

Le Sud-Ouest, un autre foyer de l’insécurité, n’a pas été épargné par ce cycle de violences. Au moins deux personnes ont été tuées lors de fusillades dans un marché de la ville en septembre. Par ailleurs, des individus ont ouvert le feu sur des fans qui regardaient le match opposant le Cameroun et le Comores. Dans le cadre des éliminatoires de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) 2027. Un homme en tenue a perdu la vie. Ça se passait au quartier Molyko.

C’est sans compter les trois autres corps retrouvés récemment à Muea près d’un établissement scolaire.

Crise anglophone: ce que propose Paul Naseri Bea

Au moins 30 morts en un mois

Ces épisodes sanglants prennent à revers le narratif triomphaliste du Minat. En effet, selon le politologue Aristide Mono, au moins 30 personnes ont perdu la vie dans le Noso. Entre la fin août et la fin septembre 2026. « Depuis le 29 août, nous avons recensé plus de 30 personnes tuées en zone anglophone. Parmi lesquelles une dizaine de membres de forces de sécurité et de défense. » En outre, il constate « des tensions très exponentielles par rapport au mois précédent ».

« L’optimisme du ministre de l’Administration territoriale, ma foi, ne repose sur aucun élément empirique mesurable ou observable. Les séparatistes continuent de dicter leur loi dans plusieurs compartiments territoriaux de la région anglophone. Malgré les efforts de nos forces de sécurité et de défense. Donc l’Etat peine de ce côté-là, et il faut l’avouer. » souligne l’universitaire.

Les écoles fermées pendant un mois de lock-down

Par ailleurs, l’enseignant déplore l’inopérabilité récurrente des établissements scolaires lors de la rentrée scolaire. Ce à quoi s’ajoute le respect des villes mortes chaque lundi. Et le récent lock-down imposé par des séparatistes tout au long de septembre. « Même dans la ville de Bamenda plusieurs écoles sont restées fermées après la rentrée, selon nos contacts dans la zone. Alors que dire des zones périphériques ? » s’interroge-t-il.
En effet, les classes n’ont repris dans le Noso que le lundi 5 octobre dernier.

Soit un mois plus tard après la reprise dans les huit autres régions du Cameroun.
Des milliers de morts en dix ans Les élèves de ces deux régions pourront-ils rattraper le retard sur leurs camarades du système francophone ? Selon l’Ong Conscience africaine, le conflit armé dans les deux régions a déjà fait 6000 victimes. Mais un autre rapport d’une autre organisation de la société civile faisait récemment état de 11000 morts.

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