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Migrants expulsés en RDC : Kinshasa accueille un premier vol américain

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Migrants expulsés en RDC : quinze ressortissants d’Amérique du Sud ont atterri à Kinshasa dans la nuit du jeudi 17 au vendredi 18 avril 2026. Ce premier envoi marque l’entrée de la République démocratique du Congo dans le dispositif américain controversé de renvois de migrants vers des pays tiers africains. L’Organisation internationale pour les migrations a reçu mission d’assurer un accompagnement humanitaire aux arrivants.

Migrants expulsés en RDC : un premier vol pose à l’aéroport de Ndjili

Un avion en provenance des États-Unis a atterri à 23h55 GMT, dans la nuit de jeudi à vendredi, à l’aéroport international de Ndjili. Sept femmes et huit hommes en sont descendus. Ces quinze personnes, toutes originaires du Pérou ou d’Équateur, constituent le premier groupe de migrants expulsés du territoire américain à rejoindre la RDC dans ce cadre.

Le ministère congolais de la Communication a officiellement confirmé leur arrivée dans la soirée de vendredi. Son communiqué évoque un transfert réalisé « suivant le calendrier arrêté par les autorités compétentes », sans donner davantage de détails. Les migrants entrent sur le territoire national « sous couvert de titres de court séjour », a précisé le ministère.

Le gouvernement avait annoncé le dispositif début avril. Il avait alors garanti qu’« aucune charge financière ne sera supportée par le Trésor public » congolais. La « prise en charge logistique et technique du dispositif sera assurée par le gouvernement américain », selon ces déclarations officielles.

La République démocratique du Congo constitue un terrain inédit pour ce type d’accord. Ce vaste pays d’Afrique centrale accueille pour la première fois des migrants expulsés qui n’entretiennent aucun lien avec son territoire. Kinshasa s’impose ainsi comme un nouveau point d’étape dans le réseau américain d’expulsions.

L’OIM mandatée pour une aide humanitaire d’urgence

L’Organisation internationale pour les migrations a confirmé son implication à l’AFP. « Le gouvernement de la RDC a demandé à l’OIM d’apporter une aide humanitaire à 15 migrants renvoyés par les États-Unis vers la RDC le 17 avril », a déclaré l’agence onusienne. Elle précise qu’elle pourra proposer « un retour volontaire assisté aux migrants qui en font la demande ».

Ces quinze personnes viennent du Pérou et d’Équateur. Expulsées du sol américain, elles se retrouvent dans un pays africain avec lequel elles ne partagent aucun lien connu. Leur avenir dépend des engagements humanitaires de l’OIM et de leur propre décision quant à un retour volontaire.

En règle générale, les pays d’accueil de ce type de dispositif communiquent très peu sur le sort des migrants une fois sur leur sol. La plupart de ces personnes sont originaires d’Asie ou d’Amérique du Sud, sans lien géographique ni culturel avec les pays qui les reçoivent.

Des policiers montaient la garde vendredi devant l’un des sites d’accueil évoqués, situé à quelques kilomètres de l’aéroport de Ndjili, a constaté sur place un journaliste de l’AFP. Un policier, parlant sous couvert de l’anonymat, a indiqué que des migrants pourraient y être hébergés. Aucun d’entre eux n’avait cependant rejoint le site au moment des faits.

Environ cinquante transferts par mois attendus à Kinshasa

Ce premier vol annonce une présence durable. D’autres migrants expulsés des États-Unis doivent rejoindre Kinshasa prochainement, au rythme d’environ cinquante personnes par mois, selon des sources proches du dossier. Le nombre total de personnes que la RDC accueillera dans ce cadre reste inconnu à ce stade.

Le dispositif répond à une logique américaine précise. Washington entend faire quitter son sol aux migrants en situation irrégulière dans les meilleurs délais. Ces personnes sont ensuite renvoyées vers leur pays d’origine depuis le pays tiers choisi, a expliqué une source proche du dossier.

Les autorités congolaises n’ont fourni aucune précision sur les sites d’hébergement retenus ni sur les conditions d’accueil prévues. Ce silence nourrit les interrogations sur les garanties concrètes offertes aux personnes concernées.

Migrants expulsés en RDC : un accord lié aux minerais stratégiques congolais

La RDC rejoint la liste des pays africains ayant accepté ces derniers mois d’accueillir des migrants expulsés par Washington. La Guinée équatoriale, le Ghana, le Rwanda, le Soudan du Sud, le Cameroun et l’Eswatini y figurent déjà. Ces accords s’accompagnent souvent d’un soutien financier ou logistique américain.

Dans le cas de la RDC, cet accord de réadmission intervient dans un contexte géopolitique particulier. Washington a signé peu avant un accord distinct ouvrant à ses entreprises un accès aux ressources minières stratégiques du sous-sol congolais. Ces minerais, indispensables à l’industrie électronique mondiale, font de la RDC un partenaire stratégique de premier plan pour les États-Unis.

En contrepartie, Washington s’est engagé dans les négociations visant à stabiliser l’Est congolais, en proie à des conflits armés depuis plus de trente ans. Cet engagement n’a pas encore produit de résultats concrets sur le terrain. Le lien entre les deux dossiers renforce les interrogations sur les véritables contreparties obtenues par Kinshasa.

Des « accords opaques » dénoncés par chercheurs et ONG

La conduite de ce dossier par les autorités congolaises a surpris les observateurs. « La mesure a surpris l’opinion car elle a été gérée dans l’opacité », déclare Albert Malukisa, directeur de recherche à l’institut congolais Ebuteli.

Ce spécialiste en gouvernance pointe une incertitude centrale que le gouvernement n’a pas tranchée. « Qu’est-ce que la RDC gagne en contrepartie sur le plan financier ? Ce n’est pas clair », affirme-t-il. Selon lui, Kinshasa cherche à se poser « en bon élève pour continuer à bénéficier du soutien de Washington ».

Human Rights Watch avait déjà tiré la sonnette d’alarme en septembre dernier. L’ONG estime que ces expulsions vers des pays tiers, conduites dans le cadre « d’accords opaques », violent le droit international. Elle appelle les États concernés à rejeter ces dispositifs.

Une mégapole sous pression face à un dispositif encore flou

Kinshasa concentre plus de 17 millions d’habitants. La majorité de cette population n’accède ni à l’eau courante ni à l’électricité. Selon la Banque mondiale, près des trois quarts des Congolais vivent sous le seuil de pauvreté.

L’accueil de migrants supplémentaires dans une ville aux infrastructures déjà saturées pose des questions pratiques sur leur prise en charge réelle. Les autorités n’ont fourni aucune indication sur les modalités concrètes d’hébergement ni sur le suivi des personnes arrivées. Plusieurs sites d’accueil ont été envisagés, selon une source proche du dossier, sans que leur localisation ni leur capacité n’aient été précisées.

Le dispositif se met en œuvre dans une opacité que les critiques, chercheurs et ONG, jugent incompatible avec les exigences du droit international. Les migrants arrivés à Kinshasa se retrouvent dans une situation inédite : expulsés d’un pays dont ils ne sont pas ressortissants, ils posent le pied dans une ville avec laquelle ils n’ont aucun lien connu.

Source : Agence France-Presse

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