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Kemi Seba et l’extradition au Bénin : l’influenceur panafricaniste arrêté en Afrique du Sud

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Kemi Seba et l’extradition au Bénin — les autorités sud-africaines ont arrêté lundi l’influenceur panafricaniste franco-béninois. Le Bénin réclame sa remise en justice dans le cadre d’un mandat d’arrêt international. Il l’accuse d’avoir soutenu une tentative de coup d’État déjouée début décembre.

Arrêté en Afrique du Sud sous mandat international

Les autorités sud-africaines ont interpellé Kemi Seba lundi. Elles ont ouvert une procédure d’extradition vers le Bénin. Cette procédure repose sur un mandat d’arrêt international émis par les autorités béninoises.

Les charges retenues sont graves. Le Bénin accuse l’influenceur d’avoir soutenu une tentative de coup d’État déjouée début décembre. Les poursuites visent l’« apologie de crimes contre la sûreté de l’État et incitation à la rébellion ».

Peu d’informations avaient filtré sur ses déplacements ces derniers mois. Son arrestation en Afrique du Sud met brusquement fin à ce silence. C’est le rebondissement le plus significatif dans cette affaire depuis l’émission du mandat.

Kemi Seba et l’extradition au Bénin : les origines du mandat

Le mandat international émis par Cotonou fait suite à un coup d’État manqué début décembre. Les autorités béninoises accusent Kemi Seba d’avoir apporté son soutien actif à cette tentative de déstabilisation. Elles ont ensuite déclenché la procédure internationale pour obtenir sa remise en justice.

L’influenceur n’avait pas tardé à réagir. En janvier, il avait publié une vidéo ciblant directement le président sortant du Bénin, Patrice Talon. Il y employait une métaphore provocatrice : « Quand le maître blanc n’était pas capable de faire taire un esclave rebelle, il lançait souvent à la poursuite de cet esclave rebelle, un esclave docile. »

Cette déclaration illustre un registre rhétorique bien rodé. Kemi Seba se présente en résistant face à des pouvoirs africains qu’il juge inféodés à l’Occident. Le Bénin figure parmi ses cibles privilégiées depuis plusieurs années.

Les tribunaux béninois ont par ailleurs récemment condamné et placé en détention son coordinateur national, Shadrac Wotoédé Houngnibo. L’affaire béninoise représente ainsi une escalade inédite, par son caractère international et la gravité des charges retenues.

Portrait : un influenceur entre idéologie et image

Kemi Seba est le nom de scène de Stellio Gilles Robert Capo Chichi, 44 ans, né franco-béninois. Il dirige l’ONG « Urgences panafricanistes ». Il réunit 1,5 million d’abonnés sur les réseaux sociaux.

Son image est soigneusement cultivée. Il apparaît toujours l’air grave, arborant un imposant collier en bois représentant le continent africain. Ses diatribes ciblent systématiquement l’ancienne puissance coloniale française et ses alliés africains, notamment la Côte d’Ivoire et le Bénin.

La France lui a retiré sa nationalité en 2024. Il soutient ouvertement les régimes militaires issus de coups d’État au Sahel, hostiles à Paris et proches de Moscou. La junte nigérienne lui a même accordé un passeport diplomatique.

Son nom revient régulièrement dans les médias aux côtés de ceux de la militante suisso-camerounaise Nathalie Yamb et du philosophe Franklin Nyamsi, tous deux influenceurs panafricanistes. Sa popularité réelle reste difficile à évaluer avec précision.

S’il avait mobilisé des manifestants au Bénin lors des protestations contre le franc CFA en 2017, son ONG ne dispose aujourd’hui ni de siège connu ni de militants identifiés, à l’exception de son coordinateur national désormais détenu. Kemi Seba a longtemps tenté de fédérer différentes composantes du militantisme africain, sans parvenir à construire une organisation pérenne.

Une rhétorique du martyr soigneusement entretenue

Face aux procédures judiciaires, Kemi Seba adopte systématiquement une posture de résistance. « Tu ne pourras jamais nous arrêter », avait-il lancé au président béninois. Cette déclaration résonne autrement depuis son interpellation en Afrique du Sud.

À Ouagadougou, après une précédente incarcération, il avait affirmé fièrement : « La prison, c’est la quatrième fois qu’on m’y envoie et à chaque fois j’en ressors plus fort. » Cette rhétorique nourrit son audience sur les réseaux sociaux et renforce sa posture de militant persécuté.

Sa vie privée reste largement méconnue. Seule sa trajectoire publique et judiciaire permet de retracer son itinéraire.

Au fil des années, Kemi Seba a transformé chaque procédure judiciaire en outil de communication militante. Chaque arrestation génère une nouvelle déclaration de défi. La posture du persécuté alimente directement son audience panafricaniste.

Kemi Seba et l’extradition au Bénin : un dossier judiciaire transnational

La procédure actuellement engagée ne constitue pas un premier démêlé judiciaire pour Kemi Seba. En Afrique, les autorités l’ont interpellé, expulsé ou refoulé à plusieurs reprises. Ces incidents ont eu lieu notamment en Côte d’Ivoire, en Guinée et au Sénégal.

Au Sénégal, il avait brûlé publiquement un billet de 5 000 francs CFA, soit 7,6 euros. Ce geste symbolique contre la monnaie commune africaine arrimée à la France lui avait valu une interpellation.

Au Bénin, les autorités l’avaient brièvement arrêté en 2019, puis à nouveau en 2023. Un tribunal burkinabè l’avait condamné la même année à deux mois de prison avec sursis pour « outrage » au président Roch Kaboré. C’est à Ouagadougou, à l’issue de cette peine, qu’il avait prononcé sa formule sur la prison.

Une procédure française toujours en cours

La justice française suit ce dossier depuis de nombreuses années. En octobre 2024, les autorités l’avaient placé en garde à vue pour des soupçons de « liens » avec le groupe paramilitaire russe Wagner. Relâché, il reste sous le coup d’une enquête du parquet de Paris.

Les autorités françaises ont dissous deux de ses mouvements. La Tribu Ka, le groupuscule qui l’a fait connaître au grand public, figure parmi eux. Accusé d’antisémitisme répété, ce mouvement prônait la séparation entre Noirs et Blancs.

Lors d’un procès à Paris en 2009, des écrits reprochés à Kemi Seba décrivaient les institutions internationales comme « tenues par les sionistes qui imposent à l’Afrique et à sa diaspora des conditions de vie tellement excrémentielles que le camp de concentration d’Auschwitz peut paraître comme un paradis sur terre ». Ces faits lui avaient valu plusieurs condamnations pour outrage et provocation à la haine raciale.

Kemi Seba avait par ailleurs longtemps entretenu une proximité avec l’humoriste Dieudonné, condamné pour antisémitisme. Il le décrivait comme « plus qu’un ami, un frère ». À une certaine période, il avait également tenté de séduire des organisations d’extrême droite.

Désormais, son sort dépend de la justice sud-africaine. L’issue de la procédure d’extradition engagée par le Bénin reste incertaine. L’ONG qu’il dirige n’a plus de siège ni de militants identifiés, hormis son coordinateur national toujours détenu.

Source : Agence France-Presse

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