Le Royaume-Uni et la France ont prolongé d’un an jeudi le traité permettant à Londres de financer une partie des contrôles menés côté français pour empêcher les traversées clandestines qui font régulièrement des morts dans la Manche, lors d’un déplacement conjoint de leurs ministres de l’Intérieur.
Les traversées qui avaient atteint un record en 2022, quand plus de 45.000 personnes étaient parvenues à rejoindre le Royaume-Uni, ont chuté en 2023 avant de repartir à la hausse avec quelque 36.800 arrivées en 2024, soit 25% de plus que l’année précédente.
Le ministre français de l’Intérieur Bruno Retailleau, qui a reconnu à l’issue de la visite avoir eu un « bras de fer sur le plan financier » après un changement des règles de remboursement par les Britanniques, a néanmoins adopté un ton conciliant avec son homologue Yvette Cooper, saluant les efforts de Londres contre l’immigration illégale.
Malgré des discussions « âpres », « nous sommes d’accord sur les objectifs et nous parvenons toujours au final à nous entendre », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse commune au Touquet, dans le nord de la France.
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Le traité de Sandhurst a été prolongé jusqu’en 2027, par un avenant à l’accord triennal 2023-2026.
Dans le cadre de ce traité signé en 2018, Londres finance une partie des actions menées par la France pour sécuriser la frontière, car c’est sur le sol français que se déroulent les contrôles des personnes en partance pour le Royaume-Uni.
– « Mesures très innovantes » –
Cette prolongation permettra de financer des projets immobiliers non achevés mi-2026 pour 25 millions d’euros, des fonds déjà programmés mais qui pourront ainsi être utilisés notamment pour construire un centre de rétention administrative à Dunkerque (nord), a indiqué le ministère français.
Les deux ministres sont partis tôt jeudi matin du Touquet pour survoler le littoral. Ils ont ensuite visité un barrage installé sur un cours d’eau pour empêcher les embarcations clandestines de rejoindre la mer, ou encore la gendarmerie d’Etaples-sur-Mer, équipée de drones et de caméras thermiques.
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« Nous avons contrôlé le travail et les investissements effectués dans le cadre de l’accord de Sandhurst », afin d’assurer qu’ils sont « utilisés le plus efficacement possible » a déclaré Mme Cooper, ajoutant que son gouvernement versera in fine « les mêmes fonds que ceux prévus ».
Londres s’est engagé à verser « 541 millions d’euros entre 2023/2024 et 2025/2026 », selon un rapport parlementaire britannique de décembre 2024.
Parmi les autres projets devant être cofinancés d’ici 2027, figurent des casernes pour les gendarmes déployés en renfort ou encore des formations pour les opérateurs de drones.
– « Changement de doctrine » –
Alors que les tensions semblaient s’être ravivées autour des questions migratoires qui empoisonnent de longue date les relations entre Londres et Paris, M. Retailleau a salué « des mesures très innovantes » du Royaume-Uni pour diminuer son « attractivité » pour les migrants, et notamment la possibilité d’y travailler illégalement.
« Nous avons augmenté substantiellement » les expulsions mais aussi multiplié « les opérations contre le travail illégal » y compris en utilisant « des kits biométriques » pour identifier les travailleurs étrangers, a expliqué Mme Cooper.
En contrepartie des fonds britanniques, Paris s’est engagé à augmenter le taux d’interception d’embarcations destinées à traverser la Manche et à réduire « notablement » le nombre de traversées.
M. Retailleau a plaidé jeudi pour un « changement de doctrine » permettant aux forces françaises d’intercepter des bateaux même quand ils sont déjà à l’eau, pour contrer la nouvelle tactique des « taxis-boats », qui arrivent par la mer pour embarquer des migrants directement dans l’eau, en évitant les contrôles sur les plages.
Face au durcissement sécuritaire, passeurs et candidats à l’exil prennent des risques accrus, déplorent des associations de soutien aux migrants et des experts. Au moins 78 personnes sont mortes en tentant de rallier l’Angleterre par la mer en 2024, un record.
La maire de Calais Natacha Bouchart (droite) s’est dite « très déçue » de mesures qui ne lui semblent pas à même de ralentir les départs notamment depuis sa ville, appelant de ses voeux une « réunion au sommet de l’ensemble des ministres de l’Intérieur européens et britannique ».
Déplorant que depuis le Brexit les mécanismes d’immigration vers le Royaume-Uni « ont été détruits », M. Retailleau a assuré travailler à un accord sur le plan européen, espérant que « dans l’année qui vient, on sera capable de mettre des solutions plus larges sur la table ».
Source: Agence France-Presse
















