Le 5 octobre, Willy Mengue jurait par acte d’huissier de ne rien perturber le 17 octobre. Le 6, le MRC demande au juge de faire de ce serment une obligation, garantie par cinq millions de francs CFA. Le 7, une nouvelle lettre arrive chez le sous-préfet, sous un autre nom. À dix jours de la convention, la bataille quitte la sous-préfecture pour les prétoires.
L’essentiel : Le 6 octobre 2026, le MRC a saisi le président du tribunal de première instance de Yaoundé-Ekounou d’une requête aux fins d’engagement préventif contre Willy Mengue. Sur le fondement des articles 46 et 47 du Code pénal, le parti demande qu’il s’engage pour un an à payer cinq millions de francs CFA s’il commet une infraction troublant la paix publique, avec deux garants solvables. L’objectif est de sécuriser la convention du MRC du 17 octobre 2026.
À dix jours de sa convention nationale extraordinaire, le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) demande au juge d’imposer un engagement préventif à Willy Mengue. Le parti veut sécuriser son rendez-vous du 17 octobre et désamorcer l’argument du risque pour l’ordre public avant toute décision du sous-préfet de Yaoundé IV.
Qu’est-ce que l’engagement préventif des articles 46 et 47 du Code pénal ?
La requête est datée du 6 octobre 2026 et a été enregistrée le 7. Les avocats du Collectif Sylvain Souop l’ont déposée au nom de la présidente nationale par intérim, Tiriane Balbine Nadège Noah.
L’article 46 du Code pénal permet au président du tribunal d’imposer un engagement à toute personne dont la conduite révèle l’intention non équivoque de commettre une infraction susceptible de troubler la paix publique. L’article 47 fixe la durée de cet engagement à un an, portée jusqu’à trois ans pour un délinquant d’habitude.
Le MRC demande que Willy Mengue, exclu du parti le 29 juin 2026, soit entendu en urgence. Il demande ensuite qu’il s’engage, pour un an, à payer cinq millions de francs CFA s’il commet une infraction de cette nature, avec deux garants solvables.
Pour le parti, ses sorties publiques, ses démarches administratives et ses interventions télévisées forment une « succession d’initiatives ». Toutes visent, selon la requête, à installer l’idée d’une menace qu’aucun élément objectif ne corrobore.
Du serment de non-violence à l’engagement préventif
La requête prend Willy Mengue au mot. Dans sa réplique d’huissier, il s’était engagé à ne jamais recourir à la violence, aux voies de fait ni à aucun acte matériel de perturbation de la convention.
Me Hippolyte Meli l’écrit sans détour : la procédure vise à obtenir un engagement « judiciairement constaté » qui renforce celui que Willy Mengue a lui-même pris. Le MRC dit redouter une volte-face. Il demande donc au juge de transformer une promesse unilatérale en obligation garantie.
La démarche a sa logique. Devant le sous-préfet, l’engagement de non-violence a retiré à Willy Mengue l’argument du risque. Devant le juge, le MRC demande que cet engagement ait un prix.
La requête rappelle aussi l’issue du premier round judiciaire. Selon le MRC, la procédure engagée par Willy Mengue devant le juge des référés de Yaoundé-Ekounou s’est soldée par une incompétence ratione materiae, un renvoi à mieux se pourvoir et une condamnation aux dépens.
La lettre de Cyrille Edou au sous-préfet de Yaoundé IV
Le 7 octobre, au lendemain de la requête, le sous-préfet de Yaoundé IV a reçu une nouvelle lettre. Elle est signée Cyrille Edou, qui se présente comme militant de la fédération communale du MRC à Sangmélima. Elle conteste la tenue de la convention pour « défaut de qualité » des organisateurs et « fortes tensions internes ».
Son argumentation reprend celle des courriers de Willy Mengue des 29 septembre et 1er octobre : l’article 17 des statuts, l’article 68 du règlement intérieur, la démission de Maurice Kamto au 25 juin 2025 et la caducité des instances.
Pour le MRC, Cyrille Edou serait instrumentalisé par Willy Mengue. Cette affirmation reste à ce stade la position du parti. Elle devra être étayée pour produire ses effets devant une juridiction.
Pourquoi le MRC saisit le juge plutôt que le sous-préfet
En saisissant le juge avant toute décision du sous-préfet, le MRC cherche à démontrer que les risques allégués ne viennent pas de la convention elle-même. Ils viendraient, selon lui, d’initiatives extérieures, identifiées et soumises à la justice.
La démarche répond aussi à une objection prévisible. Le MRC a longtemps dénoncé l’usage de l’ordre public pour restreindre les libertés. Il invoque aujourd’hui un mécanisme préventif contre une personne. La différence tient à l’autorité saisie. Ici, c’est un juge qui statue, après avoir entendu l’intéressé, et non une autorité administrative qui interdit. Le parti informe, l’administration enregistre, le juge tranche.
Ce que la décision du juge changera pour la convention du MRC
Si le tribunal juge réunies les conditions des articles 46 et 47, il renforcera la position du MRC à quelques jours de la convention. Un rejet laisserait en revanche ouverte la question des risques invoqués autour de l’événement.
À dix jours du 17 octobre, le levier administratif change de signature, et le MRC change de juge. Le contentieux ne se joue plus seulement dans l’arène politique. Il se joue désormais dans les prétoires, où se décidera en partie la capacité du parti à tenir sa convention dans un climat juridiquement sécurisé.
Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’un engagement préventif au Cameroun ?
C’est un mécanisme prévu par les articles 46 et 47 du Code pénal. Le président du tribunal peut imposer à une personne dont la conduite révèle l’intention de troubler la paix publique de s’engager à payer une somme fixée si elle commet une infraction de cette nature pendant une période déterminée, en principe un an.
Que demande le MRC contre Willy Mengue ?
Le MRC demande au président du tribunal d’entendre Willy Mengue en urgence et de lui faire souscrire un engagement d’un an. Il lui demande aussi d’en fixer le montant à cinq millions de francs CFA et d’exiger deux garants solvables.
Le sous-préfet de Yaoundé IV a délivré le récépissé de déclaration le 28 septembre 2026. À ce jour, aucune décision administrative ou judiciaire ne l’a interdite.
John Lawson – Décryptage politique Cameroun











