Dr Cédric Kuifo est le chef du service ORL de l’Hôpital Général de Douala. Nous l’avons approché en pleine activité dans une campagne gratuite de consultation sur les troubles de l’audition qui a eu lieu le 3 mars 2026,.
Docteur, on est ce jour en consultation des troubles d’audition. Les populations sont venues nombreuses. Et l’on vous voit satisfait…
Honnêtement, nous sommes satisfaits. La population a répondu présente à l’appel que nous leur avons lancé de venir bénéficier de cette journée du 3 mars 2026.
Le 3 mars, c’est la journée mondiale de l’audition. Où le monde est penché sur les problématiques liées aux troubles de l’audition. A l’Hôpital Général de Douala, nous avons réalisé une campagne de consultation. Et de dépistage gratuit des troubles auditifs. Au cours de cette même campagne, les patients ont bénéficié d’un appareillage auditif pour ceux qui en ont besoin.
Le trajet des malades, simplement depuis la guérison, est orienté vers le site de la campagne. Ensuite, au niveau du service ORL, des équipes réalisent la consultation. Ensuite, les patients sont dirigés vers les explorations, c’est-à-dire les examens audiométriques.
Ceux qui nécessitent des soins tels que les aspirations de l’oreille. Ou des lavages d’oreilles sont également orientés vers ces soins. Ils retournent voir le médecin et lorsque l’indication d’un appareillage est posée. On les oriente vers l’audioprothésiste qui bénéficie d’un appareillage auditif. C’est le circuit que suivent les patients en ce jour du 3 mars où ces soins sont offerts gratuitement.
C’est une journée au cours de laquelle nous sensibilisons également les patients sur les troubles de l’audition. Ce que c’est, comment s’en prévenir. Il faut savoir que le déficit auditif, qu’on peut appeler la surdité. C’est le déficit sensoriel le plus important en nombre dans le monde. Avec l’activité humaine qui est de plus en plus croissante, il y a énormément de nuisances sonores.
C’est un déficit qui est en nette augmentation et les statistiques prévoient qu’on aura encore beaucoup plus de patients malentendants. Mais c’est un déficit qui est un peu toléré par les patients. Nous sommes dans un pays en voie de développement.
Les patients n’ont pas toujours les moyens d’accéder aux soins. Les patients ont tendance à tolérer leur mal, à se débrouiller avec une oreille, à faire des efforts. Nous profitons de l’occasion pour leur dire qu’il existe des solutions pour traiter la surdité.
Ne le supportez pas, consultez les spécialistes qui sont présents dans la ville et des solutions thérapeutiques vous seront proposées. Comme solution de traitement pour la surdité, il y a des traitements médicaux qui existent. Il y a la chirurgie qui est également un moyen de traitement.
Il y a les moyens qu’on appelle les moyens prothétiques. C’est bénéficier par exemple d’une aide auditive qui va amplifier les sons. Et elle sera faite par un spécialiste pour les régler afin que le patient s’adapte à cet appareil. Il y a encore des solutions plus poussées, qu’on appelle des implants par ancrage.
C’est des solutions qui nécessitent une chirurgie également pour mettre en place des prothèses. Il y a enfin ce qu’on appelle l’implant cochléaire. C’est la solution optimale qui est également disponible et réalisable à l’hôpital général de Douala.
Est-ce qu’on peut guérir de ce mal ?
Oui, absolument. On va dire par exemple qu’il y a la surdité congénitale. Il y a des enfants qui naissent sourds.
C’est très fréquent. On ne peut pas les guérir par les médicaments de leur surdité. Mais on peut les aider à entendre et à communiquer comme tout autre patient. Ce sont des moyens de traitement qui sont à la disposition du patient et dont il peut bénéficier.
Pour parler des naissances, est-ce qu’il y a beaucoup de cas ?
Comme je viens de le dire, il y a par exemple des surdités congénitales. C’est-à-dire des patients qui naissent sourds. C’est parfois des problèmes qui ont eu lieu pendant la grossesse. Il y a des facteurs comme la prématurité. Il y a des infections au cours de la grossesse qui détruisent déjà l’oreille du patient. Donc il y a des surdités congénitales.
Il y a des causes infectieuses. La majorité des surdités de l’adulte surviennent après des problèmes de l’enfance. Les enfants qui ont des oreilles qui coulent. Qui font des otites à répétition, ce sont des processus normaux chez l’enfant.
Mais lorsqu’il est maltraité, il peut aboutir à long terme à un problème de surdité. Il y a même des causes médicamenteuses. Il y a des médicaments, des produits qu’on peut prendre.
La société est remplie de toutes formes de produits. De médicaments dont on ne connaît pas les conséquences. Certains peuvent détruire également l’oreille. Il y a des causes traumatiques après des accidents qui peuvent également affecter l’oreille.
Donc les causes de la surdité sont nombreuses. Les différents moyens de prévention. La prévention primaire que nous recommandons, c’est de consulter.
Chaque fois que vous avez un problème, une surdité, il ne faut pas le garder. Il ne faut pas dire que ce n’est rien, que c’est un petit problème. Allez à l’hôpital.
Nos hôpitaux disposent de médecins spécialistes. Aujourd’hui, la société camerounaise d’ORL enregistre 120 médecins. Il faut aller voir un spécialiste. Immédiatement, lorsque le diagnostic est posé tôt, les solutions existent également et elles sont encore plus faciles.
Pour quelqu’un qui n’est pas né sourd, immédiatement, c’est lorsque nous-mêmes on sent qu’on n’entend plus bien. Une cause classique, c’est le bouchon de cérumen, c’est-à-dire la saleté qui s’accumule dans l’oreille. Et parfois, le patient n’entend plus. Première chose, vous allez consulter.
Même si vous avez l’impression que c’est rien, vous vous débrouillez avec une oreille, ne le gardez pas. Allez consulter. Une fois que c’est consulté, si c’est un problème simple, là il faut juste un lavage d’oreille. On lave, vous retrouvez votre surdité. Vous avez mal à l’oreille et vous n’entendez pas. Il ne faut pas garder. Il faut consulter.
Donc, chaque fois qu’un patient a l’impression qu’il n’entend pas bien, qu’il a une douleur à l’oreille, que l’oreille est pleine, l’oreille est bouchée, il faut consulter un spécialiste ORL.
C’est combien de fiches de consultations que vous avez reçues jusqu’ici ?
Jusqu’ici, nous sommes environ 250 à 300 patients qui sont venus consulter. Et nous n’avons pas encore terminé la journée. Jusqu’à 17 heures, tout passe tout. Toute la population peut toujours bénéficier des services qui sont offerts ce jour.
Au Cameroun, on peut compter combien de personnes vivant avec la surdité ?
La surdité, le déficit neurosensoriel a une prévalence de 3 à 5 % dans la population en général, selon le peu d’études que nous avons au Cameroun.
Et après donc, les consultations, c’est quoi ?
Après les consultations, pour ceux aujourd’hui qui ont pu bénéficier d’un appareillage, ils seront appareillés. Pour ceux, par exemple, qui ont besoin de solutions, chirurgicales, par exemple, on va les suivre. Lorsqu’ils seront prêts, on va les programmer pour leur chirurgie.
Pour ceux des patients qui ont besoin d’un implant cochléaire, ils seront également enregistrés. Et lorsque nous allons réaliser les implants cochléaires, nous allons les consulter. Ceux des patients qui auront juste besoin d’un suivi en consultation ORL, ils sont invités à se représenter au service parce que tous les patients repartent avec une attestation de présence qui signifie qu’ils ont été présents pendant cette campagne.
Une fois qu’ils reviennent, le dossier est ouvert et on continue à faire le suivi. Ils ont un implant symbolique inversé ou autre. Pour ceux qui ont été reçus pendant la campagne, pour le suivi. Il est beaucoup plus facile parce que ce sont des patients qu’on a enregistrés avant. Dont beaucoup de faveurs peuvent être faites. Sachant que ce sont des patients qui ont été vus pendant la campagne.
Docteur, des conseils aux populations ?
Le premier conseil que je peux donner aux parents et à la population en général, c’est d’éviter un geste classique. Qui fait le nettoyage des oreilles. L’oreille s’auto-nettoie et n’a pas besoin d’être nettoyée. Si vous constatez que votre oreille est sale, qu’elle est bouchée, référez-vous à un médecin ORL. Et évitez d’utiliser le coton-tige.
Il faut savoir que la saleté de l’oreille joue un rôle dans la stabilisation de l’oreille. Il existe une flore d’enzymes naturelles qui sont dans l’oreille et qui permettent à l’oreille d’être équilibrée. Si chaque jour vous l’enlevez, à tous les coups vous allez faire ce qu’on appelle une otite externe ou, au pire, vous allez enfoncer le bouchon à l’intérieur du conduit et ça va toujours vous ramener à consulter.
Donc je dirais déjà d’éviter de nettoyer les oreilles avec le coton-tige et en cas de suspicion d’un problème, référez-vous à un médecin ORL.

Il y a les remèdes de grand-mère, il y a des gens qui mettent le Manyanga dans l’oreille, il y a ceux qui mettent l’alcool.
Effectivement quand on commence avec le Manyanga, après c’est avec l’alcool, on a entendu l’huile de piton, on a entendu toute forme et ça peut aussi aller avec des solutions qui sont incontrôlées et qui vont venir aggraver des problèmes.
Il faut savoir que quand vous mettez des solutions dans l’oreille, Ce n’’est pas tout qui doit y entrer. Il y a des patients qui ont des tympans perforés. Si vous mettez une solution, elle va aller détruire des structures qui normalement doivent être protégées par le tympan. Donc il faut éviter ces manœuvres.
















