Les jihadistes de Boko Haram ont tué une quarantaine de militaires tchadiens dans la nuit de dimanche à lundi lors d’une attaque dans la région du lac Tchad, à la frontière du Nigéria, provoquant une contre-offensive des forces de N’Djamena.
Cet assaut contre une base militaire située à Barkaram, une île située à l’ouest de Ngoubouan, « a tragiquement fait une quarantaine de morts parmi nos soldats », a annoncé la présidence tchadienne dans un communiqué publié lundi. Il a également fait une vingtaine de blessés, selon des sources militaires.
Le président Mahamat Idriss Deby Itno s’est rendu sur place et « a donné le coup d’envoi de l’opération Haskanite pour poursuivre et traquer les assaillants jusque dans leurs derniers retranchements », a-t-elle ajouté sans préciser le nombre de forces mobilisées.
La plate-forme d’opposition du GCAP, qui regroupe quinze partis les plus virulents vis à vis du régime, a exigé des clarifications sur les circonstance de cette attaque en s’interrogeant sur une possible « faille sécuritaire ».
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« Étant donné que la zone est déclarée zone militaire, vu l’état de belligérance avancée, nos soldats ne sont pas en mission tactique pour tomber dans une embuscade. S’ils sont effectivement en opération militaire avec autant de victimes, une clarification approfondie est attendue », a posté sur sa page Facebook Max Kemkoye, le porte-parole de GCAP.
Dans la nuit de dimanche à lundi, « une garnison abritant plus de 200 militaires a été prise pour cible par les éléments de Boko Haram (BH) à 22 heures. Les éléments de BH ont pris le contrôle de cette garnison, récupéré les armes et brûlé des véhicules équipés d’armes lourdes avant de repartir », selon des sources locales jointes par l’AFP.
Parmi les morts figure le commandant de l’unité, a indiqué un officier supérieur tchadien qui a requis l’anonymat. « Les éléments de Boko Haram ont eu le temps de récupérer des munitions et du matériel avant de se retirer », a-t-il confirmé.
« Nous avons beaucoup de pertes, certes, mais la situation est sous contrôle et nos forces sont sur place à la poursuite de l’ennemi », a déclaré à l’AFP le gouverneur de la région du Lac, le général Saleh Haggar Tidjani.
-Attaques fréquentes-
Les soldats tchadiens sont fréquemment ciblés par les attaques de Boko Haram dans la région du Lac Tchad (ouest), vaste étendue d’eau et de marécage parsemée d’îlots qui abrite les combattants du groupe jihadiste ou de sa branche dissidente, l’Etat Islamique en Afrique de l’Ouest (Iswap, selon l’acronyme en anglais).
L’insurrection de Boko Haram est apparue en 2009 au Nigeria, où elle a fait depuis quelque 40.000 morts et plus de deux millions de déplacés, avant de se propager dans les pays frontaliers.
En mars 2020, les combattants jihadistes avaient mené une offensive sanglante sur une importante base tchadienne sur la presqu’île de Bohoma, faisant une centaine morts, les plus lourdes pertes jamais enregistrées par l’armée tchadienne.
En réponse, le pouvoir avait déclenché « la colère de Bohoma » une vaste opération menée par le chef de l’Etat, le maréchal Idriss Deby Itno, père de l’actuel président.
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En juin 2024, l’Office international pour les migrations (OIM) enregistrait plus de 220.000 déplacés dans la province tchadienne du lac Tchad en raison des attaques des groupes armés.
Le président « tient à rassurer les populations de la zone ainsi que les forces de défense et de sécurité, de son engagement indéfectible à défendre et sécuriser l’ensemble du pays », affirme le communiqué officiel publié lundi.
Le conseil national de transition, le parlement intérimaire formé en 2021, a pour sa part appelé à la population à être « unie et mobilisée derrière le chef de l’Etat ».
Cette attaque et sa contre-offensive surviennent alors que le chef de l’Etat vient de restructurer les forces armées avec une série de limogeages et de nominations, en lien, selon certaines sources, avec l’opposition de certains officiers avec son positionnement sur le Soudan.
Le pouvoir tchadien a été accusé de faciliter les livraisons d’armes des Emirats arabes unis aux paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) qui combat l’armée régulière soudanaise depuis avril 2023, un conflit qui a fait des milliers de morts et des millions de déplacés. Le Tchad et les Emirats ont démenti ces accusations.
Source: Agence France-Presse
















