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Soudan : Le viol utilisé comme arme de guerre

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Au Soudan, les violences sexuelles explosent dans le conflit en cours, laissant des milliers de victimes sans soins et plongées dans un traumatisme profond, tandis que l’ONU alerte sur une crise humanitaire et mentale majeure.

Le recours généralisé au viol et à d’autres violences sexuelles comme arme de guerre au Soudan engendre de graves séquelles, notamment pour la santé mentale des victimes, alertent agences de l’ONU et ONG locales.

L’armée soudanaise et les Forces de soutien rapide (FSR), une milice paramilitaire, sont engagées dans un conflit brutal depuis avril 2023. Ce conflit a fait des dizaines de milliers de morts, déplacé environ 11 millions de personnes et a été marqué par une recrudescence des violences sexuelles.

Dans un rapport publié le mois dernier, Médecins Sans Frontières a indiqué qu’entre janvier 2024 et novembre 2025, au moins 3.396 survivants de violences sexuelles – presque tous des femmes et des filles – avaient sollicité des soins dans les structures que l’ONG soutient au Nord et au Sud-Darfour .

D’une manière générale les statistiques existantes ne représentent certainement que la « partie émergée de l’iceberg », alerte l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).

« Accéder aux services de soutien après un viol est extrêmement difficile », a souligné Avni Amin, responsable de l’unité Violences sexistes de l’OMS, lors d’un événement organisé mardi au siège de l’ONU à Genève et consacré à l’urgence humanitaire et sanitaire au Soudan.

« La forte stigmatisation » des victimes

Mme Amin a notamment évoqué le manque de sécurité et la difficulté d’accès aux établissements de santé fonctionnels, « la forte stigmatisation » des victimes, et le manque de personnel de santé formé pour les prendre en charge.

« Pour chaque femme qui parle, il y en a probablement huit ou neuf autres qui ont été violées et qui souffriront en silence », a-t-elle expliqué.

Niemat Ahmadi, du Groupe d’action des femmes du Darfour, a décrit les conditions épouvantables dans lesquelles se trouvent les victimes en quête de soins après des viols collectifs violents souvent accompagnés de complications médicales.

En temps de paix, il y avait déjà peu de médecins disponibles au Darfour pour prendre en charge de tels cas, et « aujourd’hui, ils sont inexistants », a-t-elle regretté.

En outre, pour ceux qui doivent se déplacer dans des centres de soins « il n’y a aucune sécurité », a-t-elle rappelé, soulignant que les victimes étaient réticentes à se faire soigner dans les hôpitaux encore existants, car ils étaient souvent contrôlés par les belligérants.

Mme Ahmadi a décrit comment, dans un hôpital du Darfour, des combattants des RSF avaient fait irruption, violé et tué une agente de santé.

Une situation aggravée par le retrait d’organisations humanitaires internationales, contraint par des impératifs de sécurité et des coupes drastiques dans le financement humanitaire,.

Ce qui conduit de petites structures dirigées par des femmes, comme celle de Mme Ahmadi, à lutter pour trouver des ressources alors que « des gens meurent », a-t-elle déploré.

« Mais nous n’avons ni services… »

Shoko Arakaki, chef de la division de la réponse humanitaire du Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA), a souligné qu’il était « absolument essentiel » que les victimes de violences sexuelles reçoivent des soins cliniques dans les 72 heures.

« Mais nous n’avons ni services, ni médicaments » au Soudan, a-t-elle déploré, insistant aussi sur la nécessité d’apporter un soutien psychosocial car un nombre croissant de victimes souffrent de profonds problèmes de santé mentale.

« Le nombre de suicides est élevé », a-t-elle reconnu. Il est difficile d’obtenir des chiffres officiels, mais Mme Ahmadi a également déclaré être au fait d’un grand nombre de suicides de femmes à al-Jazirah, au sud-est de Khartoum, causés par la peur d’être violées.

« Nous devons intégrer le soutien en santé mentale », a exhorté Mme Amin, soulignant les « conséquences à long terme » tant pour les victimes que pour ceux qui sont témoins d’horreurs.

« Également, nous savons, grâce à d’autres conflits, que les impacts se font sentir non seulement à long terme, mais aussi de génération en génération », a-t-elle ajouté. « Nous devons nous y préparer ».

© Agence France-Presse

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