Les frappes israéliennes au Sud-Liban ont fait au moins quinze morts jeudi, dont deux enfants et cinq femmes, selon le ministère libanais de la Santé. Ces attaques s’abattent sur le pays malgré le cessez-le-feu en vigueur depuis le 17 avril, prolongé jusqu’à la mi-mai. Le président Joseph Aoun a dénoncé des « violations persistantes » et appelé la communauté internationale à faire pression sur Israël.
Quinze civils tués dans des frappes sur plusieurs localités
Jeudi matin, des frappes israéliennes ont touché différentes localités du sud du Liban. Le ministère de la Santé libanais a établi en fin de journée un bilan de quinze morts. Parmi les victimes : au moins cinq femmes et deux enfants.
L’Agence nationale d’information libanaise (Ani, officielle) a notamment rapporté une attaque de drone israélien contre des personnes rassemblées près du cimetière de Zebdine, une localité du sud. Cette frappe est incluse dans le bilan annoncé par le ministère de la Santé. Elle visait des civils réunis dans un espace public.
Un soldat de l’armée libanaise et plusieurs membres de sa famille ont également été tués. Une frappe a directement ciblé leur domicile dans la région de Nabatiyé. Le ministère de la Santé n’avait pas encore intégré ces victimes dans son bilan global au moment des premières annonces.
Frappes israéliennes au sud-Liban : des villages hors avis d’évacuation ciblés
L’armée israélienne a publié jeudi plusieurs avis d’évacuation pour une vingtaine de localités du sud du Liban. Des frappes meurtrières ont néanmoins touché des villages non inclus dans ces avis, selon l’Ani. Ce décalage entre les annonces officielles et les zones effectivement frappées alimente les accusations de ciblage délibéré de civils.
Israël a par ailleurs instauré une zone de dix kilomètres de profondeur dans le sud libanais, délimitée par une « ligne jaune ». Ni la presse ni la population civile ne peuvent y accéder. Des opérations de démolition y sont menées systématiquement, ciblant maisons et lieux de culte.
Ces destructions provoquent une indignation croissante. Des dizaines d’habitants et de responsables locaux de localités occupées se sont rassemblés jeudi dans le centre de Beyrouth pour protester. Leurs villages subissent des démolitions depuis plusieurs semaines, sans perspective de retour à court terme pour les déplacés.
Une trêve prolongée mais violée au quotidien
Le cessez-le-feu est entré en vigueur le 17 avril. Il a depuis été prolongé jusqu’à la mi-mai, à l’initiative du président américain Donald Trump, au terme de pourparlers à Washington entre les ambassadeurs d’Israël et du Liban. Cette trêve devait ouvrir la voie à des négociations directes entre les deux pays.
L’accord prévoit explicitement qu’Israël se réserve « le droit de prendre, à tout moment, toutes les mesures nécessaires en légitime défense contre des attaques planifiées, imminentes ou en cours ». C’est cette clause que Tel-Aviv invoque pour justifier la poursuite de ses opérations dans le sud malgré la trêve. Israël affirme vouloir protéger sa région nord des actions du Hezbollah pro-iranien.
Le Hezbollah, de son côté, ne reste pas inactif. Il continue de revendiquer des attaques contre des positions israéliennes au Liban et, plus rarement, contre le territoire israélien. Jeudi, le mouvement chiite a annoncé avoir tiré sur des chars israéliens présents sur le sol libanais.
L’armée israélienne a parallèlement annoncé la mort « au combat » d’un de ses soldats dans le sud du Liban. Il s’agit du quatrième militaire israélien tué depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu. Depuis le 2 mars, les opérations israéliennes au Liban ont fait plus de 2 500 morts et contraint plus d’un million de personnes à fuir leurs domiciles, selon les données officielles libanaises.
Aoun interpelle la communauté internationale sur les violations
Le président Joseph Aoun a réagi publiquement aux frappes du jour par un communiqué officiel. « Les violations israéliennes persistent dans le sud malgré le cessez-le-feu, ainsi que la démolition et le rasage de maisons et de lieux de culte, alors que le nombre des victimes grimpe de jour en jour », a-t-il déclaré.
En appelant à la pression internationale, le chef de l’État libanais a ajouté : « Il faut faire pression sur Israël pour qu’il respecte les lois et les accords internationaux et cesse de viser les civils, les secouristes, la Défense civile, les instances humanitaires. »
La position du Hezbollah est radicalement différente. Le mouvement chiite conteste la clause de légitime défense inscrite dans l’accord de cessez-le-feu. Son député Ibrahim Moussawi la qualifie de « dangereux précédent », estimant qu’elle autorise de facto Israël à poursuivre ses opérations sans limitation formelle.
Frappes israéliennes au sud-Liban : Washington pousse à des négociations directes
L’ambassade américaine à Beyrouth a pris position publiquement jeudi, appelant à une rencontre directe entre le président Aoun et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. « Le Liban est à un tournant. Son peuple a l’occasion historique de reprendre en main son pays et de forger son avenir en tant que nation véritablement souveraine et indépendante », a-t-elle affirmé sur X.
Selon l’ambassade, une telle réunion « facilitée par le président Trump » offrirait au Liban « l’occasion d’obtenir des garanties tangibles sur la pleine souveraineté, l’intégrité territoriale, la sécurité de ses frontières, l’aide humanitaire et à la reconstruction, ainsi que le rétablissement complet de l’autorité de l’État libanais sur chaque centimètre carré de son territoire — garanties par les États-Unis ». Washington a conclu que « le temps des hésitations est révolu ».
Un fossé croissant entre la présidence et le Hezbollah
Cette pression américaine en faveur de négociations directes exacerbe les tensions internes libanaises. Joseph Aoun affirme avoir « coordonné chacune de ses démarches concernant les négociations » avec le président de la Chambre Nabih Berri et le Premier ministre Nawaf Salam. Berri, principal allié du Hezbollah au sein des institutions, a immédiatement démenti ces affirmations.
Le Hezbollah mène ouvertement campagne contre le président Aoun et refuse tout processus de dialogue direct entre Beyrouth et Tel-Aviv. Le fossé entre la présidence libanaise et le mouvement chiite ne cesse de se creuser. Dans un pays qui compte déjà plus de 2 500 morts et un million de déplacés depuis le 2 mars, cette division interne complique toute perspective de sortie de crise durable.
Source : Agence France-Presse
















