Quelques heures après un discours du patron du géant pétrolier des Émirats arabes unis assurant que les États du Golfe étaient « ressortis plus forts » de la guerre au Moyen-Orient, des alarmes avertissant de missiles iraniens sont venues rappeler sa vulnérabilité persistante.
Ces premières attaques depuis l’entrée en vigueur d’une trêve le 8 avril ont douché les espoirs d’un retour rapide à la normale, même si mardi soir, l’Iran a « catégoriquement » démenti avoir lancé une telle offensive.
Blocage stratégique du détroit d’Ormuz
Un site pétrolier de l’est du pays, à Fujaïrah, a été touché par des drones lundi. Tandis que trois missiles de croisière ont été interceptés. Mardi, les défenses aériennes ont à nouveau été activées pour intercepter des tirs en provenance d’Iran. Selon le gouvernement, le tout sur fond d’accrochages entre l’Iran et les États-Unis liés au blocage stratégique du détroit d’Ormuz.
Avant ces nouveaux développements, les Émirats avaient entamé un lent retour à la normale, comme en témoignait la reprise de la fréquentation des plages de Dubaï et de ses restaurants. Les écoliers venaient juste de retourner en classe après un mois en distanciel.
Le responsable d’une société de produits alimentaires des Émirats raconte qu’il se trouvait en réunion pour discuter d’une hausse des rémunérations, après des coupes salariales imposées afin de surmonter la crise, lorsque les téléphones portables ont répercuté les alertes aériennes.
Représailles de l’Iran
« Nous nous sommes pris la tête dans les mains. Et sommes restés assis en silence pendant une bonne minute », explique-t-il à l’AFP. Sous couvert d’anonymat, évoquant « un sentiment d’épuisement, d’incrédulité à l’idée que ça recommence ».
Les Émirats ont été davantage visés par des représailles de l’Iran que les autres monarchies du Golfe. Pas seulement des installations de leurs alliés américains. Mais aussi des infrastructures civiles, énergétiques et même des bâtiments emblématiques.
Malgré le taux très important d’interception par la défense aérienne, ces attaques ont fracassé l’aura de stabilité dont jouissait notamment Dubaï, épicentre des affaires, du tourisme et des investissements dans la région avant le conflit.
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L’incertitude plane
Désormais, le risque d’une reprise des hostilités menace l’économie des riches pays du Golfe, mais aussi leur stratégie de diversification.
« Le secteur privé des Émirats arabes unis, hors pétrole, a encore perdu de l’élan en avril », prévient David Owen, analyste économique chez S&P Global Market Intelligence.
Malgré la trêve, l’incertitude plane sur les pétromonarchies depuis des semaines en l’absence d’accord de paix, tandis que l’Iran bloque de facto le détroit d’Ormuz, leur débouché maritime.
Alors que la reprise de l’économie dépendra de la stabilité et des conditions de sécurité perçues, « la nouvelle réalité est que nous pourrions avoir des alertes de temps en temps », résume le responsable de la société d’alimentation.
Cible privilégiée
« Nous sommes probablement leur cible privilégiée », affirme l’expert émirati en sciences politiques Abdulkhaleq Abdulla, en référence à l’Iran: « à chaque fois qu’ils seront en colère contre les États-Unis ou Israël (…) ils nous tireront dessus ».
Géographiquement proches de l’Iran et alliés de Washington, les Émirats ont normalisé leurs relations avec Israël, ce qui en fait une proie de choix pour Téhéran, estime H.A. Hellyer, spécialiste du Moyen-Orient au « Royal United Services Institute for Defence and Security Studies » de Londres.
L’Iran pourrait aussi viser en priorité les Émirats pour essayer de « semer davantage la division entre les pays du Golfe », note-t-il, alors qu’Abou Dhabi s’oppose à Ryad sur la question du Yémen et vient de quitter l’Opep, dominée par l’Arabie saoudite.
Une attitude plus offensive
Face à l’Iran, les Émirats ont adopté une attitude plus offensive que le royaume wahhabite, qui soutient les efforts de médiation du Pakistan. Les attaques attribuées à l’Iran « augmentent les risques d’une riposte armée des Émirats », prévient M. Hellyer. Pour lui, « Abou Dhabi a laissé entendre qu’il renforcerait ses liens avec les États-Unis et Israël ».
L’Arabie, de son côté, est plus hostile à l’État hébreu depuis la guerre à Gaza, dont les conséquences ont éloigné la perspective d’une normalisation espérée par les États-Unis.
Face à l’Iran, Ryad, qui a subi moins d’attaques que les Émirats, « considère qu’il y a davantage de risques à agir qu’à ne rien faire, alors que les Émiratis sont d’un avis contraire », ajoute M. Hellyer.
© Agence France-Presse
















