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Enrôlement forcé de Kényans en Russie : Mudavadi à Moscou pour mettre fin au recrutement meurtrier

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L’enrôlement forcé de Kényans en Russie fait des centaines de morts parmi des civils attirés par de fausses offres d’emploi. Le chef de la diplomatie kényane, Musala Mudavadi, a quitté Nairobi dimanche pour Moscou, où il effectue lundi et mardi une visite officielle. Son mandat : obtenir l’arrêt des recrutements trompeurs et l’ouverture d’une voie de rapatriement pour les victimes.

Une visite d’urgence face à l’enrôlement forcé de Kényans en Russie

Musala Mudavadi rencontrera lundi et mardi plusieurs membres du gouvernement russe. Son homologue Sergueï Lavrov figure parmi les interlocuteurs prévus. L’agenda est défini par un communiqué officiel du ministère kényan des Affaires étrangères.

Selon ce document, le chef de la diplomatie « intensifiera les efforts diplomatiques afin d’empêcher de nouveaux problèmes liés à des recrutements trompeurs ou à de fausses promesses d’emploi ». Il plaidera également pour la mise en place d’une procédure sûre de rapatriement en faveur des ressortissants kényans pris dans le conflit russo-ukrainien.

Le mode opératoire des recruteurs est désormais documenté par plusieurs médias, dont l’AFP. Des Kényans sans aucun passé militaire reçoivent, depuis leur pays, des offres d’emploi civil bien rémunéré en Russie. Une fois sur place, ils sont contraints de signer un contrat avec l’armée russe. Envoyés en Ukraine après une formation très courte, beaucoup d’entre eux périssent au combat.

Plus de mille morts selon les services de renseignement kényans

Les services de renseignement du Kenya estiment le nombre de victimes à plus de 1 000. Ce bilan figure dans un rapport dont l’AFP a obtenu copie. Il place le Kenya parmi les pays africains les plus durement frappés par ce phénomène.

À l’échelle du continent, l’Ukraine évalue à environ 1 800 le nombre d’Africains combattant au sein des forces russes. Le collectif All Eyes on Wagner (AEOW) a publié mi-février les noms de 1 417 Africains enrôlés entre janvier 2023 et septembre 2025. Plus de 300 d’entre eux sont morts. Les Égyptiens, les Camerounais et les Ghanéens constituent les principaux contingents africains identifiés. Ces chiffres restent vraisemblablement sous-estimés, au vu de l’ampleur du seul cas kényan.

D’autres gouvernements africains ont déjà agi. L’Afrique du Sud a obtenu fin février le rapatriement de quinze de ses ressortissants, sur dix-sept ayant alerté leur gouvernement en novembre. Depuis la région ukrainienne du Donbass, ces hommes avaient alerté leur gouvernement : des recruteurs les avaient attirés en Russie par la ruse, puis les avaient contraints à rejoindre des unités de mercenaires épaulant l’armée russe.

Le précédent sud-africain donne une base concrète aux démarches kényanes. Nairobi espère obtenir une issue comparable pour ses propres ressortissants.

L’enrôlement forcé de Kényans en Russie révèle la vulnérabilité des travailleurs africains

L’Afrique constitue un vivier idéal pour des recruteurs prêts à tromper les candidats à l’émigration. La population du continent est jeune, le chômage massif, les perspectives locales insuffisantes. La migration économique y représente souvent la seule issue réaliste face à la pauvreté.

Le Kenya incarne cette réalité avec une acuité particulière. Depuis 2023, plus de 400 000 Kényans sont partis chercher du travail à l’étranger. Leurs transferts d’argent vers le pays atteignent mille milliards de shillings pour 2025, soit 6,7 milliards d’euros, selon l’estimation formulée par M. Mudavadi lui-même en novembre. Ce montant représente le tiers des recettes fiscales de l’État kényan pour l’exercice 2024/2025, évaluées à 3 000 milliards de shillings.

Cette dépendance économique rend les candidats à l’émigration particulièrement exposés aux arnaques. Une offre d’emploi civil en Russie correspond précisément au projet de vie de ces hommes. Rien, au départ, ne leur permet de distinguer une telle proposition d’un piège organisé.

Face à cette asymétrie d’information, les familles kényanes se retrouvent démunies. La découverte de la tromperie n’intervient, pour la plupart d’entre elles, qu’une fois leurs proches disparus ou présumés morts.

« Chair à canon » : la diplomatie kényane dénonce un programme intentionnel

La révélation de l’ampleur des recrutements trompeurs a provoqué un choc au Kenya. Des centaines de familles ont appris simultanément que leurs proches avaient été bernés et envoyés au front. La réaction du gouvernement a été rapide et publique.

Abraham Korir Sing’Oei, numéro deux du ministère kényan des Affaires étrangères, a qualifié la situation d’« inacceptable ». Il a dénoncé le fait que des Kényans soient trompés pour être ensuite utilisés comme « chair à canon » par l’armée russe. « Il semble qu’il y ait un schéma consistant à attirer des gens et à les faire mourir », a-t-il affirmé à l’AFP, dénonçant un « programme intentionnel visant à recruter de manière illégale des personnes d’ascendance africaine ».

Ces mots, prononcés par un haut responsable diplomatique, signalent que Nairobi ne traite plus la situation comme un problème consulaire ordinaire. Le gouvernement kényan reconnaît officiellement la dimension systémique et intentionnelle du recrutement.

Un accord de travail controversé, des familles sans nouvelles

M. Mudavadi ne se rend pas à Moscou uniquement pour exiger la fin des recrutements trompeurs. Il entend également signer, durant sa visite, un accord de main-d’œuvre pour ses ressortissants en Russie. Cette initiative soulève une opposition franche au Kenya.

Ojiro Odhiambo, de l’ONG de défense des droits humains Vocal Africa — contactée par plus de 400 familles de victimes kényanes —, juge cet accord « ridicule ». Il y voit une preuve de l’« insensibilité » de Nairobi au sort de ses propres citoyens. « Conclure un accord de main-d’œuvre signifie tout simplement que davantage de jeunes hommes vont rejoindre l’armée russe », a-t-il déclaré. Une telle démarche, selon lui, revient à « soutenir la Russie dans cette guerre ».

La situation de nombreuses familles reste sans issue visible. Rares sont celles qui maintiennent encore un contact avec un proche porté sous l’uniforme russe contre son gré. La plupart de ces hommes sont présumés morts ou portés disparus. La visite de M. Mudavadi à Moscou constitue, à ce stade, la seule démarche officielle en cours pour tenter d’y remédier — et son contenu reste profondément contesté.

Source : Agence France-Presse

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