Le professeur Jean Calvin Aba’a Oyono, enseignant à l’Université de Yaoundé II, accuse l’État du Cameroun de « faute administrative » et réclame trois milliards de Fcfa de réparation. Dans un recours gracieux adressé au Directeur général de la Recherche extérieure (Dgre), il dénonce un « kidnapping » suivi de 42 jours de détention au Secrétariat d’État à la Défense (Sed).
Une arrestation musclée
Les faits remontent au 25 octobre 2025. Il est environ 7 heures lorsque, selon son récit, sa résidence est encerclée par « une quinzaine d’hommes en civil, cagoulés et lourdement armés ». Alerté par son fils, l’universitaire sort constater la situation. Le Pr Aba’a Oyono affirme avoir demandé aux agents de décliner leur identité et de présenter un mandat. « Mon interlocuteur m’a répondu qu’il n’avait aucun document », écrit-il.
Le ton monte rapidement. Un agent aurait crié : « Si vous n’ouvrez pas, nous allons vous abattre comme un chien ». Le portail est forcé. Une altercation éclate à l’intérieur du domicile, sous les yeux de son épouse et de ses enfants. Le professeur est maîtrisé, menotté, cagoulé puis embarqué dans un véhicule. Durant le trajet, il évoque des coups, des insultes et des menaces. « Patron, l’oiseau rare est capturé », aurait lancé un agent en filmant son visage. Il dit avoir été conduit au Sed, où il sera détenu 42 jours.
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Argumentaire juridique
Dans son recours, le Pr Aba’a Oyono parle de la Constitution camerounaise. Il rappelle que « la liberté et la sécurité sont garanties à chaque individu » et qu’« nul ne peut être arrêté que dans les cas et selon les formes déterminées par la loi ». Il soutient qu’aucun mandat d’amener ni de perquisition ne lui a été présenté.
L’universitaire cite également plusieurs décisions de la Chambre administrative de la Cour suprême pour étayer sa thèse. Selon lui, toute décision illégale générant un préjudice constitue une faute engageant la responsabilité de l’administration. Il parle d’« excès de pouvoir » et même de « détournement de pouvoir ». Il estime que l’opération visait à le réduire au silence en raison de ses prises de position publiques. « Vous m’avez kidnappé préventivement afin d’assurer mon musellement », écrit-il, évoquant son soutien à certaines figures de l’opposition.
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Trois milliards réclamés
Le professeur chiffre son préjudice à trois milliards de Fcfa. Il évoque l’humiliation subie devant sa famille, l’atteinte à son honneur et la perte de revenus durant sa détention. Il parle de « traitements cruels, inhumains ou dégradants » et d’une violation manifeste des textes encadrant la Dgre.
En conclusion, il demande une réparation amiable. À défaut, il annonce son intention de saisir le Tribunal administratif compétent et d’engager une procédure pénale devant le Tribunal militaire de Yaoundé contre les agents impliqués.
















