Le tournoi féminin de boxe olympique est secoué par une controverse après que deux boxeuses, l’Algérienne Imane Khelif (-66 kg) et la Taïwanaise Lin Yu-ting (-57 kg), y ont été admises alors qu’elles avaient été exclues des Mondiaux pour avoir échoué à un test d’établissement de genre.
Voici ce que l’on sait de cette controverse sur une question complexe dont se sont emparés les politiques.
. Que s’est-il passé?
Le combat de boxe a duré moins de 50 secondes car l’adversaire d’Imane Khelif, l’italienne Angela Carini, abandonne sur un direct qui lui « fait trop mal ». Ce combat éclair déclenche une controverse sur le genre de la boxeuse victorieuse.
Le CIO, qui a validé la participation de l’Algérienne de 25 ans, ainsi que celle de Lin, leur apporte depuis jeudi son soutien. Imane Khelif est « née femme, enregistrée comme femme, vit sa vie en tant que femme, boxe en tant que femme », a martelé vendredi le porte-parole du Comité international olympique (CIO) Mark Adams. « Ce n’est pas un cas transgenre », a-t-il ajouté.
. Pourquoi les exclusions passées ?
Selon la Fédération internationale de boxe (IBA), les deux boxeuses ont été écartées après des tests « d’éligibilité » pour établir leur genre réalisés aux Mondiaux-2022 à Istanbul et 2023 à New Delhi.
Mais l’IBA n’a pas précisé la nature et le détail de ces tests. Elle a réfuté l’explication du CIO qui a avancé sur son site internet un « taux élevé de testostérone » pour Khelif. Ceci est un « fait », a assuré le porte-parole du CIO vendredi, même si cette mention a disparu du site internet.
« Les femmes peuvent avoir avoir un taux de testostérone égal à celui des hommes, tout en étant des femmes », a rappelé le CIO. En effet, cette hormone est produite tant par les hommes que par les femmes, même si la quantité diffère. Lorsque les taux sont supérieurs à la moyenne, il est possible de parler de cas d’hyperandrogénie.
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Le cas le plus emblématique est celui de l’athlète sud-africaine Caster Semenya. La double championne olympique du 800 mètres est privée de compétition en raison d’un taux élevé de testostérone. Elle refuse de prendre un traitement pour le faire baisser comme l’exige la fédération internationale d’athlétisme et mène depuis un long combat judiciaire.
Mais, en l’absence de détails de la part de l’IBA et des sportives, il n’est pas possible de dire dans quel cas se situent ces deux boxeuses.
En ce qui concerne les personnes intersexes, elles représentent environ 1,7% de la population générale, selon la communauté scientifique.
. Que disent les autres boxeuses?
L’Irlandaise Amy Broadhurst, qui l’a battue en 2022, lui a apporté son soutien sur le réseau social X. « Je ne pense pas qu’elle ait fait quoi ce soit pour tricher. Elle est née comme ça et ce n’est pas quelque chose qu’elle contrôle. Le fait qu’elle ait été battue par neuf boxeuses en dit long ». Avant de demander d' »arrêter le harcèlement » de Khelif.
Angela Carini s’est dite « attristée » par la polémique et « désolée » pour son adversaire.
La Hongroise Anna Luca Hamori, qui combattra Khelif samedi, a défendu la participation de sa rivale. « S’ils la laissent concourir c’est qu’ils savent que c’est une femme« , a-t-elle dit à l’agence de presse hongroise MTI. Le Comité olympique hongrois a toutefois demandé des explications au CIO pour « clarifier la situation ».
La double championne olympique britannique Nicola Adams, a au contraire exprimé sa réprobation sur X: « Après des années à se battre pour que la boxe féminine gagne sa place aux Jeux (…), c’était difficile de regarder une combattante contrainte d’abandonner ses rêves olympiques ».
. Quel est l’impact de la guerre entre CIO et IBA?
Le CIO et l’IBA ont donc adopté des positions différentes sur ce dossier. Sur fond de conflit profond et ancien, notamment pour des scandales d’arbitrages à répétition. L’IBA, présidé par le Russe Umar Kremlev, a perdu en juin 2023 l’organisation des tournois olympiques.
La disgrâce de l’IBA coïncide avec l’émergence d’un nouvel acteur, la toute jeune fédération internationale World Boxing, propulsée en coulisses par plusieurs fédérations occidentales.
Interrogé sur la présence de la boxe aux JO de Los Angeles en 2028, le porte-parole du CIO, Mark Adams a dit vendredi: « On espère sincèrement que la boxe sera au programme de 2028. »
Source: Agence France-Presse Aucune étiquette pour cette publication.