Les pourparlers entre Israël et le Liban à Washington se tiendront la semaine prochaine au département d’État américain, a confirmé un responsable américain à l’AFP. Benjamin Netanyahu a annoncé jeudi l’ouverture de négociations directes avec Beyrouth, une première depuis des décennies. Ces discussions s’inscrivent dans un contexte de frappes meurtrières qui fragilisent le cessez-le-feu régional conclu entre les États-Unis et l’Iran.
Les pourparlers entre Israël et le Liban à Washington confirmés par le département d’État
Un responsable américain a déclaré jeudi à l’AFP que le département d’État accueillerait une réunion la semaine prochaine pour discuter des négociations de cessez-le-feu entre Israël et le Liban. Le responsable a requis l’anonymat pour faire cette déclaration. Washington endosse ainsi le rôle d’hôte et de facilitateur dans ce dossier diplomatique à hauts risques.
Selon plusieurs médias israéliens, l’ambassadeur d’Israël aux États-Unis, Yechiel Leiter, devrait mener les négociations pour la partie israélienne. Sa désignation signale le niveau d’engagement israélien dans ce processus. La composition de la délégation libanaise reste, à ce stade, inconnue.
Cette annonce fait suite à des échanges téléphoniques mercredi entre Donald Trump, Benjamin Netanyahu et l’émissaire américain Steve Witkoff, selon le site Axios. Trump a confirmé jeudi à NBC News avoir plaidé la retenue auprès du Premier ministre israélien. Ces contacts de haut niveau ont directement précédé l’annonce des pourparlers.
Netanyahu ordonne des « négociations directes », une première depuis des décennies
Benjamin Netanyahu a déclaré jeudi avoir ordonné à son cabinet d’engager des « négociations directes » avec le Liban. Ces discussions porteront sur le désarmement du Hezbollah, que le gouvernement libanais s’est engagé à mener à bien. Elles viseront également l’établissement de relations de paix entre les deux pays, encore techniquement en état de guerre.
De telles négociations directes n’ont pas eu lieu depuis des décennies. Le Liban avait lui-même proposé de tels pourparlers dès le 9 mars. Beyrouth pose cependant une condition préalable ferme : un cessez-le-feu doit précéder tout début de discussions, selon un responsable libanais ayant requis l’anonymat auprès de l’AFP.
Le Hezbollah pro-iranien a rejeté catégoriquement toute négociation directe entre le Liban et Israël. Le mouvement a réclamé le « retrait israélien » du sud du pays, sans autre condition préalable. Sa position complique l’équation diplomatique que Washington cherche à construire.
Netanyahu a par ailleurs averti que les frappes contre le Hezbollah se poursuivraient, pour garantir la « sécurité pour les habitants du nord » d’Israël. Cette déclaration expose la tension entre l’ouverture diplomatique affichée et la poursuite des opérations militaires. Jérusalem maintient ainsi deux logiques simultanées.
Des frappes meurtrières fragilisent la trêve
Dans la soirée de jeudi, l’armée israélienne a annoncé avoir frappé des « sites de tir » du Hezbollah au Liban. La communauté internationale redoute que ces opérations ne compromettent le fragile cessez-le-feu. Après seulement deux jours de trêve, chaque frappe rouvre la question de sa durabilité.
L’armée israélienne a mené mercredi des frappes simultanées sur plusieurs régions libanaises. Le bilan dépasse 300 morts et un millier de blessés. À Beyrouth, les équipes de secours poursuivaient jeudi leurs recherches dans les décombres.
Dans le quartier résidentiel d’Ain el Mreisseh, proche de la mer, des corps gisaient encore sous des amas de pierres et de métal. Parmi les ruines, des cahiers, des cours et des livres témoignaient de la présence de civils. Rien dans ces débris ne signalait la moindre présence militaire.
Taha Qarqamaz cherchait toujours une nièce portée disparue. Il a perdu une autre nièce dans les frappes, et deux autres se trouvent en soins intensifs. Il a déclaré à l’AFP : « On ne sait pas où se trouve ma nièce (…) les secours travaillent sans relâche depuis hier. » Son ami Khaled Salam s’est insurgé devant les décombres : « Regardez, ce sont des cahiers, des cours, des livres ! Où est le Hezbollah ici ? »
Réactions internationales : « inacceptable » pour Londres, « agression » pour Islamabad
Le Premier ministre britannique Keir Starmer a jugé « inacceptable » la poursuite des attaques israéliennes contre le Liban. Il conduisait une tournée chez les dirigeants du Golfe pour tenter de faire respecter le cessez-le-feu au Moyen-Orient. Son positionnement illustre la pression internationale croissante sur Israël.
Le Pakistan, médiateur dans le conflit, avait affirmé lors de l’annonce de la trêve qu’elle s’appliquait « partout, y compris au Liban ». Israël et Washington contestent cette interprétation. Islamabad a dénoncé jeudi l' »agression » israélienne contre le Liban.
Donald Trump s’est dit « très optimiste » sur la possibilité de conclure un accord de paix avec l’Iran, malgré l’écart entre les positions des deux pays. Des négociations irano-américaines démarrent vendredi au Pakistan, sous la direction du vice-président JD Vance côté américain. Ces pourparlers parallèles témoignent de l’imbrication des crises régionales.
Les pourparlers Israël Liban Washington au cœur d’une recomposition régionale
En Iran, des milliers de personnes se sont rassemblées pour marquer le 40e jour après l’assassinat du guide suprême Ali Khamenei, tué le 28 février lors d’une frappe israélo-américaine au premier jour du conflit. Pour Nastaran Safaï, une étudiante de 24 ans présente dans la foule à Téhéran, le cessez-le-feu consacre la « victoire » de l’Iran. Sheida, graphiste de 38 ans, a exprimé une position plus ambivalente : elle a dit redouter à la fois une reprise de la guerre et le maintien du régime en place.
Le chef de l’Organisation iranienne de l’énergie atomique a exclu toute restriction du programme d’enrichissement d’uranium. Washington et Tel-Aviv réclament pourtant cette limitation, accusant l’Iran de vouloir se doter de l’arme nucléaire. Téhéran nie cette accusation.
Sur le plan économique, un pétrolier non-iranien a franchi jeudi le détroit d’Ormuz — le premier depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu. La réouverture du détroit constituait l’une des conditions posées dans le cadre de la trêve. Le cours du baril de pétrole américain, remonté au-dessus des 100 dollars dans la journée, s’est détendu en fin de séance.
Le Fonds monétaire international a estimé que la guerre en Iran pourrait plonger 45 millions de personnes dans l’insécurité alimentaire. Cette donnée illustre l’ampleur des conséquences humanitaires potentielles d’un retour aux hostilités. Les pourparlers Israël Liban Washington s’inscrivent dans une région où chaque décision diplomatique pèse lourd.
Source : Agence France-Presse
















