Ballet de convois motorisés, manifestations, journalistes massés sur les trottoirs, policiers aux aguets: la paisible Genève s’est brusquement retrouvée en ébullition mardi, théâtre de pourparlers parallèles sous haute sécurité sur le nucléaire iranien et l’Ukraine.
Au centre de cette double séquence, l’émissaire américain Steve Witkoff, accompagné de Jared Kushner, gendre de Donald Trump, a mené coup sur coup des négociations aussi complexes que sensibles.
Genève est habituée aux pourparlers diplomatiques à fort enjeu, mais le télescopage de négociations sur deux des plus importants dossiers internationaux du moment paraît insolite.
Discussions indirectes
Aussi, après trois heures et demie consacrées aux discussions indirectes avec l’Iran en matinée, la délégation américaine est apparue à peine une vingtaine de minutes plus tard, de l’autre côté du lac, à l’hôtel InterContinental pour des échanges tripartites avec des représentants russes et ukrainiens.
Encore plus que d’habitude pour des pourparlers, la presse était tenue à distance de l’établissement, situé au coeur du quartier international. Les délégations sont arrivées sous haute sécurité et les discussions se sont poursuivies jusque dans la soirée, hors de portée des caméras.
Comme pour toute tractation menée à huis clos, les informations filtraient parcimonieusement. Les représentations diplomatiques se montrant avares de détails, s’exprimant le plus souvent en « off », tandis que les officiels privilégient les médias d’Etat ou les réseaux sociaux.
« Peu d’informations circulent, on ne sait pas qui fait quoi, où on va », pestait d’ailleurs Jean-Marc Ferré, photographe indépendant pour l’agence Max PPP. Devant l’hôtel, les journalistes tentaient d’identifier les délégations à l’arrivée des convois, et scrutaient le moindre mouvement.
Deuxième session de pourparlers
En milieu de matinée, des journalistes russes ont abordé un homme en costume. Chou blanc. Ils admettent ensuite auprès d’un confrère ne pas savoir de qui il s’agissait. « On a tellement peu d’infos qu’on tente« , a admis l’un d’eux.
A l’autre bout de la ville, dans la commune cossue de Cologny, la résidence de l’ambassadeur d’Oman auprès de l’ONU a accueilli en matinée la deuxième session de pourparlers indirects entre Washington et Téhéran sur le nucléaire iranien.
Sous la surveillance de la police diplomatique, les journalistes massés sur un étroit trottoir tentaient de déceler des indices en scrutant les numéros des plaques diplomatiques des véhicules passant devant eux: 5 pour l’Iran, 9 pour les États-Unis.
Après trois heures et demie d’échanges entre délégués américains, omanais et iraniens, le convoi iranien a quitté les lieux. Une poignée de manifestants a alors crié « terroristes! » en direction des véhicules, provoquant une brève échauffourée avec les forces de l’ordre. L’agitation a aussi gagné mardi les abords du Palais des Nations, siège de l’ONU à Genève, où se sont succédé manifestants iraniens et ukrainiens.
La répression en Iran
A la mi-journée, quelque 200 personnes ont dénoncé la répression en Iran. Parmi elles, Laleh, 36 ans, venue de Téhéran pour l’occasion, a réclamé auprès de l’AFP « la libération immédiate de tous les prisonniers politiques ». Des pancartes proclamaient « Iran free = free world » (« Iran libre = monde libre ») et certains brandissaient des portraits de Reza Pahlavi, fils du chah déchu.
En début d’après-midi, une centaine de militants pro-Ukraine ont pris le relais, fustigeant l’invasion russe de leur pays. « Stop killing Ukrainians! » (« Arrêtez de tuer les Ukrainiens », ndlr), « Sauvez l’Ukraine pour préserver la paix en Europe », pouvait-on lire sur des banderoles multilingues.
« On est désespéré, on ne les croit pas trop (les Russes), mais on espère qu’il y aura des changements », a confié à l’AFP Marianne, étudiante ukrainienne arrivée à Genève en 2022, en passant devant l’hôtel InterContinental, drapeau ukrainien sur le dos, après avoir participé à la manifestation. Les discussions sur l’Ukraine doivent se poursuivre mercredi matin.
© Agence France-Presse
















