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Détroit d’Ormuz et le veto de l’ONU : la Russie et la Chine font échouer la résolution du Conseil de sécurité

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Le détroit d’Ormuz et le veto de l’ONU a scellé mardi l’échec d’une tentative de médiation internationale. Le Conseil de sécurité des Nations Unies n’a pas adopté la résolution portée par Bahreïn : la Russie et la Chine ont mis leur veto à un texte pourtant déjà largement édulcoré, avec 11 voix pour, deux contre et deux abstentions.

La Russie et la Chine font tomber la résolution

Mardi soir à New York, onze membres du Conseil de sécurité ont voté en faveur du texte présenté par Bahreïn. La Russie et la Chine ont exercé leur droit de veto. Le Pakistan et la Colombie se sont abstenus.

Ce double veto met fin à deux semaines de négociations intenses. Bahreïn avait lancé le processus avec le soutien actif des pays du Golfe et des États-Unis. L’objectif était d’obtenir un mandat international pour sécuriser l’une des voies maritimes les plus stratégiques de la planète.

Détroit d’Ormuz et le veto de l’ONU : un texte progressivement vidé de sa substance

À son lancement, il y a deux semaines, le projet de résolution bahreïni avait une portée bien plus large. Il aurait autorisé tout État ou coalition d’États à utiliser « tous les moyens nécessaires » pour garantir la sécurité des navires et empêcher le blocage du détroit. Cette formulation offensive a immédiatement suscité de fortes objections — notamment de la France, de la Russie et de la Chine.

La semaine dernière, les rédacteurs ont introduit une modification majeure : les moyens employés ne pourraient être que « défensifs ». Ce changement a levé l’opposition française. Mais Moscou et Pékin ont maintenu leur résistance, forçant de nouvelles révisions.

Dans sa version finale soumise au vote, le texte ne comportait plus aucune autorisation d’usage de la force, même défensive. Il encourageait désormais « fortement les États » concernés « à coordonner les efforts, de nature défensive et proportionnés aux circonstances, pour assurer la sécurité de navigation dans le détroit d’Ormuz, y compris en escortant les navires marchands et commerciaux ».

Le texte exigeait par ailleurs que l’Iran « cesse immédiatement toute attaque contre les navires » et évoquait la possibilité d’imposer « d’autres mesures » contre ceux qui sapent la liberté de navigation. Ces concessions n’ont pas suffi. La Russie et la Chine ont maintenu leur veto.

Un vote sous haute tension : l’ultimatum de Trump en arrière-plan

Ce scrutin s’est tenu quelques heures avant l’expiration de l’ultimatum posé par Donald Trump. Le président américain avait donné à l’Iran jusqu’au mardi 20h00, heure de Washington — soit minuit GMT — pour débloquer la navigation dans le détroit. Il menaçait sinon d’éradiquer « une civilisation entière ».

Le conflit a débuté le 28 février, déclenché par des frappes israélo-américaines sur l’Iran. Depuis cette date, Téhéran a imposé une quasi-paralysie du détroit d’Ormuz. Cette voie maritime concentre en temps normal un cinquième de la production mondiale de pétrole ainsi que du gaz naturel liquéfié. Sa fermeture prolongée a provoqué une forte hausse du prix des hydrocarbures, aux répercussions économiques mondiales.

Réactions : défiance américaine et avertissement du Golfe

L’ambassadeur américain à l’ONU, Mike Waltz, a pris la parole immédiatement après le vote. « Le rejet de la résolution n’empêche pas les États-Unis de continuer à agir en légitime défense et pour défendre nos alliés et partenaires », a-t-il déclaré. « Le président Trump continuera les actions nécessaires pour défendre notre peuple et le monde libre. »

Le ministre des Affaires étrangères de Bahreïn, Abdoullatif ben Rachid Al Zayani, a exprimé une vive déception. Ce vote « envoie le mauvais signal au monde » : les menaces contre les voies de navigation ne provoquent pas « d’action décisive de la part de l’organisation responsable du maintien de la paix et de la sécurité internationales », a-t-il estimé. Il a averti que la « patience » et la « retenue » des pays du Golfe face aux attaques iraniennes avaient des « limites ».

L’ambassadeur iranien à l’ONU, Amir Saeid Iravani, a qualifié les déclarations de Donald Trump de « profondément irresponsables ». Il a accusé le président américain de révéler « ouvertement son intention de commettre des crimes de guerre et crimes contre l’humanité ». Il a également attaqué le texte de Bahreïn, l’accusant de « punir la victime » des attaques israélo-américaines et de fournir « aux agresseurs une protection politique et diplomatique pour d’autres actions illégales ».

Pour justifier son veto, l’ambassadeur russe Vassili Nebenzia a estimé que « presque chaque paragraphe (…) regorgeait d’éléments déséquilibrés, inexacts et agressifs ». Il a rappelé le précédent libyen : en 2011, Moscou avait regretté de s’être abstenu lors du vote autorisant l’Otan à intervenir en Libye. Cette intervention avait finalement conduit à la chute du colonel Kadhafi. Depuis lors, la Russie n’accorde plus de blanc-seing à des mandats susceptibles d’ouvrir la voie à des opérations militaires extérieures.

Détroit d’Ormuz et le veto de l’ONU : une contre-résolution russo-chinoise annoncée

Vassili Nebenzia a assuré comprendre « les inquiétudes » exprimées concernant la navigation dans le détroit d’Ormuz. Il a annoncé que la Russie et la Chine allaient soumettre au vote un projet de résolution alternatif, sans préciser de calendrier.

Le texte de ce contre-projet, consulté par une journaliste de l’AFP, s’écarte sensiblement du texte de Bahreïn. Il réclame le respect de la liberté de navigation, mais sans mentionner le détroit d’Ormuz. Alors que le texte bahreïni ciblait principalement l’Iran, le projet russo-chinois appelle « toutes les parties » à cesser les attaques contre les civils et les infrastructures civiles. Cette formulation volontairement équilibrée a toutes les chances de se heurter à l’opposition américaine.

L’impasse diplomatique au Conseil de sécurité s’accentue. Le détroit d’Ormuz reste bloqué, l’ultimatum américain est échu et aucun consensus international ne se dessine. Les prochaines heures s’annoncent déterminantes.

Source : Agence France-Presse

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