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Cuba libère des prisonniers politiques et confirme des pourparlers avec Washington

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Cuba libère des prisonniers politiques et brise le silence. Le président Miguel Díaz-Canel confirme des discussions avec Washington. Le Vatican joue les médiateurs. Et dans la banlieue de La Havane, une mère prend son fils dans ses bras et lui dit : « On a fini de souffrir. »

Cuba confirme : des pourparlers sont en cours avec les États-Unis

Vendredi, Miguel Díaz-Canel prend la parole à la télévision cubaine. Il s’adresse aux plus hautes autorités du pays, dont des membres du Bureau politique du Parti communiste cubain. Son message est historique : « Des responsables cubains ont récemment eu des discussions avec des représentants du gouvernement des États-Unis. »

Ces pourparlers « ont pour objectif de chercher des solutions, par la voie du dialogue, aux différends bilatéraux qui existent entre nos deux nations », précise le président cubain. Un aveu qui rompt avec des semaines de dénégations officielles.

Car Donald Trump affirmait depuis mi-janvier que des négociations étaient en cours avec de hauts responsables de l’île. La Havane démentait. Vendredi, elle confirme. Le changement de ton est brutal.

Díaz-Canel pose ses conditions. Il s’agit d’un « processus très sensible » ayant pour but de « nous éloigner de la confrontation ». Il doit se faire « sur la base de l’égalité et du respect des systèmes politiques des deux États ». Un cadre exigeant — mais une ouverture réelle.

Côté américain, un responsable de la Maison Blanche réitère à l’AFP la position de Trump : Cuba est une « nation en faillite » et un accord avec son gouvernement « serait très facile à conclure ». Le ton reste offensif. Mais la négociation avance.

Cuba libère des prisonniers politiques sous l’égide du Vatican

Dès jeudi soir, La Havane annonce la libération prochaine de 51 prisonniers politiques sous l’égide du Vatican. Vendredi, les premières remises en liberté ont lieu. L’AFP y assiste.

Adael Jesus Leivas, 29 ans, rentre dans son quartier de la banlieue de La Havane en tricycle électrique — les rationnements de carburant sur l’île ne permettent pas mieux. Sa famille l’attend. Il prend son jeune fils dans ses bras. Sa mère le serre contre elle. « On a fini de souffrir », lui dit-elle.

Ronald Garcia, 33 ans, sort lui aussi de prison. Tous deux avaient été condamnés — à 13 et 14 ans d’emprisonnement respectivement — pour avoir participé aux manifestations antigouvernementales historiques du 11 juillet 2021. Des peines d’une sévérité qui avait choqué la communauté internationale.

L’ONG Cubalex, basée à Miami, confirme à l’AFP la libération d’au moins quatre autres personnes emprisonnées après ces manifestations. Selon l’organisation Justicia11J, 760 personnes étaient encore incarcérées pour des raisons politiques à Cuba avant ces premières remises en liberté — dont 358 pour avoir manifesté en juillet 2021.

Le Vatican, médiateur historique entre La Havane et Washington

L’Église catholique joue depuis des décennies un rôle de médiateur dans la libération de prisonniers politiques à Cuba. Son rôle dans ce nouveau dégel n’est pas une surprise — mais il confirme l’influence persistante du Saint-Siège dans les affaires cubano-américaines.

Le 28 février, le ministre cubain des Affaires étrangères, Bruno Rodriguez, est reçu en audience par le pape Léon XIV. Une semaine plus tôt, un haut fonctionnaire du Vatican reçoit deux diplomates américains : le chargé d’affaires à La Havane, Mike Hammer, et l’ambassadeur auprès du Saint-Siège, Brian Burch. La triangulation diplomatique est en marche.

Ce n’est pas la première fois. En 2015, sous le second mandat de Barack Obama, le Vatican a joué un rôle déterminant dans le dégel diplomatique entre Washington et La Havane. Cette ouverture avait débouché sur le rétablissement des relations diplomatiques entre les deux pays — avant que Trump, lors de son premier mandat, ne referme partiellement la porte.

Présent lors de l’allocution de Díaz-Canel, un homme retient l’attention : Raúl Guillermo Rodríguez Castro, petit-fils de l’ex-dirigeant Raúl Castro. Sans fonctions officielles au sein du gouvernement, il a été récemment mentionné par des médias américains comme l’interlocuteur du chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, dans le cadre de discussions secrètes. Sa présence ce vendredi n’est pas anodine.

Une île à genoux, une aide mexicaine en renfort

Les pourparlers interviennent dans un contexte de crise profonde. Cuba traverse une période d’une dureté sans précédent depuis des décennies. Washington impose depuis janvier un blocus énergétique de facto à l’île, invoquant la « menace exceptionnelle » que ferait peser sur la sécurité nationale américaine cette île de 9,6 millions d’habitants, située à seulement 150 kilomètres des côtes de la Floride.

Résultat : des pénuries massives de carburant et des coupures d’électricité prolongées paralysent le quotidien des Cubains. C’est dans ce contexte que Díaz-Canel évoque des « facteurs internationaux » qui ont « facilité ces échanges » avec Washington — sans donner plus de détails. La pression économique fait partie de ces facteurs, même si le président cubain ne le dit pas ainsi.

Le Mexique, lui, choisit l’aide directe. La présidente de gauche Claudia Sheinbaum salue les pourparlers et souligne l’« injustice commise depuis de nombreuses années à l’encontre du peuple cubain » à cause de l’embargo américain en vigueur depuis 1962. Deux nouveaux bateaux de la marine nationale mexicaine arrivent vendredi à La Havane, portant à 3.000 tonnes l’aide humanitaire envoyée par Mexico à Cuba en moins d’un mois.

Prisonniers libérés, négociations avec Washington, aide mexicaine en renfort : trois signaux simultanés qui dessinent, prudemment, l’esquisse d’une sortie de crise. Trois signaux simultanés qui dessinent, prudemment, l’esquisse d’une sortie de crise. Mais entre une île à genoux et une administration américaine qui parle de « nation en faillite », la route reste longue.

Source : AFP – 14 mars 2026

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