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Centrafrique: Touadéra au défi de la stabilisation et du développement du pays

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La réélection de Faustin-Archange Touadéra à la tête de la République centrafricaine, annoncée mardi, ne faisait aucun doute pour nombre d’observateurs. Quels défis attendent le président pour ce troisième mandat?

Dans cet Etat enclavé d’Afrique centrale, la situation sécuritaire s’est quelque peu apaisée après la sanglante guerre civile des années 2010, même si cet acquis reste « fragile », de l’aveu du président réélu.

Après le changement de Constitution voté par référendum en juillet 2023 lui permettant de se représenter, M. Touadéra entame son troisième mandat consécutif à la tête de l’un des pays les plus pauvres au monde, sous perfusion de l’aide internationale et dont les sols sont particulièrement riches et convoités – uranium, lithium, diamant, bois, or.

 Stabilisation sécuritaire 

« J’ai tendu la main aux groupes armés (…) et la paix revient grâce à cette volonté du dialogue », a déclaré M. Touadéra devant des journalistes mardi. « Je continuerai cette politique de main tendue », a-t-il poursuivi.

« L’un des grands enjeux de ce troisième mandat sera sa capacité à conserver des forces de sécurité intérieures stabilisées », observe Mathilde Tarif, chercheuse à l’université de Gand (Belgique).

Selon la chercheuse, l’enjeu principal est la rétribution de ces groupes armés et la pérennisation de leur loyauté envers l’Etat, dans un contexte de réduction des financements internationaux.

« Par endroits, le gouvernement a formé et armé des milices qui ont retourné leur veste et s’attaquent à l’Etat », note Fulbert Ngodji, analyste à l’International Crisis Group (ICG), citant les récents affrontements qui ont opposé la milice AAKG à l’armée dans le sud-est du pays.

 L’avenir du groupe Wagner 

Cette ancienne colonie française riche en ressources naturelles demeure le dernier bastion de Wagner, qui s’est imposé comme l’un des principaux partenaires sécuritaires du gouvernement en échange de contrats lucratifs dans l’or ou les diamants.

Déployés depuis 2018 à la demande de M. Touadéra pour renforcer une armée désorganisée et sous-équipée, les combattants de Wagner, dont le nombre est estimé entre 1.500 et 2.000, ont joué un rôle-clé dans la relative stabilisation du pays.

Aujourd’hui, près de 90% du territoire sont sous l’autorité du gouvernement, contre 80% tenus par les groupes armés en 2021 selon divers analystes.

Depuis la mort en août 2023 en Russie du chef historique de Wagner, Evguéni Prigojine, qui avait défié l’autorité de Moscou, le ministère russe de la défense cherche à remplacer Wagner par la société privée Africa Corps, avec laquelle il a des liens plus étroits.

Mais d’après Sergueï Eledinov, expert russe en sécurité africaine, Moscou ne se précipiterait pas pour changer une structure qui s’est avérée « efficace ». « A court terme », dit-il, « ils ne la démantèleront probablement pas ».

Partenariats 

Le succès de ce troisième mandat « va beaucoup dépendre de la réussite des partenariats qu’il a mis en place avec le Rwanda, les Emirats arabes unis ou la Russie », dont « il est tributaire pour poursuivre la stabilisation de son régime », analyse Mathilde Tarif.

Avec la réduction de l’aide internationale, « il va devenir de plus en plus compliqué de renflouer les caisses avec les partenaires traditionnels que sont les agences des Nations unies ou l’Union européenne », ajoute-t-elle.

Pour Fulbert Ngodji, cela devrait conduire M. Touadéra à consolider ses liens avec d’autres partenaires tels que les Emirats arabes unis, qui multiplient les projets d’investissement tels qu’un nouvel aéroport à Bangui ou la centrale solaire de Sakaï 2.

La France dispose d’un permis pour l’exploitation d’une mine d’uranium et le groupe Wagner a obtenu des concessions pour les mines d’or et l’exploitation forestière depuis son déploiement en 2017.

Développement du pays 

« Touadéra a réussi, en tout cas sur la capitale, à attirer de nouveaux investissements, il y une classe politico-économique qui réinvestit », commente Mathilde Tarif.

Mais « l’arrière-pays reste dans un état catastrophique, que ce soit en termes d’infrastructures, d’accès à l’eau, d’assainissement », observe-t-elle.

« Les populations souffrent dans les provinces », déplore Marguerite Yaché-Ngolo, une Banguissoise de 64 ans interrogée mardi par l’AFP.

« Il suffit d’aller à seulement 200 kilomètres de Bangui pour constater la réalité : pas de bonnes écoles, pas d’eau potable, pas de possibilité de manger au moins deux fois par jour, ni même un accès aux soins de santé », affirme Elodie, une étudiante de 29 ans.

La vie des 5,5 millions de Centrafricains, dont 71% vivent toujours sous le seuil de pauvreté, reste précaire, avec un manque des services de base, de routes carrossables, un chômage endémique, un taux de formation faible et un coût de la vie de plus en plus élevé.

« Les opposants à Touadéra ont souligné que les ressources naturelles devaient profiter davantage aux Centrafricains », affirme Fulbert Ngodji, estimant que rien n’a été fait au cours des deux premiers mandats Touadéra pour combattre la corruption endémique.

La tenue d’élections locales le 28 décembre dernier, en même temps que l’élection présidentielle et pour la première fois depuis près de 40 ans, pourrait « ouvrir la voie à une possible décentralisation » selon M. Ngodji, et « donner davantage de possibilités aux marges du pays pour penser leur développement », espère-t-il.

© Agence France-Presse

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