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Trafic au détroit d’Ormuz : des centaines de navires toujours bloqués malgré la trêve

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Le trafic au détroit d’Ormuz reste quasi nul deux jours après l’entrée en vigueur du cessez-le-feu entre les États-Unis et l’Iran. Seuls dix navires ont franchi ce passage stratégique depuis l’annonce de la trêve dans la nuit du 8 au 9 avril. Environ 800 bâtiments de commerce demeurent immobilisés dans le Golfe persique.

Une trêve qui ne relance pas le trafic au détroit d’Ormuz

Depuis l’annonce du cessez-le-feu, quatre pétroliers et six vraquiers seulement ont franchi le détroit d’Ormuz. Ce bras de mer avait pratiquement cessé de fonctionner depuis le déclenchement des hostilités entre les États-Unis et l’Iran. Sa réouverture figurait pourtant parmi les conditions explicites posées pour l’arrêt provisoire des combats.

Sur ces quatre pétroliers, un seul ne présente aucun lien avec l’Iran. Le « MSG », battant pavillon gabonais, a emprunté ce passage jeudi. Il transportait près de 7 000 tonnes de fioul, soit 44 000 barils, chargés à Sharjah, aux Émirats arabes unis. Sa destination était le port indien de Pipavav, selon le fournisseur de données maritimes Kpler.

Des passages toujours rares : le trafic au détroit d’Ormuz reste sous 10 % des niveaux normaux

Une dizaine d’autres bâtiments semblaient jeudi soir sur le point de franchir le détroit. Ce chiffre correspond au volume quotidien enregistré avant l’entrée en vigueur de la trêve. Aucune accélération du trafic n’est donc observable.

L’analyse des données confirme cette stagnation. Le trafic restait « inférieur de 90 % aux niveaux normaux », a précisé Bridget Diakun, analyste chez Lloyd’s List Intelligence. Elle souligne que le commerce iranien en constitue l’essentiel.

Richard Meade, rédacteur en chef de Lloyd’s List, a tranché : le détroit « demeure aussi ouvert ou fermé qu’avant l’émergence de ce plan ». Cette formulation vise directement le cadre de dix à quinze points qui sert de base à la trêve irano-américaine.

Tous les navires en route vers le détroit provenaient d’Iran, s’y dirigeaient, ou affichaient des liens avec des pays non hostiles à la République islamique. Téhéran contrôle ainsi l’intégralité des flux résiduels qui traversent ce passage.

Entre le 1er mars et le 8 avril, Kpler a recensé 315 passages dans le détroit. Sur ce total, 202 concernaient des pétroliers ou des transporteurs de gaz, dont la majorité faisait cap à l’est vers le golfe d’Oman. Six transits sur dix impliquaient des bâtiments en provenance d’Iran ou à destination de ce pays.

800 navires bloqués dans le Golfe et une crise pétrolière historique

Environ 800 navires restaient immobilisés dans le Golfe jeudi, selon Lloyd’s List. Au 7 avril, 172 millions de barils de brut et de produits raffinés attendaient en mer à bord de quelque 187 pétroliers, d’après Kpler. Ces stocks flottants témoignent de l’ampleur de la paralysie logistique qui frappe la région.

La guerre au Moyen-Orient a provoqué la plus grave perturbation de l’offre de l’histoire du marché pétrolier mondial, selon l’Agence internationale de l’énergie. Cette qualification illustre les répercussions économiques profondes du conflit sur les chaînes d’approvisionnement mondiales. Les effets s’étendent bien au-delà du seul détroit.

Depuis le 1er mars, 30 navires de commerce — dont 13 pétroliers — ont essuyé des attaques ou signalé des incidents dans le Golfe, le détroit d’Ormuz ou le golfe d’Oman, selon l’Organisation maritime internationale (OMI), l’UKMTO et Vanguard Tech. Les Gardiens de la Révolution iraniens ont revendiqué trois de ces attaques entre le samedi et le mardi précédant la trêve. L’OMI a confirmé l’une d’entre elles.

Aucune nouvelle attaque n’a eu lieu depuis l’annonce du cessez-le-feu. Ce calme relatif n’a pas suffi à convaincre l’industrie maritime de reprendre ses transits.

L’industrie maritime suspend ses décisions

Le secteur du transport maritime adopte une posture d’attente. Jakob Larsen, chargé de la sûreté et de la sécurité pour l’association professionnelle Bimco, a mis en garde mercredi contre tout départ précipité. Quitter le Golfe sans coordination préalable avec Washington et Téhéran « ne serait pas conseillé », a-t-il déclaré.

Le géant allemand Hapag-Lloyd a confirmé mercredi que ses navires ne reprendraient pas les transits par le détroit dans l’immédiat. De nombreux armateurs partagent cette retenue. Ces acteurs estiment que la trêve ne garantit pas encore la sécurité des navires souhaitant emprunter ce passage.

Les incertitudes persistent à plusieurs niveaux : règles de transit, statut des navires selon leur nationalité, présence de mines marines. Cette opacité entretient la paralysie du commerce maritime international.

Des conditions imposées par l’Iran : l’avenir du trafic au détroit d’Ormuz en jeu

L’Iran a imposé jeudi des itinéraires alternatifs aux navires souhaitant franchir le détroit. Téhéran invoque le risque de mines marines sur la route habituelle, plus au large de ses côtes.

Les Gardiens de la Révolution ont diffusé une carte détaillant des routes d’entrée et de sortie de part et d’autre de l’île iranienne de Larak. Tout bâtiment franchissant le détroit doit désormais agir en coordination avec les forces navales iraniennes, selon Vanguard Tech.

À l’exception de trois pétroliers omanais ayant traversé le détroit près des côtes d’Oman la semaine précédente, tous les bâtiments récents semblent avoir suivi l’itinéraire validé par Téhéran. Certains auraient acquitté des frais pour l’obtenir, selon plusieurs médias.

Le Financial Times a rapporté mercredi que Téhéran entendait facturer un dollar par baril transitant par le détroit, payable en cryptomonnaies. D’autres rumeurs circulaient dans le secteur maritime sans confirmation officielle. Certaines évoquaient une liste d’autorisation obligatoire pour les navires souhaitant passer.

D’autres mentionnaient un classement des pays sur cinq niveaux, les bâtiments liés à des États amicaux de l’Iran bénéficiant de conditions préférentielles. De nombreuses incertitudes subsistent sur les modalités définitives.

Les analystes ne prévoient pas de reprise rapide. Le trafic au détroit d’Ormuz ne devrait pas dépasser dix à quinze passages quotidiens tant que la trêve tient, selon Ana Subasic, analyste chez Kpler. Téhéran fixe ses exigences sur ce passage maritime stratégique. La normalisation du trafic dépend directement de la solidité du cessez-le-feu.

Source : Agence France-Presse

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