À la veille des Pourparlers de Genève, Volodymyr Zelensky et Donald Trump ont tenu un échange téléphonique stratégique, destiné à verrouiller leur position commune. Cet appel intervient alors que les négociateurs ukrainiens, américains et russes se préparent à reprendre des discussions sensibles sur la fin de la guerre et le sort du Donbass, point de rupture des futures négociations.
Un appel de 30 minutes qui prépare le terrain
Volodymyr Zelensky a annoncé mercredi avoir parlé au président américain Donald Trump, un échange qui intervient à un moment charnière. « Je viens de parler avec le président Donald Trump », a déclaré le chef de l’État ukrainien sur les réseaux sociaux. Il a précisé que « les envoyés du président Trump Steve Witkoff et Jared Kushner étaient également dans la conversation ».
Selon Dmitro Lytvyn, conseiller de la présidence ukrainienne, l’entretien a duré « environ 30 minutes ». Une demi‑heure dense, consacrée à la préparation de la rencontre prévue jeudi à Genève entre le négociateur ukrainien Roustem Oumerov et les deux représentants américains.
Cette séquence diplomatique s’inscrit dans un calendrier resserré. Les États-Unis, l’Ukraine et la Russie doivent se retrouver début mars pour un nouveau cycle de discussions trilatérales, censé aborder les points les plus sensibles du plan américain dévoilé fin 2025.
Genève, carrefour d’une diplomatie sous tension
La capitale suisse redevient, une fois encore, le théâtre d’intenses tractations. Une source citée par l’agence d’État russe Tass a confirmé que Kirill Dmitriev, émissaire du Kremlin pour les questions économiques, se rendrait lui aussi à Genève jeudi « afin de poursuivre les négociations avec les Américains sur le volet économique ».
Dmitriev a déjà rencontré à plusieurs reprises Witkoff et Kushner pour évoquer les contours d’une possible sortie de guerre. Washington pousse pour accélérer le processus. Depuis l’invasion russe de février 2022, le conflit a provoqué des centaines de milliers de morts et de blessés, déplacé des millions d’Ukrainiens et ravagé l’est et le sud du pays. Il s’agit du pire affrontement armé en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale.
Dans ce contexte, chaque déplacement, chaque entretien, chaque phrase pèse lourd. Les capitales occidentales veulent maintenir la pression diplomatique, tandis que Moscou cherche à défendre ses positions territoriales et politiques.
Des “questions complexes” au cœur des discussions
Zelensky a résumé l’enjeu de l’appel : « Nous avons discuté des questions que nos représentants aborderont demain à Genève au cours de la réunion bilatérale », a‑t‑il expliqué. Il a également évoqué « les préparatifs pour la prochaine réunion des équipes de négociation au complet, qui se déroulera en format trilatéral au tout début du mois de mars ».
L’objectif affiché est clair : créer les conditions d’un sommet entre dirigeants. « Nous attendons de cette réunion qu’elle crée une occasion de porter les discussions au niveau des dirigeants », a insisté Zelensky.
Le président ukrainien a déjà affirmé qu’une rencontre directe avec Vladimir Poutine serait nécessaire pour trancher les points les plus délicats. Parmi eux, le statut du Donbass reste le nœud gordien. Moscou exige le retrait des forces ukrainiennes des zones qu’elles contrôlent encore dans la région de Donetsk. Kiev refuse catégoriquement.
Zelensky assure que « le président (Donald) Trump soutient cette série d’étapes. C’est le seul moyen de régler toutes les questions complexes et sensibles et d’enfin mettre fin à la guerre ».
Un précédent cycle sans résultats, mais une dynamique relancée
Genève avait déjà accueilli un cycle de pourparlers à la mi‑février. Ces discussions, menées sous médiation américaine, n’avaient pas débouché sur des avancées concrètes. Pourtant, les trois parties semblent déterminées à poursuivre.
Plus tôt mercredi, Zelensky avait précisé que les discussions de jeudi porteraient aussi sur le plan économique de « redressement » de l’Ukraine, dont les infrastructures ont été massivement détruites. Le pays doit reconstruire son réseau énergétique, ses villes bombardées, ses industries stratégiques.
Autre dossier sensible : un nouvel échange de prisonniers de guerre. Depuis le début de l’offensive russe, ces échanges constituent l’une des rares avancées tangibles entre les deux camps. Chaque libération est scrutée, chaque liste négociée avec minutie.
Washington et Kiev cherchent une voie vers un accord
Steve Witkoff, l’un des deux envoyés américains, a expliqué mardi, lors d’une conférence à Kiev, que la réunion américano‑ukrainienne de jeudi visait à « explorer différentes voies sur la manière dont nous pourrions parvenir à un accord de paix ». Une formulation prudente, mais révélatrice de la volonté américaine de maintenir l’élan diplomatique.
L’Ukraine, elle, a marqué mardi les quatre ans du début de l’invasion. Zelensky a salué la résilience de son pays, affirmant que Vladimir Poutine n’avait « pas atteint ses objectifs » ni « brisé les Ukrainiens ». La Russie, de son côté, a menacé de « continuer » les hostilités, rappelant que le rapport de force militaire reste au cœur de la négociation.
Dans ce climat, l’appel Zelensky–Trump apparaît comme un signal politique. Il montre que Washington et Kiev cherchent à harmoniser leurs positions avant d’affronter un nouveau face‑à‑face avec Moscou.
Une diplomatie sous pression, un calendrier serré
Les prochains jours seront déterminants. Les discussions bilatérales de Genève doivent clarifier les marges de manœuvre de chacun. Le cycle trilatéral de mars pourrait, s’il progresse, ouvrir la voie à une rencontre au sommet. Mais les obstacles restent nombreux : le Donbass, les garanties de sécurité, les réparations, le retrait des troupes, le contrôle des frontières.
Les camps avancent avec prudence. Les mots sont pesés. Les gestes, scrutés avec attention.
Kiev voit dans cette séquence un enjeu existentiel. Washington cherche surtout à stabiliser l’Europe et à refermer un conflit qui absorbe des ressources colossales. Moscou, de son côté, aborde la négociation avec l’objectif de préserver ses gains territoriaux et l’influence stratégique accumulée depuis 2022.
Un moment charnière
L’échange entre Zelensky et Trump, à la veille d’une nouvelle séquence diplomatique, symbolise la tension du moment. Les lignes bougent, mais lentement. Les discussions reprennent, mais sans garantie. Pourtant, l’idée d’un accord, encore lointaine, semble moins abstraite qu’il y a quelques mois.
Les prochains rendez‑vous diront si Genève peut devenir le lieu où la guerre commencera enfin à se refermer.
Source: Agence France‑Presse
















