Une frappe israélienne à Beyrouth a touché dimanche un quartier populaire au sud de la capitale libanaise, à quelques mètres du plus grand hôpital public du pays. Le ministère libanais de la Santé dénombre au moins quatre morts et 39 blessés. La banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah, a subi dans la même journée un pilonnage intense, tandis que le principal poste-frontière avec la Syrie fermait sous la menace israélienne.
– Une frappe israélienne à Beyrouth vise un quartier populaire
En milieu de journée ce dimanche, un missile israélien a frappé un quartier densément peuplé du sud de Beyrouth. La frappe s’est produite à proximité immédiate de l’hôpital Rafic-Hariri, le plus grand établissement médical public du Liban, selon une source médicale. Le ministère de la Santé a établi un bilan provisoire d’au moins quatre morts et 39 blessés.
Parmi les victimes, trois ressortissants soudanais et une adolescente de 15 ans ont perdu la vie. Le docteur Zakaria Tawbé, directeur adjoint de l’hôpital, l’a précisé à l’AFP. Trente et un des blessés reçoivent des soins dans cet établissement.
Devant l’entrée de l’hôpital, une équipe de l’AFP a observé une vingtaine de personnes, plusieurs en pleurs. Des ambulances, sirènes hurlantes, transportaient les blessés vers les urgences.
Le choc de la frappe israélienne à Beyrouth se lisait sur les visages de ceux qui attendaient des nouvelles de leurs proches. Une seconde frappe, précédée d’un avertissement israélien, a visé un quartier voisin dans la même période, selon un photographe de l’AFP.
– La frappe israélienne à Beyrouth s’inscrit dans un pilonnage intensif
Dans la même journée, l’aviation israélienne a mené huit frappes sur la banlieue sud de Beyrouth, fief du Hezbollah. Les appareils ont survolé la capitale à basse altitude. De lourdes colonnes de fumée se sont élevées au-dessus de ce secteur, que ses habitants ont largement abandonné depuis le début du conflit.
L’armée israélienne a indiqué avoir ciblé des « infrastructures du Hezbollah » à Beyrouth. Elle n’a pas précisé la nature des objectifs visés. La banlieue sud concentre depuis le début de la guerre la majorité des frappes aériennes israéliennes sur la capitale.
Depuis le 2 mars, les frappes israéliennes ont tué 1 461 personnes au Liban, blessé 4 430 autres et contraint plus d’un million de personnes à fuir leurs foyers.
– Le Liban dans la guerre depuis le 2 mars
Le Liban a basculé dans le conflit régional le 2 mars, lorsque le Hezbollah a tiré des roquettes sur Israël. Le mouvement chiite pro-iranien cherchait à venger l’attaque américano-israélienne qui avait tué le guide suprême iranien Ali Khamenei. Israël a déclenché en réponse une campagne militaire d’envergure sur le territoire libanais.
Depuis ce basculement, l’armée israélienne poursuit ses opérations sans relâche. Elle progresse dans la zone frontalière du sud, causant de larges destructions sur son passage. Plus d’un million de Libanais ont fui leurs foyers en à peine plus d’un mois.
Le président libanais Joseph Aoun suit cette dégradation avec une inquiétude croissante. Il multiplie les appels à une solution diplomatique pour éviter que le sud du pays ne devienne « un nouveau Gaza ».
– Réactions : entre détresse civile et contestation militaire
Devant l’hôpital Rafic-Hariri, les habitants du quartier frappé racontent. Nancy Hassan, 53 ans, résidente de la zone visée, ne cache pas sa détresse. « Nous avons perdu nos maisons, où pouvons-nous aller ? », lance-t-elle à l’AFP. Sa fille de 23 ans avait péri lors de la précédente guerre entre Israël et le Hezbollah. « Aujourd’hui, ses voisines et amies ont été tuées », ajoute-t-elle.
Le docteur Zakaria Tawbé décrit l’atmosphère à l’intérieur de l’hôpital après l’impact. « La frappe a été très violente » et des « malades ont fait des crises de panique », rapporte-t-il à l’AFP. L’établissement n’a subi que des dégâts mineurs, précise-t-il.
Abou Qassem, habitant du quartier, rejette la justification militaire israélienne. « Ils ont frappé une zone totalement civile, il y a surtout des migrants, des Soudanais », déclare-t-il. « Les gens étaient chez eux, et ils les ont frappés. C’est ça leurs objectifs militaires ? », s’insurge-t-il.
L’expert militaire Hassan Jouni conteste, lui, la justification israélienne sur le poste-frontière avec la Syrie. « Cette menace ne repose sur aucun fondement réel », a-t-il déclaré à l’AFP. Il estime qu’elle s’inscrit dans la stratégie d’Israël visant à accroître la pression sur le gouvernement libanais pour qu’il désarme le Hezbollah.
– Sept morts à Kfar Hatta, frontière libano-syrienne fermée
Les frappes du dimanche ne se limitent pas à Beyrouth. Dans le village de Kfar Hatta, à une quarantaine de kilomètres au nord de la frontière israélienne, six membres d’une même famille ont péri. L’armée israélienne avait ordonné l’évacuation du village samedi soir.
Cette famille, déjà déplacée depuis un village plus au sud, attendait un proche venu les évacuer. Elle ne disposait d’aucun moyen de transport. La frappe a également tué cet homme, selon la Défense civile. Le bilan total atteint sept morts, dont une fillette de quatre ans.
L’armée israélienne continue en parallèle sa progression dans la zone frontalière du sud du Liban. Cette avancée provoque de larges destructions sur son passage. Des familles entières n’ont pas pu évacuer à temps, malgré les avertissements israéliens.
Le principal poste-frontière entre le Liban et la Syrie a fermé ce dimanche après des menaces israéliennes formulées la veille. Israël affirme que le Hezbollah utilise ce passage « pour faire passer clandestinement du matériel de combat ». Ce poste avait lui-même subi un bombardement israélien en 2024, lors de la précédente guerre contre le mouvement chiite.
L’expert Hassan Jouni récuse cette affirmation. Il rappelle que le nouveau pouvoir syrien, hostile au Hezbollah, lui a déjà coupé ses routes d’approvisionnement sur son territoire. La fermeture du passage prive de nombreux civils libanais d’un axe de transit vital.
Face à l’escalade, le président Joseph Aoun a renouvelé son appel à des négociations directes avec Israël. Il veut empêcher le sud du pays de devenir « un nouveau Gaza ». « Pourquoi ne pas négocier pour arrêter ces tragédies », a-t-il déclaré dans un discours, en appelant à « sauver ce qui reste de maisons qui n’ont pas encore été détruites ».
Source : Agence France-Presse
















