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Caster Semenya, au nom des athlètes hyperandrogènes

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Trans Afrique

La Sud-Africaine Caster Semenya, symbole de la lutte des athlètes hyperandrogènes, mène depuis plus de quinze ans une double bataille, sur les pistes d’athlétisme puis dans les prétoires, pour faire valoir ses droits.

Epaules carrées, stature masculine: les interrogations autour de l’apparence physique de Caster Semenya ont fait irruption en 2009 à Berlin, où la jeune athlète (18 ans à l’époque) devient championne du monde du 800 m. Presque seize ans plus tard, la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a rendu jeudi une décision mitigée, pointant son droit à un procès équitable devant la justice suisse, qui s’était saisie du sujet, mais évitant soigneusement de trancher le sujet épineux de l’hyperandrogénie, c’est-à-dire la présence excessive d’androgènes (hormones sexuelles masculines) dans le sang chez une femme.

En 2009, le cas Semenya place l’hyperandrogénie au centre des attentions du monde de l’athlétisme. Les caractéristiques physiques de certaines athlètes avaient suscité nombre d’interrogations, sur fond de rumeurs de dopage génétique ou de prise de testostérone.

Semenya va être interdite de compétition pendant onze mois, subissant une batterie de tests destinés à déterminer son genre sexuel. Un traumatisme pour une jeune femme. Des rumeurs feront même d’elle un être hermaphrodite, avant que la Fédération internationale d’athlétisme (IAAF, qui deviendra bientôt World Athletics), sans dévoiler les résultats, ne l’autorise à nouveau à courir avec les femmes.

-« Différente »-

L’athlète sud-africaine est intersexuée, comme a priori 0,1 à 0,4% de la population mondiale, et cela pose une question: alors que le sport est sexué, basé sur des compétitions hommes et des compétitions femmes – très peu de disciplines sont mixtes -, où placer le curseur ?

Son cas va aboutir à l’adoption d’une réglementation qui fait de World Athletics, en 2011, la première fédération internationale à autoriser les femmes atteintes d’hyperandrogénie à participer aux compétitions. A condition d’afficher des niveaux d’androgène inférieurs aux valeurs enregistrées chez les hommes, ou de prouver qu’elles n’en retirent aucun bénéfice.

En clair, pour continuer à courir, Semenya doit suivre un traitement médicamenteux pur faire baisser son taux d’androgènes alors qu’elle est une femme en pleine santé.

Ce règlement est suspendu en 2015 par le Tribunal arbitral du sport (TAS), qui donne alors deux ans à World Athletics pour revoir sa copie. En 2018, l’instance internationale oblige cette fois les athlètes à faire baisser leur taux de testostérone sous les 5 nanomoles/l de sang pendant six mois pour participer aux épreuves internationales sur les distances allant du 400 m au mile (1.610 m). Elle s’appuie pour cela sur une étude scientifique.

En Afrique du Sud, la décision est interprétée comme un moyen de « ralentir » Semenya. Cette dernière demandera justice devant le TAS, sans succès.

Entre-temps, Caster Semenya est imbattable sur 800 m, empochant trois titres de championne du monde (2009, 2011, 2017) et deux médailles d’or olympiques, en 2012 à Londres puis en 2016 à Rio – la première après la disqualification pour dopage de la Russe Mariya Savinova.

– Discrimination et sport –

Intersexuée, Noire née dans une Afrique du Sud délivrée de l’apartheid depuis peu, lesbienne assumée, la jeune femme, aujourd’hui âgée de 34 ans, a appris à se forger une carapace pour continuer à avancer. « Je suis une femme qui est différente, explique-t-elle à la presse de son pays en 2023, je n’ai pas d’utérus. Je n’ai pas de trompes de fallope. Je n’ai jamais aimé (prendre un traitement), cela m’occasionnait des irritations. Ce n’était pas moi. »

Elle devient surtout le symbole d’une cause, luttant sans relâche pour le libre accès des athlètes intersexués aux compétitions. Après le TAS, elle affronte un Tribunal fédéral suisse, qui confirme la décision du tribunal sportif.

Les recours de l’athlète sud-africaine contre ces deux décisions ont été rejetées mais elle a obtenu gain de cause devant la CEDH le 11 juillet 2023. La cour, qui veille au respect de la Convention européenne des droits de l’homme, a estimé qu’elle avait été victime de discrimination et d’une violation de sa vie privée.

Jeudi, la Grande chambre, sorte d’organe d’appel de la CEDH, saisie par les autorités suisses, appuyées par World Athletics, a finalement décidé de ne pas trancher sur le fond l’épineux sujet, condamnant au passage la Suisse pour violation du droit à un procès équitable. La Cour a en revanche déclaré irrecevables les griefs de Caster Semenya qui s’estimait victime de discrimination. Toujours combative, l’athlète s’est réjouie d’un « résultat positif », prête à poursuivre le combat.

Source : Agence France-Presse

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