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Vice-président au Cameroun avec la réforme constitutionnelle : le Parlement adopte la révision par 205 voix pour et 16 contre

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Vice-président au Cameroun avec la réforme constitutionnelle : le Parlement camerounais a adopté samedi la révision de la Constitution par 205 voix pour et 16 contre. Dominée par la majorité présidentielle, la chambre a validé le retour d’un poste absent depuis 1972. L’opposition dénonce aussitôt un coup d’État constitutionnel et une dérive monarchique.

Le Parlement valide la création du poste par 205 voix contre 16

Le résultat est sans ambiguïté. Samedi 4 avril, le Parlement camerounais a approuvé la réforme de la Constitution qui réintroduit le poste de vice-président. Le scrutin s’est conclu sur 205 voix pour et 16 contre. Un journaliste de l’AFP était présent dans la salle lors du vote.

La chambre est dominée par la majorité présidentielle, ce qui rendait l’adoption du texte prévisible. L’enjeu portait moins sur l’issue du vote que sur la formulation retenue. Ce choix rédactionnel a immédiatement cristallisé les critiques.

Désormais, un vice-président peut être nommé par le président de la République. En cas de vacance du pouvoir, ce vice-président aurait la charge de diriger le pays.

Vice-président au Cameroun avec la réforme constitutionnelle : un pouvoir de nomination sans contrainte

La formulation adoptée laisse une latitude totale au chef de l’État. « Un vice-président peut être nommé par le Président de la République », précise le texte. Le même article indique que le président peut également « mettre fin à ses fonctions ». La nomination reste donc une faculté, non une obligation.

Les attributions du vice-président demeurent définies de façon très vague. Le texte se borne à préciser que ses compétences « sont celles que lui confère le Président de la République ». Aucune liste de fonctions n’est établie, aucune limite n’est posée. Cette rédaction place le titulaire du poste dans une dépendance totale vis-à-vis du président Biya.

Le contexte politique donne à cette réforme une portée immédiate. Paul Biya est au pouvoir depuis 1982. Âgé de 93 ans, il est le doyen des chefs d’État en exercice dans le monde. Sa réélection en octobre pour un huitième mandat, avec 53,66 % des voix, avait provoqué des manifestations dans plusieurs grandes villes du pays. Ces rassemblements ont été réprimés dans le sang. Le gouvernement a reconnu « plusieurs dizaines » de morts, sans fournir de bilan précis.

Les spéculations vont bon train sur l’identité du futur nommé. Des observateurs voient déjà le probable vice-président comme le « dauphin » de Paul Biya. La date d’une éventuelle nomination reste inconnue.

Un poste supprimé en 1972 et aujourd’hui réintroduit

Ce retour n’est pas une création ex nihilo. Célestin Tagou, professeur à l’Université protestante d’Afrique centrale, l’a rappelé à l’AFP samedi : il s’agit d’une « réintroduction » d’un poste qui existait entre 1960 et 1972, à l’époque où le Cameroun fonctionnait comme un État fédéral. La Constitution de 1972 l’avait supprimé lors du passage à un régime unitaire.

Plus d’un demi-siècle s’est donc écoulé depuis la disparition de cette fonction. Sa réactivation intervient dans un contexte institutionnel et politique profondément différent de celui de ses origines fédérales.

La réforme constitutionnelle s’inscrit par ailleurs dans un mouvement plus large de recomposition des institutions camerounaises. Dès la mi-mars, les présidents des deux chambres du Parlement avaient été remplacés.

Le Sénat a élu Aboubakary Abdoulaye, 64 ans, à l’unanimité pour succéder à Marcel Niat Njifenji, 92 ans. À l’Assemblée nationale, Théodore Datouo, député de 66 ans originaire de la région de l’Ouest, a succédé à Cavaye Yéguié Djibril, 86 ans, président de la chambre depuis 34 ans.

« Dérive monarchique » et « coup d’État constitutionnel » : l’opposition se mobilise

Les réactions de l’opposition ont précédé le vote. Dès vendredi, Issa Tchiroma Bakary, principal opposant en exil en Gambie, a publié une déclaration sur Facebook. Candidat à la présidentielle d’octobre, il avait revendiqué la victoire et continue de se présenter comme le « président légitime » du Cameroun.

Dans ce texte, il a qualifié la réforme de « violation des principes démocratiques ». Il a également dénoncé une « dérive monarchique du pouvoir illégitime ». Ces formulations traduisent un rejet total du processus.

Maurice Kamto, autre figure de l’opposition, a diffusé vendredi une vidéo sur le même réseau social. Il y dénonce un « coup d’État institutionnel et constitutionnel ». La tonalité est identique : une condamnation sans nuance du texte adopté.

L’universitaire Célestin Tagou adopte une lecture plus analytique. Il observe que le principe de nomination du vice-président par le président « divise » l’opinion publique. Ce constat éclaire les fractures que la réforme révèle au sein de la société camerounaise.

Les parlementaires du Social Democratic Front (SDF), parti d’opposition, ont transmis leur position dans un communiqué publié vendredi. Ils demandent que le vice-président soit élu en même temps que le président, « conjointement sur un même ticket ». Pour le SDF, seule une élection commune garantirait une légitimité démocratique suffisante à ce poste.

Vice-président au Cameroun avec la réforme constitutionnelle et crise anglophone : une succession sous haute tension

Le SDF formule une exigence supplémentaire. Parti favorable à un retour au fédéralisme, il souhaite que ce ticket binôme inclue un représentant du Cameroun anglophone — la partie occidentale du pays — et un représentant de la partie francophone orientale. Cette bipolarité serait inscrite dans la loi.

Selon Célestin Tagou, le SDF voit dans cette configuration une voie de résolution possible du conflit armé qui frappe les régions anglophones depuis près de dix ans. Ce conflit remonte à 2016, lorsque Paul Biya a ordonné la répression de manifestations pacifiques de Camerounais anglophones qui s’estimaient marginalisés par le pouvoir francophone. Le mouvement séparatiste né de cette crise n’a pas été éteint depuis.

La réforme offre désormais à Paul Biya un levier juridique inédit depuis plus de cinquante ans. Elle lui permet de désigner un successeur putatif sans l’y contraindre. La question centrale est celle du calendrier : à quel moment le président utilisera-t-il cette prérogative, et en faveur de qui ?

Les prochaines semaines seront déterminantes. L’annonce — ou l’absence — d’une nomination permettra de lire les intentions réelles du pouvoir. Dans un pays fracturé par la crise anglophone, ce choix enverra aussi un signal fort sur les équilibres communautaires au sommet de l’État camerounais.

Source : Agence France-Presse

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