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Faiseur de paix contesté : le Conseil de Trump face aux doutes

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Faiseur de paix contesté, Donald Trump cherche désormais à bâtir sa propre institution internationale après avoir bousculé l’ordre mondial et quitté plusieurs instances de l’ONU. Son « Conseil de paix » autoproclamé intrigue autant qu’il inquiète, et de nombreux experts doutent déjà de sa crédibilité.

Contrairement aux Nations unies, où chaque membre peut s’exprimer et où les cinq grandes puissances disposent d’un droit de veto, le « Conseil de paix » naissant est, lui, placé sous la direction des États‑Unis — et plus encore sous l’autorité personnelle de Donald Trump. Une architecture qui concentre le pouvoir au sommet.

Il conservera le dernier mot et pourra rester à la tête de l’organisation une fois son mandat présidentiel terminé. Un pouvoir prolongé qui interroge la nature réelle de ce dispositif.

Trump a imaginé ce comité pour Gaza, où Israël et le Hamas ont conclu en octobre un cessez‑le‑feu soutenu par les États‑Unis. Une initiative pensée pour s’inscrire dans ce fragile moment d’accalmie.

Mais il a créé la surprise en envoyant des invitations à de nombreux pays, dont le président russe Vladimir Poutine, malgré la guerre en Ukraine. Un geste qui bouscule les lignes diplomatiques.

En lançant ce conseil en marge du Forum économique mondial de Davos, en Suisse, M. Trump a précisé qu’il pourrait « s’étendre à d’autres domaines à mesure que nous réussirons à Gaza ». Une manière d’annoncer déjà la prochaine étape.

Le secrétaire d’État américain Marco Rubio est allé plus loin. Il a assuré que « les possibilités étaient infinies ». Une formule qui vise à projeter ambition et puissance, sans en préciser les contours.

– Une crédibilité contestée –

Donald Trump se vante d’avoir mis fin à huit guerres depuis son retour au pouvoir l’an dernier. Et il se plaint, avec amertume, de ne pas avoir reçu le prix Nobel de la paix. Une revendication qui en dit long sur sa quête de reconnaissance.

Il assure que le nouvel organe agira « en coordination » avec les Nations unies. Mais, dans le même souffle, il attaque une nouvelle fois l’ONU, que les États‑Unis accusent d’inaction. Une contradiction qui résume toute sa stratégie.

« Sur les huit guerres que j’ai menées à terme, je n’ai jamais parlé aux Nations unies. On aurait pu croire que j’aurais dû le faire », a‑t‑il lancé. Une phrase sèche qui résume son mépris pour l’institution et sa volonté d’agir seul.

La question financière soulève, elle aussi, des doutes. Le milliardaire est déjà visé par des allégations d’enrichissement personnel depuis son retour à la Maison‑Blanche. Et cette nouvelle exigence ne fait qu’alimenter les soupçons.

Le ticket d’entrée au « Conseil de paix » s’élève à un milliard de dollars pour un siège permanent. Une somme vertigineuse, qui dit tout de l’ambition — et des limites — du projet.

Un responsable américain a tenu à rassurer. Les membres n’auraient pas à payer cette somme colossale pour un mandat de deux ans. Il a aussi promis « les contrôles financiers et les mécanismes de surveillance les plus stricts ». Pourtant, la destination réelle de cet argent demeure floue. Et ce flou alimente les doutes.

– Un projet isolé dès son lancement –

Les grandes nations européennes boudent le forum. Il fait la part belle aux partenaires historiques des États‑Unis au Moyen‑Orient, aux alliés idéologiques de Donald Trump et à une série de petits pays avides d’attirer l’attention du président américain. Un casting qui en dit long sur ses priorités.

La France a dit non. Et le Royaume‑Uni, pourtant allié clé des États‑Unis et membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, a lui aussi refusé de signer. Un double refus qui fragilise encore davantage l’initiative.

Selon Aaron David Miller, ancien négociateur américain pour le Moyen-Orient et membre du Carnegie Endowment for International Peace, ce forum manque d’envergure. Il n’a pas, dit‑il, les principes directeurs nécessaires pour attirer des pays « sérieux ». Et cette faiblesse structurelle en limite d’emblée la crédibilité.

Selon lui, Donald Trump s’est senti renforcé après avoir ordonné, le 3 janvier, la capture du président vénézuélien Nicolás Maduro. Et il est désormais convaincu que les institutions mondiales existantes « ne comprennent pas que le moteur central du système international actuel est la puissance américaine ». Une certitude qui guide sa lecture du monde.

Pour M. Miller, le « Conseil de paix » relève de la fiction. Il le décrit comme « rattaché à une galaxie très, très lointaine », loin des réalités de la résolution des conflits « ici, sur la planète Terre ». Une manière de souligner le décalage entre l’annonce et les enjeux concrets.

– Un feu vert conditionnel –

Un groupe de pays à majorité musulmane — Arabie saoudite, Turquie, Égypte, Jordanie, Indonésie, Pakistan, Qatar et Émirats arabes unis — a salué la création du conseil. Mais dans une déclaration commune, ils précisent qu’il ne doit être qu’une « administration transitoire » pour Gaza. Et rappellent ainsi leurs lignes rouges.

Pour Richard Gowan, de l’International Crisis Group, le « Conseil de paix » est un signal clair. Il montre déjà comment Donald Trump compte conduire sa diplomatie durant les trois années qu’il lui reste au pouvoir. Et il annonce une méthode plus personnelle, plus verticale, assumée.

L’expert va droit au but. Pour lui, Donald Trump ne veut plus réformer l’ordre multilatéral. Il veut le remplacer. Et imposer un système qui répond à sa propre vision du pouvoir.

Mettre fin aux institutions actuelles. D’abord l’ONU. Puis tout ce qui limite encore sa marge de manœuvre. L’objectif est clair : bâtir un système taillé à sa mesure et placé sous son contrôle total. Et avancer, pas à pas, vers un ordre mondial qu’il domine sans partage.

Une bascule nette. Elle dit l’essentiel. Il veut réécrire les règles du jeu mondial. Et surtout, ramener le pouvoir dans son seul camp. Cette volonté s’affiche sans détour et, désormais, elle structure toute sa stratégie.

Mais il prévient. La priorité du conseil reste Gaza, où Donald Trump pousse un projet de reconstruction spectaculaire. Et si Gaza s’effondre, ajoute-t‑il, alors le conseil perdra toute crédibilité ailleurs.

Source: Agence France-Presse

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