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Dr Daniel Wang : « Il vaut mieux faire beaucoup d’examens »

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Trans Afrique

Dr Daniel Wang est médecin biologiste et chef service laboratoire à l’Hôpital de District de Deido. Avec lui on parle de la problématique des examens médicaux et surtout pourquoi il faut toujours en faire.

La première chose qu’un patient reçoit, après la prise des paramètres et la consultation, c’est des examens. À quoi servent-ils au juste ?

Le diagnostic en médecine est clinique et paraclinique. La clinique, c’est ce que le médecin observe. Après un entretien avec le patient, il y a ce que le patient dit et ce que le médecin observe ou met en évidence. À côté de ça, il y a maintenant les outils d’aide au diagnostic, parce que les médecins ne sont pas des dieux, ils ne peuvent pas voir l’intérieur, ils ne peuvent pas voir les microparticules, par exemple.

À ce moment, intervient la paraclinique, et là-dedans, il y a l’imagerie médicale, qui est un grand groupe, et il y a la biologie médicale ou la biologie clinique. Et dans la biologie, c’est l’aide au diagnostic qui permet de rechercher dans les produits sanguins.

Ou les différentes sécrétions du corps humain les traces de l’évidence d’une maladie. Donc, ce que vous voyez n’est pas toujours ce qu’il y a. Par exemple, quelqu’un peut venir pour une fièvre, et vous savez, la fièvre ouvre la porte à des centaines de pathologies.

Il n’y a que la paraclinique. C’est-à-dire la biologie clinique, qui vous dira, par exemple, ici, nous sommes devant une fièvre typhoïde. Ou alors nous sommes devant un paludisme, ou nous sommes devant un autre syndrome infectieux, d’une autre origine. Donc, c’est pourquoi les examens sont importants.

Avant, on faisait juste l’examen clinique du patient, et puis on posait le diagnostic, à ce moment-là, il y avait beaucoup de risques de sous-traiter les patients. Aujourd’hui on ne peut pas faire sans la paraclinique.

Et quand les patients arrivent, ils disent que les médecins prescrivent trop d’examens. Parfois avec des résultats qui sont tout le temps négatifs. Mais vous insistez à ce qu’on fasse les fasse tout de même?

Oui, comme je l’ai dit, ou je l’ai écrit, et affiché dans mon bureau, c’est qu’« il vaut mieux faire beaucoup d’examens pour prendre peu de médicaments que de prendre beaucoup de médicaments et faire peu d’examens ».

 

Pourquoi ?

Parce que quand vous faites beaucoup d’examens, on vous traitera de manière assez précise. Le prélèvement sanguin qu’on vous fait ne vous cause pas vraiment de dommages. On vous prélève à peine 5 cm3 de votre sang. Même si on va à 15 centimètres, ça ne représente rien, effectivement, dans ce que vous perdez. Et là, on ne vous nuit presque pas.

On va dire qu’on vous nuit parce qu’on vous a quand même piqué un peu. Et là, à partir de votre sang, on va faire toutes les études qu’il faut, autant d’examens qu’il faut, pour pouvoir donner la possibilité à votre médecin de vous prescrire seulement ce qu’il vous faut et pas plus que ça.

Mais si vous procédez de l’autre manière, c’est-à-dire que vous ne voulez pas perdre votre temps ou votre argent dans les examens et que vous vous jetez directement dans l’automédication, vous risquez de prendre beaucoup de produits qui ne sont pas nécessaires pour vous. Déjà, il faut savoir que chaque médicament a ses effets secondaires. Chaque médicament a son taux d’innocuité.

Tout ce que vous prenez, si ça s’accumule, ça va vous nuire, ça va léser les organes, vous ne savez pas quand vous les prenez. Autre chose encore, c’est que prendre trop de médicament amène, surtout sur le domaine infectieux, à développer des résistances. Les germes développent des résistances.

Et avec le temps qui passe, vous commencez à voir que les médicaments qui soignent certaines maladies ne sont plus efficaces. Ça concerne les antibiotiques, mais ça concerne aussi les antiparasitaires. On a les cas fréquents du paludisme qui se traitaient à l’époque avec la chloroquine, avec la nivaquine, mais ça ne marche plus.

Vous avez vu qu’on a été obligé de changer de molécule. Et c’est comme ça que ça se passe. La pression des médicaments développe aussi des résistances chez les germes.

Donc, vraiment, les outils d’aide au diagnostic, il est préférable que quand vous arrivez à l’hôpital, que vous puissiez faire tous les examens qu’on vous demande, même si à la fin vous dites qu’on a tout fait, on n’a rien trouvé, il est préférable qu’on fasse tous les examens qu’il faut, qu’on ne trouve rien. Que de commencer à prendre des médicaments sans savoir ce que vous avez.

Docteur, lorsque un patient arrive à l’hôpital, qu’il a la fièvre ou qu’il a les céphalées. Les premiers examens que l’on rencontre dans les ordonnances, les NFS, les examens de sel, les examens d’urine. C’est là-bas où il y a les maladies ou bien ?

Vous savez, la médecine, c’est d’abord la santé publique, je voudrais vous le dire. Pourquoi ? Parce qu’il faut savoir que l’épidémiologie fait partie de la médecine. Donc, en fonction de la région du globe où vous êtes, on connaît les pathologies les plus récurrentes, les pathologies les plus présentes.

Et on peut vous prescrire des examens en fonction de la zone où vous êtes. Donc, quand vous êtes dans une zone tropicale comme la nôtre, quand vous êtes au Cameroun, on connaît les maladies, c’est-à-dire sur le plan épidémiologique, les maladies qui causent le plus de dommages aux populations.

C’est pour ça que quand vous venez, on vous fera toujours la NFS, qui est un examen qu’on devrait faire à tout le monde. C’est un petit scanner de votre sang. Parce que la NFS montre les différentes lignées sanguines que vous avez et peut me révéler des maladies pour lesquelles vous n’êtes pas venu consulter.

Donc, c’est un examen qu’on pourrait faire de manière très systématique. La goutte épaisse, nous sommes en contexte épidémiologique du palu. Les selles, la coproculture ou l’hémoculture, pour le diagnostic de la fièvre typhoïde.

Donc, c’est en fonction vraiment de l’épidémiologie que nous avons. À côté de ça, il faut savoir qu’en principe, quand vous avez un certain âge, il y a des examens qu’on peut vous demander et qui n’ont pas un lien direct avec votre pathologie.

Mais parce qu’on sait qu’à un certain âge, vous êtes susceptible de pouvoir développer certaines choses. Donc, quand vous allez à l’hôpital et qu’on vous demande la glycémie, vous ne devez pas être troublé.

Si vous êtes un homme à plus de 40 ans et qu’on vous demande les PSA pour la prostate, vous ne devez pas être dérangé parce que c’est comme ça qu’on fait. On peut diagnostiquer précocement des cancers et traiter efficacement.

Il y a une pratique qui a cours. Je finis chez le docteur X. Je vais chez le docteur Y avec les mêmes symptômes. On demande de refaire les mêmes examens. Est-ce que c’est une bonne pratique là-bas?

Alors, là, ça dépend. Alors, ce qui est normal, ce qui pourrait expliquer ça, c’est parce qu’il y a aussi beaucoup de centres qui naissent un peu partout. Et certains médecins se méfient de certains résultats. A tort ou à raison, mais c’est un fait. C’est un fait que parfois vous êtes allé faire des examens à un endroit où il n’y a, par exemple, pas un médecin biologiste.

Vous savez, pour tout spécialiste, quand il consulte, il doit se rassurer d’office que ses examens ont été signés par un médecin biologiste. Médecin biologiste veut dire qu’il a suivi la chaîne avant la sortie du résultat parce que le résultat qu’il sort l’engage.

Donc, quand vous apportez un résultat d’un patient, d’abord la manière dont le résultat se présente, qui a signé le résultat. Tout ça peut faire douter votre soignant. Et là, il peut vous demander de faire ailleurs pour avoir plus de confirmation.

Ça, c’est ce qui se passe de manière normale. Donc, normal ou pas, souvent, c’est parce qu’on est obligé de le faire. Mais idéalement, ça ne devrait pas être ainsi. Idéalement, si vous faites des examens à l’hôpital de district de Deido et que vous partez à l’hôpital général, parce qu’on vous a référé là-bas, on devrait continuer avec, à partir de la base d’examens que vous avez eu à faire, demander d’autres, pas redemander les mêmes.

Est-ce qu’on peut partir de chez soi et venir faire des examens sans être malade ?

C’est souvent arrivé. On peut prescrire des examens. Mais maintenant, quand les examens vont revenir avec des résultats positifs. Qui va le soigner? Qui va le traiter? A ce moment, on n’est pas obligé de le suivre traiter. Et là, vous allez repartir vers un clinicien.

Donc vous voyez que vous avez perdu du temps. Et vous pouvez même énerver le clinicien, parce que quand vous avez déjà vu les résultats, il se demande s’il a servi à grand-chose dans votre traitement.

Donc, il est préférable que vous alliez voir un clinicien qui vous prescrive les examens avant de venir au laboratoire.

Des examens faits

Est-ce qu’il faut toujours attendre qu’on se sente malade pour se faire consulter?

Non ! Toute personne à un certain âge, à partir de 40 ans chez les hommes. Devrait vraiment chaque année faire un check-up de son état de santé, faire un bilan de santé. Et même quand vous faites un bilan de santé, il est préférable de commencer par un médecin généraliste.

Le bilan de santé peut s’élargir, il peut être réduit, il n’est pas le même pour tout le monde. Quand on dit bilan de santé, vraiment, il y a le classique qu’on peut demander à certaines personnes, mais il y a d’autres examens qu’on fera en fonction des symptômes que le patient peut indigner.

Un patient va vous dire que je suis souvent constipé, mais je suis comme ça. Êtes-vous constipé depuis toujours? Depuis que j’ai atteint cet âge-là, j’ai commencé à avoir des constipations. Le médecin généraliste est alerté. Pour vous, c’était banal, mais pour lui, il est alerté.

Il va vous faire tout un autre bilan qu’il ne demanderait pas systématiquement à tout le monde. Donc, c’est toujours bien, même dans le cadre d’un check-up, de commencer par un médecin généraliste de préférence avant de venir au laboratoire.

Puisque nous sommes dans le cadre des examens et dans le cadre de nos suivis pour la santé. Si vous avez un conseil à donner aux populations, qu’est-ce que vous leur diriez?

Si je dois donner un conseil, Je dirais, il faut faire le diagnostic convenablement des maladies. Il faut éviter l’automédication. Quand vous arrivez dans les pays développés, quand vous entrez à l’hôpital, on va vous faire un bilan très étendu. Parce que, vous savez, dans les bilans, il y a ce qu’on appelle les bilans de terrain, c’est-à-dire juste pour étudier le terrain de celui qui porte la maladie. Il y a les examens qu’on fait pour la maladie que vous avez.

Maintenant, il y a les examens qu’on fait pour le terrain, c’est-à-dire vous-même. Est-ce que votre organisme est d’abord en santé pour supporter cette maladie? Vous voyez que c’est ça qui aide à réduire le taux de mortalité dans les pays qui sont développés. Mais si nous n’avons pas la bonne pratique de faire les examens, on veut s’auto-médicaliser, et ça crée des conséquences.

Je dirais aux patients, faites-vous convenablement diagnostiquer. Faites-vous traiter régulièrement, et je suis sûr que nous allons prolonger l’espérance de vie de nos populations en faisant ça.

Vous dites que l’automédication est à proscrire c’est pour nous interdire de prendre nos tisanes et nos petites écorces docteur?

Alors ça, c’est une question qui revient souvent. Non, nous ne pouvons pas interdire ça. Vous avez remarqué que pendant la pandémie de Covid, il y a beaucoup de ces médicaments traditionnels qui sont remontés en surface et que les gens ont commencé à utiliser.

En fait, ce que je dirais à ce sujet, c’est que la médecine traditionnelle, c’est la base. C’est à partir de là qu’on peut développer beaucoup de médicaments, et on peut faire beaucoup d’essais cliniques. Le seul problème avec ça, ce sont des mains inexpérimentées qui le font.

C’est le problème de dosage, Il y a des gens qui ont le dosage qu’il faut, qui correspond à la population de manière instinctive, mais ça, ils sont rares. Ce sont vraiment des gens initiés, certains par contre, qui n’ont pas cet instinct créent beaucoup de dommages.

Si vous allez dans tous les services de dialyse, dans les hôpitaux. On vous dira que dans les causes d’insuffisance rénale des patients sous dialyse. C’est l’automédication, par la pharmacopée traditionnelle qui a déjà créé des destructions du foie. Et ça, c’est des cas qu’on a vécus.

Même s’il y avait un seul cas, ça suffirait pour alerter tout le monde. Donc nous n’avons pas un problème avec ça, mais nous avons un problème de contrôle de dose et de dosage. C’est ce qui ne se fait pas.

Si je devais conseiller ces gens qui font la médecine traditionnelle, ce serait de se former un peu sur les doses. Quand vous avez une médecine qui se transmet par initiation. Il y a beaucoup de risques que l’initié choisi ne maîtrise pas toujours ce qu’on est en train de faire. Si les gens utilisent la médecine traditionnelle, ce serait mieux d’utiliser la médecine traditionnelle où on contrôle les doses.

Il y a des spécialistes là-bas qui, à vue d’oeil, peuvent détecter des maladies. Dès que vous venez avec les yeux jaunes, on dit que vous avez la jaunisse. Dès que les yeux sont blancs, on voit directement l’anémie. Est-ce qu’il ne faut pas louer ces prouesses-là, docteur?

Vous savez, l’une des prouesses que je veux louer en médecine, c’est ce qu’on appelle l’évidence médecine. La médecine est basée sur des preuves. C’est ça qui rend la médecine universelle. Parce qu’elle est basée sur des preuves.

Quand on n’a pas de preuves, on n’avance pas. C’est ça notre problème. Alors, vous avez peut-être vu de bonnes expériences, mais nous aussi, nous avons des expériences. Des gens qui étaient très experts apparemment, mais qui ont fait beaucoup de gaffes.

On a vu des enfants qui sont venus avec l’abdomen scarifié, et scarifié à droite. Mais pourtant, ils disent qu’ils ont tenté de soigner la rate, qui est supposée être à gauche.  Et puis, parfois, il y a des infections, des surinfections. On a des cas, même pour le cas du VIH, on a des patients qui ne viennent pas à l’hôpital.

Il y a au moins 3 cas comme ça. Des patients qui ont refusé de suivre l’hôpital parce qu’ils disaient que c’est des choses fabriquées. Qui ont suivi une médecine traditionnelle, et puis qui sont arrivés au stade terminal qu’on n’a pas pu rattraper.

Peut-être il y a de bonnes expériences, mais il y en a de mauvaises aussi. Et c’est pour ces mauvaises-là que je voudrais plutôt encourager les gens. A faire les preuves de leur traitement. Dosez vos médicaments et donnez les doses appropriées.

Connaissez les principes actifs de vos médicaments. Écrivez-les, pour que ceux qui en prennent, sachent au moins ce qu’ils prennent. Et s’ils arrivent à l’hôpital et qu’il y a une intoxication. Si vous avez pris un médicament où c’est écrit, on sait comment trouver l’antidote. Parce qu’on a vu ce que vous avez donné. C’est vraiment tout ça, notre problème.

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