Selon Joseph Marie Eloundou, expert-analyste, la modification de la constitution, ou tout au moins, l’instauration d’une vice-présidence, peut être un formidable accélérateur pour l’évolution institutionnelle du Cameroun. À condition de ne pas sacrifier l’impératif d’efficacité sur l’autel du clientélisme ou du simple dosage régional.
Disons-le. L’évocation de la révision constitutionnelle au Cameroun, marquée par l’instauration d’un poste de vice-président de la République, a été au cœur des débats télévisés ce week-end. Aucune chaîne de télévision sérieuse n’y a échappé, invitant des panélistes aussi futés les uns que les autres.
L’évolution institutionnelle
Chacun y est allé de la force de ses arguments pour convaincre son vis-à-vis. Mais au fait, cette innovation apporte-t-elle une réelle plus-value à l’évolution institutionnelle de notre pays ?
Joseph Marie Eloundou, expert-analyste, tente d’y apporter une réponse. Pour lui, à l’analyse des défis actuels du Cameroun, la réponse penche vers l’affirmative. A la double condition que ce poste réponde à un besoin d’efficacité. Et qu’il soit confié au profil adéquat. Il affirme qu’il s’agit d’un gage de stabilité et de continuité de l’État.
Mécanisme de continuité fluide
« Dans l’architecture institutionnelle actuelle, la vacance du pouvoir ou l’empêchement du chef de l’État ouvre une période d’intérim gérée par le président du Sénat, avec pour unique mission d’organiser des élections dans des délais courts. L’introduction d’un vice-président modifie profondément cette donne. Elle offre au Cameroun un mécanisme de continuité fluide. En cas d’aléa, le pays n’entre pas dans une phase de transition hâtive et potentiellement anxiogène », explique l’expert analyste.
Il poursuit : « Le vice-président assure la continuité de la vision présidentielle sans rupture de charge. Pour les investisseurs, les partenaires internationaux et les populations, c’est un message fort de stabilité et de prévisibilité ». Toutefois, souligne-t-il, un vice-président n’est pas un simple figurant protocolaire ; il doit être un « moteur auxiliaire » pour le chef de l’État.
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« En le déchargeant de certaines coordinations transversales et de dossiers complexes, il permet d’accélérer la prise de décision et l’exécution des chantiers de la SND30. L’évolution institutionnelle ici n’est pas cosmétique, elle est fonctionnelle : elle vise à rendre l’État plus agile », argumente l’expert.
L’homme de la situation
Mais quel peut donc être le profil de cet homme de la situation ? « Si l’institution du poste est une bonne chose sur le papier, sa réussite dépendra exclusivement du profil de celui qui l’occupera. Beaucoup cèdent à la tentation de n’analyser ce choix qu’à travers le prisme des équilibres régionaux ou sociologiques. Si la géopolitique interne a ses vertus pour la paix sociale, elle ne saurait tenir lieu de compétence pour un poste d’une telle gravité », peint Joseph Marie Eloundou.
En d’autres termes, « le profil idéal du prochain vice-président doit répondre à des critères stricts d’efficacité étatique. Une mémoire institutionnelle profonde. Il doit s’agir d’une personnalité ayant déjà habité les arcanes du sommet de l’État. Comprenant la grammaire du pouvoir et les mécanismes de la haute décision ».
















