Trump exige la capitulation de l’Iran : au septième jour de guerre, le président américain hausse le ton et réclame une reddition sans condition. Les bombes continuent de tomber sur Téhéran. Le pétrole s’envole de 30 %. Le Liban compte 300.000 déplacés. Et le secrétaire général de l’ONU lance un avertissement : la situation risque de devenir incontrôlable.
Trump tranche : pas d’accord, seulement la capitulation
Vendredi, Donald Trump publie sur Truth Social. Le message est lapidaire, en majuscules : il n’y aura « pas d’accord avec l’Iran, seulement une CAPITULATION SANS CONDITION ! ». Une formule de guerre totale. Un ultimatum sans porte de sortie.
La porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, tempère aussitôt : les objectifs de la guerre n’ont pas changé. Un écart de communication qui dit beaucoup sur la gestion chaotique du message américain. Trump parle. Ses équipes corrigent. Pendant ce temps, les bombes tombent.
Sur le terrain, l’offensive ne faiblit pas. L’armée israélienne annonce avoir frappé « 400 cibles » à travers l’Iran dans la seule journée de vendredi. Le Commandement militaire américain pour le Moyen-Orient (Centcom) revendique plus de « 3.000 cibles » atteintes depuis le déclenchement des opérations samedi dernier. « Nous sommes en train de broyer le régime terroriste iranien », affirme vendredi soir le chef d’état-major de l’armée israélienne.
À Téhéran, les journalistes de l’AFP sont témoins de puissantes explosions en début de soirée. De larges colonnes de fumée noire s’élèvent au-dessus des immeubles. La capitale iranienne tremble. Et se vide.
Téhéran se vide, le pétrole s’emballe
Pour ce premier vendredi — jour de prière — depuis la mort de l’ayatollah Ali Khamenei, des foules vêtues de noir se rassemblent dans les rues de Téhéran, brandissant drapeaux iraniens et portraits du défunt guide suprême. Un dernier hommage dans une ville sous les bombes.
Mais derrière les rassemblements, l’exode se poursuit. Robert, 60 ans, homme d’affaires de Téhéran, franchit la frontière entre l’Iran et l’Arménie. Il confie à l’AFP : « La ville s’est vidée. » Trois mots qui résument l’ampleur du bouleversement humain en cours. Le Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés avait déjà estimé à 100.000 le nombre de personnes ayant fui la capitale en 48 heures. La réalité dépasse sans doute ce chiffre.
Selon les autorités iraniennes, environ un millier de personnes ont été tuées depuis le début de la guerre, dont 30 % sont des enfants, a déclaré vendredi le porte-parole du gouvernement. L’AFP ne peut pas vérifier ces affirmations. Mais même contesté, ce bilan renvoie une image dévastatrice de ce conflit sur les populations civiles.
Sur les marchés, les déclarations de Trump produisent leur effet immédiat. Les cours du pétrole bondissent de près de 30 % sur la semaine, atteignant des niveaux inédits depuis 2023. Le conflit au Moyen-Orient paralyse une grande partie des flux d’hydrocarbures en provenance du Golfe.
Le détroit d’Ormuz reste sous tension extrême : depuis lundi, seulement neuf navires commerciaux ont été détectés traversant ce passage stratégique, selon les données du site MarineTraffic analysées par l’AFP. Certains camouflaient par moments leur position.
Le Golfe, l’Irak, la guerre qui déborde
L’Iran continue de riposter sur tous les fronts. Vendredi, des missiles et drones visent le Koweït, Bahreïn, l’Arabie saoudite et le Qatar. Téhéran assure ne s’en prendre qu’à des bases et intérêts américains. Le bilan dans la région, habituellement paisible, atteint treize morts dont sept civils.
L’armée iranienne affirme également avoir touché un pétrolier américain dans le Golfe, « en feu ». Une escalade maritime qui renforce les craintes sur la sécurité des routes énergétiques mondiales.
En Irak, une installation pétrolière du sud du pays subit une deuxième attaque de drones en une seule journée, selon une source sécuritaire irakienne. L’aéroport de Bagdad, qui abrite une base militaire et une installation diplomatique américaine, est également touché. Washington a demandé à ses ressortissants de quitter l’Irak dès que possible.
Le conflit s’étend encore. Il atteint le Kurdistan irakien, où sont basés des groupes kurdes iraniens en exil, visé par des missiles et drones. Il touche également l’Azerbaïdjan. Chaque jour, la carte des zones de combat s’agrandit. Chaque jour, de nouveaux territoires entrent dans l’orbite d’une guerre qui n’avait pas été pensée pour eux.
Face à cette extension incontrôlée, Donald Trump exclut tout envoi de troupes au sol en Iran — ce serait une « perte de temps », dit-il. Mais son ministre de la Défense Pete Hegseth ferme la porte à une issue rapide : « Nous ne sommes qu’au début des combats. »
Liban : 300.000 déplacés, les Casques bleus attaqués
Au Liban, la situation humanitaire atteint un nouveau seuil critique. Quelque 300.000 personnes ont fui les frappes israéliennes à travers le pays, selon le Conseil norvégien pour les réfugiés — souvent sans savoir où aller. Le bilan humain depuis lundi s’élève à 226 tués et quelque 800 blessés, après neuf nouveaux morts vendredi soir dans des frappes dans l’est du pays.
Sur la promenade de bord de mer de Beyrouth, des déplacés s’entassent. Oum Ali, un bébé dans les bras, exprime sa colère à l’AFP : « Pour ceux qui ont des enfants, comment on est censé faire, en restant assis au soleil ? Qu’on nous donne au moins une tente. » Une phrase brève. Une détresse immense.
Israël affirme avoir visé « 500 cibles » au Liban depuis lundi et tué « 70 terroristes » du Hezbollah. Le mouvement chiite, lui, continue de tirer des roquettes sur Israël — 70 dans la seule journée de vendredi selon l’armée israélienne.
Mais c’est une autre attaque qui provoque l’indignation internationale. Une position de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) est prise pour cible, blessant grièvement deux Casques bleus ghanéens, selon un média d’État et l’armée ghanéenne.
Le président français Emmanuel Macron parle d’une « attaque inacceptable ». Frapper des Casques bleus de l’ONU : une ligne franchie qui marque un nouveau palier dans l’escalade.
L’ONU alerte, Poutine appelle à un cessez-le-feu, une école dans le viseur
Sur la scène internationale, les voix d’alarme se multiplient. Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, lance un avertissement solennel : la situation provoquée par « toutes les attaques illégales » au Moyen-Orient et au-delà risque de devenir « incontrôlable ». Un mot fort, prononcé par celui dont le rôle est précisément d’éviter que le monde bascule dans le chaos.
Vladimir Poutine appelle à un cessez-le-feu « immédiat » en Iran lors d’une conversation téléphonique avec le président iranien Masoud Pezeshkian, selon le Kremlin. Une position qui contraste avec le ton offensif de Washington — et qui place Moscou dans une posture de médiateur potentiel, ou du moins de puissance distante du conflit.
Une enquête vient par ailleurs relancer le débat sur la responsabilité américaine dans une frappe meurtrière. Selon les autorités iraniennes, une école à Minab, dans le sud de l’Iran, avait été frappée dès le premier jour du conflit, tuant selon elles 150 personnes.
Une enquête du New York Times, basée notamment sur des images satellite, suggère que les États-Unis pourraient effectivement en être responsables — ils auraient voulu cibler une base navale voisine. Une erreur de ciblage aux conséquences dévastatrices. Une question qui ne trouvera pas de réponse rapide.
Au septième jour d’une guerre qui a déjà tué des centaines de personnes, déplacé des centaines de milliers d’autres et fait flamber les prix du pétrole de 30 %, Donald Trump exige la capitulation. L’Iran résiste. Et le monde retient son souffle.
Source : AFP – 7 mars 2026
















