Les Casques bleus au sud Liban encaissent trois morts en une seule journée. La Force intérimaire des Nations Unies au Liban (Finul) a perdu trois soldats indonésiens dans deux incidents distincts dans le sud du pays, dont deux tués lundi dans une explosion d’origine inconnue. Un soldat de l’armée libanaise a par ailleurs été tué dans ce que Beyrouth qualifie d' »agression israélienne directe » sur un barrage militaire. Paris a réclamé une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU.
Les Casques bleus au sud Liban face à une journée meurtrière
Le lundi 30 mars 2026, la Finul a annoncé la mort de deux soldats indonésiens dans une explosion dans le sud du Liban. L’explosion a détruit leur véhicule près de Bani Hayyan, dans la zone frontalière. Deux autres soldats ont été blessés dans l’incident.
« Deux soldats de la Finul ont été tragiquement tués dans le sud du Liban (…) par une explosion d’origine inconnue ayant détruit leur véhicule près de Bani Hayyan », a indiqué la mission dans un communiqué. La cause de l’explosion reste indéterminée. La Finul a annoncé l’ouverture immédiate d’une enquête.
Ces deux morts surviennent au lendemain d’un premier incident fatal. Le dimanche 29 mars, un projectile d’origine inconnue avait déjà tué un Casque bleu indonésien dans la même zone. En moins de 24 heures, la Finul a donc perdu trois soldats dans le sud du Liban.
Un barrage militaire libanais attaqué pour la première fois depuis le 2 mars
Parallèlement aux pertes de la Finul, l’armée libanaise a subi ce qu’elle qualifie d' »agression israélienne directe sur un barrage » sur la route côtière, au sud de Tyr. L’attaque a tué un soldat et blessé cinq autres, selon le communiqué militaire.
Cet incident constitue une première depuis l’entrée du Liban dans la guerre régionale, le 2 mars 2026. Avant ce 30 mars, huit soldats libanais avaient péri dans des bombardements israéliens depuis cette date. Dans tous ces cas précédents, les soldats n’étaient pas en service au moment des frappes. Frapper un barrage en activité représente un seuil nouveau.
L’armée libanaise s’efforce de rester en dehors du conflit opposant le Hezbollah à Israël. Les incidents successifs compliquent cette posture de neutralité. La pression sur ses positions s’intensifie à chaque nouvelle journée de combats.
Les Casques bleus au sud Liban au cœur d’une crise diplomatique
La France a demandé la convocation d’une réunion d’urgence du Conseil de sécurité des Nations Unies. Le ministre des Affaires étrangères a publié sa demande lundi sur X. Il a dénoncé des « incidents gravissimes subis par les Casques bleus de la Finul ».
À New York, Jean-Pierre Lacroix, secrétaire général adjoint de l’ONU chargé des opérations de paix, s’est exprimé lors d’un point de presse. Il a condamné ces « incidents inacceptables » et exigé que « tous les actes qui mettent en danger les forces de maintien de la paix » cessent immédiatement. La position de l’ONU est sans ambiguïté.
Le président libanais Joseph Aoun a condamné toute « atteinte » à la Finul. Il a contacté directement le commandant de la mission, le général italien Diodato Abagnara. Selon un communiqué de la présidence, Aoun poursuit des « contacts internationaux » pour « faire avancer le processus menant à des négociations avec Israël ».
Israël ne répond pas à ces appels. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a ordonné dimanche à l’armée d' »étendre la zone de sécurité » dans le sud du Liban, où ses forces mènent une profonde incursion terrestre. Cette décision entre directement en tension avec le déploiement de la Finul sur place.
Des frappes israéliennes visent Beyrouth et démantèlent l’unité 1800 du Hezbollah
À Beyrouth, l’armée israélienne a frappé la banlieue sud de la capitale dès la matinée du 30 mars. Cette zone est le bastion du Hezbollah. Les frappes ont eu lieu après des avertissements d’évacuation, selon les images recueillies par l’AFP sur place.
Une frappe ciblée a également touché un immeuble résidentiel en bordure de cette banlieue. La frappe a tué trois membres du Hezbollah et en a blessé trois autres, selon une source sécuritaire.
L’armée israélienne a revendiqué l’opération dans un communiqué. Elle affirme avoir « mené une frappe sur Beyrouth et éliminé (…) un commandant adjoint de l’unité 1800 » du Hezbollah. Cette unité sert de liaison entre le mouvement et des formations palestiniennes actives au Liban, à Gaza, en Syrie et en Cisjordanie. Un officier chargé des opérations et un agent de cette même unité ont également péri dans la frappe.
Des frappes supplémentaires ont ciblé des infrastructures du Hezbollah à Beyrouth. En début de soirée, l’armée israélienne a diffusé des avis d’évacuation aux habitants de plusieurs localités du sud et de l’est du Liban, y compris la Békaa-Ouest. Cette région est généralement épargnée par de tels avertissements. Son inclusion dans les zones visées marque une extension géographique des opérations. Des médias d’État libanais ont ensuite signalé des frappes aériennes dans le sud et dans des zones de la Békaa-Ouest.
Réactions du Hezbollah : « affrontements violents » et missiles vers Tel-Aviv
Le Hezbollah a revendiqué plusieurs attaques contre des troupes et des positions israéliennes dans le sud du Liban.Le mouvement pro-iranien a dit s’être engagé dans des « affrontements violents » avec une force israélienne dans la localité frontalière d’Ainata.
Le Hezbollah a aussi revendiqué des tirs de missiles contre une base du renseignement israélien en banlieue de Tel-Aviv. Le mouvement conserve des capacités offensives. Les frappes répétées de l’armée israélienne sur ses structures de commandement ne les ont pas neutralisées.
Du côté israélien, l’armée a annoncé lundi la mort d’un soldat et la blessure grave d’un autre dans les combats au sud du Liban. Ces pertes portent à six le nombre de soldats israéliens tués depuis le 2 mars 2026.
Un bilan humain et diplomatique qui ne cesse de s’alourdir
Les Casques bleus sud Liban opèrent dans un contexte de violence qui dépasse leur périmètre d’action. Les frappes israéliennes ont tué plus de 1 200 personnes au Liban depuis le début des hostilités, selon le ministère de la Santé. Plus de 3.600 autres ont été blessées.
Ces chiffres couvrent l’ensemble des opérations depuis le début de la guerre. Ils ne tiennent pas encore compte des victimes du 30 mars. La dynamique d’escalade ne montre aucun signe d’inversion, et la question de la protection des forces onusiennes reste entière.
Source : Agence France-Presse
















