Sa majesté Gérard Eke Mateke est le chef traditionnel de 3ᵉ degré du village Yandom dans l’arrondissement de Dibombari, département du Moungo, région du Littoral. Il a accepté de répondre à nos préoccupations, relatives à la réforme foncière qui entre en vigueur dès le 1ᵉʳ avril 2026.
Le ministre de l’administration, le ministre des domaines et des affaires foncières a lancé, une réforme foncière. Impliquant les chefs traditionnels de 3ème degré, notamment dans la livraison, des attestations provisoires. Qu’est-ce que ça vient changer ça ?
Tout en vous remerciant de l’opportunité que vous me donnez d’apporter un petit commentaire. Sur la décision du ministre des domaines, du Cadastre et des affaires foncières. Je voudrais d’abord me réjouir de cette décision qui apporte un apaisement. Sur les inquiétudes des autorités traditionnelles que nous sommes.
Avant, la gestion foncière qui se passait dans nos villages respectifs se faisait en dehors de nous-mêmes. Les membres de l’administration, d’une manière générale, procédaient à du n’importe quoi. Sans même tenir compte qu’il y a un chef traditionnel dans la localité. Nous pensons que c’est une mesure qui vient réconforter la position de l’autorité traditionnelle que nous sommes.
Et désormais, nous mettre face à nos responsabilités dans la gestion foncière des terres que nous avons dans nos villages. Donc bravo à ce membre du gouvernement, qui a considéré cette fois-ci l’autorité traditionnelle.
Sa Majesté, vous vous frottez les mains. Parce que comme le ministre n’a pas déterminé le montant à payer, ça va aller dans tous les sens. Ce sera à la tête des individus !!!!
Non, ça ne peut pas aller dans tous les sens. Il y avait déjà une pratique coutumière qui existait. Pour la signature de ce que nous appelions une attestation coutumière, qui malheureusement n’était pas reconnue au niveau de l’administration. Et je sais que lorsqu’il y a un texte qui est lancé comme ça, d’autres mesures vont suivre. Pour bien encadrer son applicabilité pour qu’il n’y ait pas de dérive sur le terrain.
Mais d’une part, les chefs traditionnels sont quand même des hommes d’honneur et de bon sens. Je ne crois pas que nous allons appliquer les prix qui vont couper les têtes des différents solliciteurs.
Est-ce qu’il ne faut pas craindre, Sa Majesté, que le chef traditionnel se substitue désormais aux agents de cadastre ?
Non, pas du tout. Je crois que chacun joue sa partition et chacun reste dans son couloir. Le texte est clair. Le chef traditionnel vient juste certifier l’appartenance de celui qui est demandeur.
Parce qu’on a vu plusieurs cas dans nos localités. Quelqu’un se réclame d’appartenir à une parcelle. Et nulle part, il n’est répertorié dans les registres de la chefferie. Même au village, personne ne le connaît.
Donc, je crois qu’en associant l’autorité traditionnelle, c’est pour non seulement apporter plus de clarté. Et vouloir que les choses se déroulent avec moins de procès à l’avenir. Le chef étant d’abord le premier garant foncier de son village, bien entendu, après l’État. Parce que toutes les terres appartiennent à l’Etat.
Donc le chef devra seulement jouer sa partition. Pour certifier qu’effectivement la parcelle qui est sollicitée par le requérant est bel et bien la sienne. Ou alors il y aurait une quelconque opposition. Ou quoi que ce soit, je ne sais pas trop.
Comment vous allez faire quand on sait que les terres se font rares dans les villages ? Et vous allez donc donner des attestations à qui finalement?
Non, il existe des terres. Il y avait juste un désordre total dans la gestion de ces terres. Maintenant que nous sommes associés, je crois que nous allons remettre de l’ordre. Avec l’administration pour qu’il n’y ait plus cela.
Nous devons éviter aux ministres des domaines un procès inutile. Parce que comme je vous l’ai dit plus haut, le chef du village est le premier garant foncier dans son village. C’est lui qui est à même de certifier ou de prouver que telle parcelle ou telle superficie appartient à un tel individu ou à une telle famille.
Alors les villageois ne peuvent-ils pas craindre. Quand on sait que les chefs aujourd’hui sont les amis des politiciens parfois très puissants ? Est-ce qu’il ne faut pas craindre les copinages avec des chefs qui ne sont plus neutres ?
Vous savez que le chef est d’abord apolitique. Il n’est pas chef d’un X ou d’un Y. Il est le chef de tout le monde. Et pour cela, comme c’est un homme de bonnes mœurs et libre, je crois qu’il y aurait moins de problèmes de ce côté étant entendu qu’il sait que si ça se déroule mal, la responsabilité peut être engagée par la suite.
Sa majesté, vous êtes d’accord avec nous que la plupart des chefs sont les suppôts du pouvoir. Comment est-ce qu’on va garantir cette impartialité ?
Il faut dire que le chef du village ne travaille pas seul. Il travaille avec tout un conseil de notables et même des chefs de famille. Et lorsque vous prenez toute cette association et cette union de toutes ces personnes. Je crois qu’il y a beaucoup de chance que l’erreur soit quand même moindre.
Vous êtes chef de 3ème degré du village Yandom et parlant Pour ce qui est de la gestion foncière. Quelle est la politique que vous avez mise sur pied pour qu’il n’y ait pas de dilapidation des terres ?
Dans un premier temps, nous avons mis fin à la signature de ce qu’on appelait les attestations coutumières. Elles sont interdites à Yandom. Il y a un recensement qui est en train d’être fait. Le recensement des terres et des différents propriétaires. Nous avons instruit les chefs de famille de recenser dans leur famille tous ceux qui sont en possession des terres et qui n’ont aucun document qui prouve leur appartenance.
Et que lorsque ce travail sera fini, nous allons descendre sur le terrain. Pour vérifier ces terres et maintenant établir au niveau du village l’appartenance de telle ou de telle.

















