Les frappes israéliennes au Liban ont ciblé vendredi deux nouveaux ponts dans l’est du pays, dont le pont reliant Sohmor à Machghara a été entièrement détruit. De nouveaux bombardements ont également visé la banlieue sud de Beyrouth, tandis que trois Casques bleus de la Finul ont été blessés dans le Sud, dont deux grièvement.
– Les frappes israéliennes au Liban visent les ponts du Litani
L’armée israélienne a détruit vendredi le pont reliant Sohmor à Machghara, dans l’est du Liban. Selon l’Agence nationale d’information libanaise (Ani), source officielle, sa destruction a été confirmée après le passage d’avions de guerre israéliens. Un second pont, visé dans la même opération, a également été atteint selon les médias libanais.
Avant d’agir, l’armée israélienne avait publiquement annoncé son intention de frapper ces deux ponts. Elle a justifié cette décision par la nécessité d' »empêcher le transfert de renforts et d’équipements militaires » du mouvement islamiste pro-iranien. Les deux ouvrages ont été frappés conformément à cet avertissement préalable.
Cette opération s’inscrit dans une stratégie documentée par des experts militaires. Selon eux, l’armée israélienne cible méthodiquement les ponts enjambant le fleuve Litani pour couper le sud du Liban du reste du territoire national. Sur ce fleuve, l’armée israélienne avait déjà détruit cinq ponts avant vendredi.
Le Litani coule à 30 kilomètres au nord de la frontière israélo-libanaise. Avec les deux destructions de vendredi, sept ponts sont désormais hors d’usage sur ce fleuve stratégique. Dans cette zone, l’armée israélienne entend instaurer ce qu’elle présente comme une « zone de sécurité » le long de la frontière.
– Civils tués à Sohmor, Casques bleus blessés dans le Sud
À Sohmor, la même journée a fait des victimes civiles supplémentaires. Une frappe israélienne a tué deux personnes et blessé 15 autres alors qu’elles quittaient la mosquée de la ville après la prière du vendredi, selon le ministère libanais de la Santé. L’attaque a frappé des fidèles au moment précis de leur sortie de l’office hebdomadaire.
Dans le sud du pays, trois Casques bleus de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) ont été blessés vendredi dans une explosion survenue « à l’intérieur d’une position de l’ONU », dont l’origine reste inconnue. Deux d’entre eux ont été grièvement touchés. L’armée israélienne a mis en cause le Hezbollah, l’accusant d’avoir tiré une roquette.
Ce nouvel incident s’ajoute à une semaine particulièrement meurtrière pour la force onusienne. En moins de sept jours, le Liban a coûté la vie à trois Casques bleus indonésiens. Selon une source sécuritaire de l’ONU, l’un a péri dimanche des suites d’un tir de char israélien, et deux autres sont morts lundi dans une explosion pouvant être liée à une mine.
Israël a nié toute responsabilité dans les événements du lundi. L’armée israélienne a affirmé qu’aucune de ses troupes ne se trouvait dans ce secteur ce jour-là. Ces incidents répétés entre les forces israéliennes et les Casques bleus alimentent de vives tensions autour du mandat de la Finul dans le sud du Liban.
– Les frappes israéliennes au Liban : un conflit déclenché le 2 mars 2026
Le Liban a basculé dans le conflit régional le 2 mars 2026. Ce jour-là, le Hezbollah, mouvement islamiste soutenu par Téhéran, a tiré des roquettes sur Israël pour venger l’attaque américano-israélienne ayant tué l’ayatollah Ali Khamenei, guide suprême de l’Iran. Cette riposte a déclenché l’offensive israélienne contre le territoire libanais.
Depuis lors, l’armée israélienne pilonne le Liban tout en affirmant viser uniquement le Hezbollah et ses infrastructures. L’armée israélienne a également lancé une invasion terrestre dans le sud du pays. Le dernier bilan officiel recense 1 368 morts, dont 125 enfants, et plus d’un million de déplacés.
L’ONU et les autorités libanaises ont mis en garde contre une nouvelle occupation prolongée du sud du Liban. Sur le terrain, les troupes israéliennes ont « détruit » les dernières habitations restantes dans plusieurs villages frontaliers.
La guerre de 2024 avait déjà largement rasé ces localités. Ces destructions alimentent les craintes d’une emprise durable d’Israël sur la zone frontalière.
– « Ce n’est pas notre guerre » : les Libanais témoignent entre deux frappes
Vendredi après-midi, de nouvelles frappes ont visé la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah. L’armée israélienne a indiqué cibler des « infrastructures terroristes » dans ce secteur de la capitale. Ces bombardements ont eu lieu au moment même des célébrations du Vendredi saint pour les chrétiens libanais.
Dans l’église Saint-Maron de Chiyah, un quartier de la banlieue sud, Hala Farah, 62 ans, assistait à la messe. « Depuis que j’ai 15 ans, il y a la guerre » au Liban, « on est toujours là », a-t-elle confié à l’AFP avant d’entrer dans une église comble. Elle dit n’avoir jamais manqué aucune fête religieuse malgré les conflits successifs.
Patricia Haddad, 32 ans, exprime une résignation teintée d’amertume. Elle se dit « habituée, malheureusement ». « Nous sommes contre la guerre : ce n’est pas notre guerre, c’est une guerre contre le Hezbollah, pas contre les chrétiens ni le pays », a-t-elle déclaré.
Ces deux témoignages reflètent le sentiment de nombreux Libanais qui se vivent en marge d’un conflit qui les dépasse. La banlieue sud de Beyrouth abrite à la fois des positions du Hezbollah et une population civile diverse.
Les frappes israéliennes ciblent le mouvement islamiste dans ce secteur. À quelques rues des zones bombardées, des chrétiens célébraient pourtant les offices du Vendredi saint.
– Villages rasés, menace sur les universités : les enjeux s’étendent
Des frappes ont touché la région de Tyr à plusieurs reprises vendredi, selon l’agence Ani. De son côté, le Hezbollah a revendiqué plusieurs opérations contre des cibles israéliennes, au Liban et au-delà de la frontière. Les échanges militaires entre les deux camps restent intenses.
L’ambassade américaine à Beyrouth a diffusé vendredi une mise en garde sécuritaire. Selon elle, l’Iran et ses groupes affiliés « pourraient avoir l’intention de cibler des universités » au Liban.
Quelques jours plus tôt, les Gardiens de la Révolution iraniens avaient menacé des établissements américains au Moyen-Orient. Cette alerte de l’ambassade s’inscrit directement dans ce contexte.
Ces avertissements témoignent de l’extension du périmètre du conflit au-delà des seules opérations militaires de terrain. La guerre entre Israël et le Hezbollah mobilise désormais des acteurs multiples et des menaces de natures différentes. Le Liban se retrouve au cœur d’une crise aux ramifications régionales qui impliquent Israël, l’Iran et les États-Unis.
Source : Agence France-Presse
















