Le blocage du détroit d’Ormuz par l’Iran concentre toutes les tensions diplomatiques mondiales. Une quarantaine de pays ont exigé jeudi sa réouverture immédiate et inconditionnelle lors d’une visioconférence présidée par Londres. Les quarante pays ont explicitement posé des sanctions économiques coordonnées sur la table si la fermeture se prolonge.
Quarante pays unis contre l’Iran
La réunion virtuelle de jeudi a rassemblé les représentants d’une quarantaine de nations. Yvette Cooper, ministre britannique des Affaires étrangères, en assurait la présidence. La position collective adoptée est dépourvue d’ambiguïté.
L’exigence commune est formulée sans détour : l’Iran doit procéder à la « réouverture immédiate et inconditionnelle » du détroit d’Ormuz. Le respect de la liberté de navigation et du droit de la mer est posé comme condition non négociable.
« L’Iran tente de prendre en otage l’économie mondiale dans le détroit d’Ormuz. Il ne doit pas l’emporter. À cette fin, les partenaires ont appelé aujourd’hui à la réouverture immédiate et inconditionnelle du détroit et au respect des principes fondamentaux de la liberté de navigation et du droit de la mer », a déclaré Mme Cooper dans son communiqué officiel.
Ce blocage constitue selon elle une « menace directe pour la prospérité mondiale ». Les pays présents ont convenu d’explorer des mesures coordonnées, économiques et politiques. Des sanctions sont explicitement mentionnées « pour faire pression sur l’Iran si le détroit reste fermé ». Un accord a aussi été conclu pour « accroître la pression diplomatique » sur Téhéran.
L’option militaire immédiate n’a pas figuré à l’ordre du jour. Plusieurs participants ont clairement établi leur condition : aucune mission de sécurisation du détroit ne pourra être engagée tant que le conflit se poursuit. Cette ligne a été réaffirmée par la France, entre autres membres.
Blocage du détroit d’Ormuz par l’Iran : un trafic maritime en chute de 93 %
Les chiffres mesurent brutalement l’ampleur de la catastrophe économique. Depuis début mars, seulement 225 navires de transport de marchandises ont emprunté le passage. Selon la société d’analyse maritime Kpler, ce volume représente une chute de 93 % par rapport au trafic constaté en temps de paix.
Seuls quelques navires continuent de circuler quotidiennement. Ce sont principalement des bâtiments iraniens, émiratis, indiens, chinois et saoudiens.
En conditions normales, ce détroit concentre le transit d’un cinquième de la production pétrolière mondiale. Du gaz naturel liquéfié et des engrais y circulent également. La fermeture a entraîné une forte hausse du prix des hydrocarbures. Les répercussions pèsent sur l’ensemble de l’économie mondiale.
Ce choc économique touche en priorité les pays importateurs d’énergie. Les économies les plus vulnérables, fortement dépendantes des hydrocarbures, subissent de plein fouet la hausse des prix. La pression s’accumule sur les marchés depuis début mars.
Face à cette paralysie, certains pays cherchent des voies de contournement. L’Irak, privé de tout débouché maritime, a annoncé avoir commencé à exporter son pétrole par camions via la Syrie. Le gouvernement philippin a obtenu de Téhéran un engagement direct. L’Iran autorisera les cargaisons de pétrole sous pavillon philippin à circuler en sécurité dans le détroit.
Contexte : une crise déclenchée le 28 février
Le conflit a débuté le 28 février. Des frappes israélo-américaines sur l’Iran ont mis le feu aux poudres. Le blocage du détroit d’Ormuz s’est installé depuis début mars.
La réunion de jeudi s’inscrit dans un mécanisme multilatéral lancé à la mi-mars par six pays fondateurs : le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne, l’Italie, les Pays-Bas et le Japon. Une quarantaine de nations ont depuis rejoint ce cadre de coordination.
Plusieurs membres ont répété leur condition de principe. Les pays membres excluent toute mission de sécurisation du détroit tant que les combats se poursuivent.Un porte-parole du ministère français des Affaires étrangères l’a confirmé jeudi. Une telle opération ne serait possible « qu’une fois que la partie intense des bombardements sera derrière nous ».
La semaine prochaine, Londres présidera une nouvelle réunion, cette fois entre les « planificateurs militaires » des mêmes pays. Leur mandat sera d’examiner les options disponibles pour rendre le détroit accessible et sûr après l’arrêt des hostilités.
À cette occasion, l’Italie a défendu une proposition humanitaire. Rome plaide pour la création, dans le cadre de l’ONU, d’un « corridor humanitaire » dédié au transport des engrais. L’objectif est d’éviter « une nouvelle crise alimentaire, en particulier dans les pays africains ».
Réactions et citations : des positions radicalement opposées
Les réactions internationales révèlent des fractures profondes. Donald Trump a adopté mercredi le ton le plus offensif. Il s’est adressé aux pays dépendants du transport maritime dans le détroit : « Allez au détroit, emparez-vous-en, protégez-le, servez-vous-en. » Le président américain reproche à plusieurs alliés de l’Otan de n’avoir pas soutenu les États-Unis depuis le déclenchement du conflit.
La veille, Trump avait déclaré envisager un cessez-le-feu avec l’Iran si le détroit rouvrait. Les Gardiens de la Révolution, armée idéologique de la République islamique, ont répondu sans ambages : le détroit resterait fermé aux « ennemis » du pays.
Emmanuel Macron a pris une position plus prudente depuis Séoul. Une opération militaire pour « libérer » le détroit serait « irréaliste » et comporterait « des tas de risques », a estimé le président français. Les pays du Golfe défendent une autre ligne : ils réclament un feu vert de l’ONU pour intervenir par la force et débloquer le passage.
La Chine a brisé jeudi son silence relatif. Pékin a accusé les États-Unis et Israël d’être la « cause première » du blocage, en raison de leurs « opérations militaires illégales » contre l’Iran. Partenaire commercial de premier plan de Téhéran, la Chine s’était tenue à l’écart du dossier depuis le début du conflit.
Blocage du détroit d’Ormuz par l’Iran : quelle suite pour la crise ?
La communauté internationale se retrouve face à une impasse. Les sanctions économiques coordonnées et la pression diplomatique représentent, pour l’heure, la seule réponse collective concrète. Toute option militaire demeure conditionnée à la fin des hostilités.
Les conséquences économiques s’aggravent avec le temps. Les prix des hydrocarbures ont fortement progressé depuis la fermeture effective du détroit. En parallèle, le risque d’une crise alimentaire mondiale s’ajoute aux tensions existantes, particulièrement pour les pays africains dépendants des importations d’engrais.
La réunion des planificateurs militaires, prévue la semaine prochaine à Londres, constituera la prochaine étape concrète. Ces experts devront dégager des scénarios viables pour sécuriser le détroit une fois le conflit achevé. Les modalités d’une éventuelle opération restent entièrement à définir.
D’ici là, les quarante pays réunis jeudi maintiennent leur pression collective sur Téhéran. Les sanctions restent une option explicitement posée sur la table. Téhéran maintient sa position. Le bras de fer entre la République islamique et la communauté internationale entre dans une phase décisive.
Source : Agence France-Presse
















