Lors de son premier « Urbi et Orbi », le pape Léon XIV a lancé dimanche un appel à la paix, exhortant les dirigeants mondiaux à mettre fin aux conflits. Il a dénoncé l’indifférence généralisée face aux milliers de victimes des guerres, dans un monde assombri par le conflit entre l’Iran et Israël.
Appel à la paix depuis la place Saint-Pierre
Pour la première fois depuis son élection en mai 2025, Léon XIV a célébré la messe de Pâques devant les fidèles réunis place Saint-Pierre. Soleil radieux, milliers de fleurs, trompettes et chants liturgiques : le cadre était festif. Il contrastait avec la gravité du message qu’allait délivrer le souverain pontife.
Depuis le balcon central de la basilique, le pape a prononcé sa traditionnelle bénédiction « Urbi et Orbi » — à la ville et au monde. Il a interpellé directement « ceux qui ont le pouvoir de déclencher les guerres », leur demandant de « choisir la paix ». Cet appel à la paix, le premier depuis son élection, intervenait dans un contexte mondial particulièrement tendu.
Cette fête, célébrée du Timor oriental aux États-Unis, commémore la résurrection du Christ. Les répercussions du conflit entre l’Iran et Israël ont assombri sa tonalité joyeuse cette année. La guerre, déclenchée le 28 février, a imposé de lourdes restrictions aux communautés chrétiennes de la région.
Rompant avec la tradition observée depuis des années par ses prédécesseurs, Léon XIV n’a cité aucun pays ni aucune région en crise dans son discours. Cette décision constitue une rupture notable avec les précédents messages Urbi et Orbi.
Appel à la paix : une indifférence collective dénoncée
Le pape a mis en cause l’accoutumance progressive à la violence. « Nous nous habituons à la violence, nous nous y résignons et nous devenons indifférents », a-t-il déclaré. Il a dénoncé une indifférence croissante « à la mort de milliers de personnes » et aux « répercussions de haines et de divisions que les conflits sèment ».
Léon XIV a également pointé leurs « conséquences économiques et sociales ». Son discours visait l’ensemble des conflits en cours, sans en distinguer un seul nommément.
La veille, lors de la veillée pascale de samedi soir, le chef de l’Église catholique avait déjà dénoncé les divisions nées de « la guerre, l’injustice, la fermeture entre les peuples et les nations ». Ces prises de parole successives ont tracé une ligne directrice claire pour ce pontificat.
Une Semaine Sainte marquée par la diplomatie
Tout au long de la Semaine Sainte, les guerres ont pesé sur les célébrations chrétiennes. Ces derniers jours, Léon XIV a multiplié les démarches diplomatiques. Natif de Chicago, le pape est allé jusqu’à interpeller Donald Trump, l’invitant à « chercher une porte de sortie » au conflit au Moyen-Orient.
Le souverain pontife a par ailleurs annoncé la tenue d’une veillée de prière pour la paix, le 11 avril, place Saint-Pierre à Rome. Cette initiative prolonge son appel à la paix sur la scène diplomatique et spirituelle.
À l’issue de sa bénédiction, Léon XIV a souhaité « Joyeuses Pâques » aux fidèles en dix langues, dont l’arabe et le chinois. Son prédécesseur François avait délaissé cette tradition ; le nouveau pape l’a rétablie. Il a ensuite effectué un bain de foule en papamobile sur la principale avenue menant à la place, sous les acclamations de la foule.
Jérusalem : des célébrations réduites au silence
À Jérusalem, les cérémonies dans la basilique du Saint-Sépulcre se sont tenues à huis clos. Selon la tradition chrétienne, cet édifice marque le lieu de la Résurrection du Christ.
Le 28 février, la guerre entre l’Iran et Israël a éclaté. Depuis, des restrictions sur les rassemblements s’appliquent à la ville.
Dimanche matin, la police israélienne a filtré les rares fidèles autorisés à s’approcher du site. Elle invoquait des impératifs de sécurité.
Pour ceux qui avaient fait le voyage, la déception était vive. « C’est très difficile pour nous tous, car c’est notre fête », a déclaré Christina Toderas, 44 ans, venue de Roumanie, les larmes aux yeux. Elle a confié combien il était « vraiment très dur de vouloir prier, de venir ici » — et de trouver tout fermé.
Le cardinal Pierbattista Pizzaballa, patriarche latin de Jérusalem, a décrit samedi une atmosphère de désolation. « Le silence est presque absolu », a-t-il affirmé, évoquant les ravages que « la guerre continue de causer sur cette terre sainte et déchirée ».
Le dimanche précédent, la police israélienne lui avait refusé l’accès à la ville. L’incident avait déclenché un tollé international.
Le Liban : Pâques célébrées sous les bombes
Au Liban, des localités à majorité chrétienne du sud du pays sont prises au piège des combats. Depuis un mois, Israël affronte le mouvement chiite Hezbollah, soutenu par l’Iran, dans cette région. Malgré les violences, la plupart des habitants refusent de fuir.
À Debel, village proche de la frontière israélienne, la population a préparé Pâques dans le bruit incessant des bombardements. Le village est désormais presque totalement coupé du monde. Il dépend entièrement de l’aide humanitaire pour subvenir à ses besoins.
« La situation est tragique. Les gens sont terrifiés », a confié samedi à l’AFP Joseph Attieh, un responsable de la ville. Malgré tout, « nous avons confiance en Dieu », a-t-il affirmé. « C’est le seul espoir auquel nous ne renoncerons pas. » Un convoi d’aide était attendu dimanche à Debel, en présence du nonce apostolique, ambassadeur du Saint-Siège.
De Dubaï à Damas : des rites perturbés par la guerre
La guerre a bouleversé les célébrations religieuses bien au-delà de Jérusalem et du Liban. À Dubaï, aux Émirats arabes unis, le gouvernement a ordonné l’annulation de toutes les messes depuis vendredi. La mesure reste en vigueur jusqu’à nouvel ordre.
À Damas, les autorités ont limité les célébrations à l’intérieur des églises. Des tensions dans une ville chrétienne du centre de la Syrie ont motivé cette décision.
À Rome, la célébration pascale a aussi ravivé le souvenir du pape François. En 2025, le jésuite argentin avait effectué son dernier bain de foule place Saint-Pierre le dimanche de Pâques. Il mourait quelques heures plus tard.
Dimanche, Léon XIV a parcouru en papamobile la principale avenue menant à la place, sous les acclamations d’une foule nombreuse.
Des guerres perturbent les célébrations chrétiennes de Jérusalem aux Émirats arabes unis. Dans ce contexte, l’appel à la paix de Léon XIV a pris une force particulière. Sa voix s’est élevée pour des millions de croyants empêchés de pratiquer librement leurs rites.
Source : Agence France-Presse
















