L’ultimatum de Trump sur le détroit d’Ormuz expire ce lundi soir. Donald Trump a exigé de Téhéran la réouverture de ce passage quasi paralysé depuis le début du conflit, sous peine de frappes sur les centrales électriques iraniennes. Au 24e jour d’une guerre qui embrase le Moyen-Orient, Israël annonce se préparer à « encore plusieurs semaines de combats » contre l’Iran et le Hezbollah.
L’ultimatum de Trump sur le détroit d’Ormuz : une menace à échéance ce lundi soir
Samedi, Donald Trump a posté un message sans ambiguïté sur sa plateforme Truth Social. Faute de réouverture du détroit d’Ormuz par l’Iran avant lundi soir, le président américain a menacé de « frapper et anéantir » les centrales électriques iraniennes « EN COMMENÇANT PAR LA PLUS GRANDE ! ». L’heure précise de l’ultimatum se déduit du moment de publication du message : 23h44 GMT ce lundi. C’est la soirée à Washington, et tôt le mardi matin à Téhéran.
Le secrétaire américain au Trésor Scott Bessent a pris la parole dimanche pour expliquer cette posture. « Parfois vous devez avoir une escalade pour désescalader », a-t-il affirmé. Washington entretient par ailleurs le flou sur la durée totale de ses opérations militaires, désormais entrées dans leur quatrième semaine.
Téhéran a répondu par une contre-menace directe. Si les frappes américaines sont mises à exécution, l’Iran a averti qu’il fermera complètement le détroit d’Ormuz. Une fermeture totale qui aggraverait encore davantage une crise énergétique mondiale déjà sévère.
Le détroit d’Ormuz, paralysé à 95% depuis le 28 février
Dans les faits, le détroit d’Ormuz est quasiment hors service depuis le lancement de l’offensive israélo-américaine le 28 février. Le transit de marchandises s’y est effondré de 95%, selon la société d’analyse Kpler. Seul un petit nombre de cargos et de pétroliers ont réussi à franchir ce passage depuis l’ouverture des hostilités.
En temps normal, ce détroit relie le Golfe arabo-persique à l’océan Indien. Près de 20% des hydrocarbures mondiaux y transitent chaque jour. Sa paralysie prolongée pèse directement sur l’ensemble des marchés internationaux de l’énergie.
Sur le plan diplomatique, une vingtaine de pays ont exprimé leur disponibilité à contribuer. Les Émirats arabes unis, le Royaume-Uni, la France et le Japon figurent parmi les nations qui se sont dites « prêtes à contribuer aux efforts » nécessaires à la réouverture du passage. Aucune initiative coordonnée n’a toutefois été annoncée publiquement à ce stade.
Israël et les États-Unis affirment affaiblir l’Iran, mais les combats s’intensifient
Depuis le 28 février, Israël et les États-Unis affirment avoir fortement affaibli le pouvoir iranien. Téhéran, malgré ces frappes, poursuit ses attaques et multiplie les menaces. Le conflit entre dans une phase où chaque camp durcit simultanément sa posture.
Sur le front nord, Israël intensifie sa pression militaire au Liban. L’armée a annoncé dimanche se préparer à « encore plusieurs semaines de combats contre l’Iran et le Hezbollah » pro-iranien. Le chef d’état-major, le lieutenant-général Eyal Zamir, a précisé que l’objectif est d’« intensifier les opérations terrestres ciblées et les frappes » pour repousser la menace du Hezbollah « loin de la frontière ».
Dimanche, l’armée israélienne a détruit un pont stratégique dans le sud du Liban. Des images de l’AFP ont montré de la fumée s’élever au-dessus du pont de Qasmiyeh, situé sur la principale route côtière reliant la région de Tyr au reste du pays. Selon les autorités militaires israéliennes, le Hezbollah utilisait cette infrastructure à des fins opérationnelles.
Ce n’est pas la première destruction du genre. Deux ponts enjambant le fleuve Litani — qui traverse le Liban à une trentaine de kilomètres de la frontière avec Israël — avaient déjà été ciblés mercredi. Le président libanais Joseph Aoun a réagi avec fermeté, qualifiant ces frappes de « prélude à une invasion terrestre » et dénonçant « une escalade dangereuse et une violation flagrante de la souveraineté du Liban ».
Le risque nucléaire alarme la communauté internationale
La guerre entre dans une « phase périlleuse ». Cette alerte a été lancée sur X par Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui a appelé « urgemment toutes les parties à faire preuve de la plus grande retenue militaire et à éviter toute action susceptible de déclencher des incidents nucléaires ».
La nuit de samedi à dimanche, deux frappes iraniennes ont causé plus d’une centaine de blessés dans le sud d’Israël. Un missile a touché une zone résidentielle à quelques kilomètres du centre stratégique de recherche nucléaire de Dimona, site ultra-secret. Israël est considéré comme le seul pays du Moyen-Orient doté de l’arme atomique, mais maintient depuis des décennies une politique d’« ambiguïté stratégique » sur ce point.
« Nous pensions que nous étions en sécurité. Nous ne nous attendions pas à ça », a déclaré à l’AFP Galit Amir, soignant à Dimona, âgé de 50 ans.
L’Iran a présenté la frappe sur Dimona comme une riposte à une attaque « ennemie » contre son complexe nucléaire de Natanz, au sud de Téhéran. L’armée israélienne a indiqué ne « pas être au courant » de cette attaque. La chaîne publique israélienne Kan a rapporté qu’il s’agirait d’une opération américaine.
L’Organisation iranienne de l’énergie atomique a démenti toute fuite radioactive à Natanz. Le site avait pourtant déjà subi des bombardements début mars. À chaque frappe visant un site nucléaire, le directeur de l’AIEA Rafael Grossi réclame « la retenue militaire maximale ».
L’ultimatum Trump détroit Ormuz amplifie la crise énergétique mondiale
Depuis le déclenchement du conflit le 28 février, les frappes ont ciblé de manière répétée des installations pétrolières et gazières dans la région. Les cours mondiaux ont bondi en conséquence. Le baril de WTI, référence américaine, dépassait les 100,10 dollars lundi matin, peu après l’ouverture du marché à la Bourse de Chicago (CME).
À la suite de l’ultimatum américain, Téhéran a élargi la liste de ses cibles potentielles. L’Iran a qualifié de « cibles légitimes » les infrastructures énergétiques de la région — centrales électriques et usines de dessalement d’eau —, ainsi que les entreprises dont des actionnaires américains font partie.
Patrick Pouyanné, PDG de TotalEnergies, a chiffré l’ampleur du risque. Si le conflit dure « plus de six mois », « toutes les économies du monde en souffriront », a-t-il averti. À ce stade, « ce sont 10 millions de barils de pétrole par jour qui ne peuvent pas sortir du Golfe arabo-persique », a-t-il précisé.
À Téhéran, le rythme des frappes israélo-américaines a diminué ces derniers jours. Les marchés de la capitale ont retrouvé une certaine effervescence. Malgré cette accalmie partielle, l’angoisse reste dominante. « La seule chose commune que nous ressentons dans cette période est l’incertitude sur l’issue » de cette guerre, a confié Shiva, Téhéranaise de 31 ans.
Source : Agence France-Presse
















