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Trêve jihadistes au Mali contre le carburant : plus de cent détenus relâchés contre un corridor de passage

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Trans Afrique

La trêve jihadistes au Mali contre le carburant a été conclue en milieu de semaine. Plus de cent présumés jihadistes ont été remis en liberté par les services de renseignements maliens. En contrepartie, les convois de camions-citernes ont pu rejoindre Bamako sans être attaqués.

Cent présumés jihadistes libérés en début de semaine

En début de semaine, les services maliens ont libéré plus de cent personnes soupçonnées de jihadisme. Des sources sécuritaires et des élus locaux ont révélé cet accord à l’AFP dimanche. En contrepartie, les groupes armés ont laissé passer les convois de carburant vers la capitale sans les attaquer.

Un élu local a confirmé à l’AFP les termes de l’échange. Il a évoqué la « libération de plus de 100 jihadistes » contre « l’ouverture d’un corridor », destiné à « laisser passer des convois de camions-citernes ». Ses termes ne laissent aucune ambiguïté sur la logique transactionnelle de l’accord.

Interrogée par l’AFP, une source sécuritaire malienne a confirmé que « dans le cadre de la paix et de l’unité nationale, des mesures d’élargissement ont été prises ». Cette source n’a précisé ni la nature exacte de l’accord, ni l’identité des parties impliquées dans les discussions. La prudence du discours officiel contraste nettement avec la franchise des élus locaux qui ont témoigné auprès de l’AFP.

Trêve jihadistes Mali carburant : les détails d’un accord conclu avant la Korité

Un second élu, originaire du centre du Mali et résidant à Bamako, a apporté des précisions supplémentaires à l’AFP. « Nous avons appris que cette semaine plus d’une centaine de jeunes accusés d’être des jihadistes ont été libérés par la sécurité d’État », a-t-il déclaré. La sécurité d’État désigne les services de renseignements du Mali. « En contrepartie, des convois de carburant n’ont pas été attaqués », a-t-il ajouté.

Parmi les personnes remises en liberté figurent aussi des membres de la communauté peule. « Beaucoup de peuls arrêtés ont également été relâchés », selon une association de défense de cette ethnie. Les Peuls sont régulièrement amalgamés avec les jihadistes lors des arrestations dans le centre et le nord du pays. Cette confusion conduit à la détention de civils sans lien prouvé avec les groupes armés.

Une source communautaire a confirmé la libération de huit jeunes originaires du centre du Mali. Ces derniers portent les marques de leur passage en détention. « Ils sont traumatisés par les traitements qu’ils ont subis. Ils cherchent à rejoindre leurs familles », a déclaré cette source à l’AFP. Elle a précisé que leur remise en liberté s’est faite « dans le cadre de discussions entre jihadistes et le gouvernement ».

L’accord a été conclu juste avant la fête de la Korité, qui marque la fin du ramadan. Depuis lors, la situation s’est nettement améliorée dans la capitale malienne. Des convois de carburant ont pu rejoindre Bamako sans incident.

Contexte : une économie asphyxiée par les attaques de convois depuis septembre

Les attaques contre les convois de carburant ont débuté en septembre dernier. Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, les revendique. Ces frappes répétées ont progressivement étranglé l’approvisionnement en carburant dans ce pays enclavé du Sahel.

Le Mali ne dispose pas d’accès à la mer. Tout approvisionnement en produits pétroliers transite par de longues routes terrestres traversant des zones instables. Cette dépendance aux convois rend le pays structurellement vulnérable aux blocages.

En octobre, la situation a atteint son point le plus critique. La paralysie quasi totale des convois a bloqué une large partie de l’économie malienne. Bamako, principale ville du pays, a subi de plein fouet les effets de cette pénurie.

Après plusieurs mois d’accalmie, une nouvelle pénurie de gazole est apparue en début mars. Les autorités ont alors orienté les stocks disponibles en priorité vers les centrales thermiques. Les Bamakois ont de nouveau subi les conséquences d’un approvisionnement défaillant.

Le Mali affronte une crise sécuritaire profonde depuis 2012. Des groupes affiliés à Al-Qaïda et à l’organisation État islamique, ainsi que des groupes criminels communautaires, l’alimentent par leurs violences. À cette crise sécuritaire s’ajoute une grave crise économique. Ces deux dimensions conjuguées maintiennent le pays dans un état de vulnérabilité structurelle persistante.

Réactions et citations : des voix contrastées autour de la trêve jihadistes au Mali contre le carburant

Les réactions à cet accord mêlent confirmation officielle et témoignages de terrain. Du côté des autorités, la formulation reste délibérément mesurée. La source sécuritaire parle de « mesures d’élargissement » sans qualifier l’accord ni en nommer les parties.

Les élus locaux s’expriment avec plus de franchise. Celui du centre du Mali, joint à Bamako, décrit sans détour un échange : des détenus libérés contre des convois épargnés. Il identifie clairement la sécurité d’État comme institution ayant procédé aux libérations.

Les témoignages communautaires révèlent une dimension humaine préoccupante. Une source communautaire décrit les huit jeunes libérés comme « traumatisés » par les traitements subis en détention. Leur seule volonté : rejoindre leurs familles. Ces récits éclairent les conditions dans lesquelles les autorités ont maintenu certains détenus avant leur remise en liberté.

La question de l’identité des personnes relâchées reste en suspens. Parmi elles, des présumés jihadistes, mais aussi des Peuls arrêtés dans un contexte d’amalgame. L’association de défense de cette communauté a confirmé à l’AFP la libération de nombre de ses membres dans le cadre du même accord.

Conséquences et suite attendue : une trêve maintenue jusqu’à la Tabaski fin mai

L’accord a produit des effets immédiats. À Bamako, l’arrivée de convois de carburant a desserré l’étau sur l’approvisionnement. La pénurie de gazole observée depuis le début mars s’est nettement atténuée.

Plusieurs sources sécuritaires ont indiqué à l’AFP que la trêve devrait se maintenir jusqu’à la Tabaski, la grande fête musulmane prévue fin mai. Au-delà de cette échéance, aucune des sources consultées n’a évoqué la moindre garantie.

La portée à long terme de cet accord reste incertaine. La remise en liberté de présumés membres de groupes armés en échange d’un accès temporaire aux routes de ravitaillement représente un précédent. Le JNIM continue d’opérer sur le territoire malien. Son rapport de force avec les autorités de Bamako demeure intact.

Le contexte régional reste très dégradé. De multiples crises entremêlées ravagent le Sahel. Pour le Mali, la priorité immédiate — rétablir l’approvisionnement en carburant — a été atteinte. La stabilité à moyen terme dépend d’évolutions difficiles à anticiper.

Source : Agence France-Presse

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