L’ONG Reporters sans frontières dénonce une « atteinte grave » après l’interpellation de quatre reporters enquêtant sur des migrants africains expulsés des États-Unis.
Vaste pays d’Afrique centrale, le Cameroun est dirigé d’une main de fer depuis plus de 43 ans par le président Paul Biya, âgé de 93 ans.
Dans un communiqué transmis à l’AFP jeudi, RSF rapporte l’interpellation de quatre journalistes « pendant plusieurs heures » mardi, « avec interrogatoires et confiscation de matériel », au siège de la police judiciaire de la capitale, Yaoundé.
Selon l’ONG, qui dénonce « une atteinte grave et inacceptable à la liberté de la presse », les reporters enquêtaient sur « la détention au Cameroun de demandeurs d’asile africain expulsés des Etats-Unis ». Ces « actes d’intimidation fragilisent davantage un environnement médiatique déjà marqué par des pressions et des abus récurrents », condamne RSF.
Des migrants expulsés vers Yaoundé
Huit immigrés africains, originaires du Sénégal, de Sierra Leone et d’Ethiopie, sont arrivés lundi au Cameroun après avoir été expulsés des Etats-Unis.
Joseph Fru Awah, avocat représentant plusieurs de ces personnes et qui se trouvait aux côtés des quatre journalistes, a également fait l’objet d’une interpellation mardi, a rapporté le New York Times le jour-même.
Le Cameroun s’ajoute ainsi à la liste des pays africains acceptant d’accueillir des ressortissants de pays tiers expulsés par l’administration du président américain Donald Trump, après le Ghana, l’Eswatini, le Rwanda, la Guinée équatoriale et le Soudan du Sud.
Aucun accord entre le Cameroun et les Etats-Unis encadrant ces transferts n’a été rendu public, contrairement à ceux qui ont été signés avec la Guinée équatoriale ou le Rwanda.
Selon des informations du New York Times publiées samedi, ces expulsions vers le Cameroun se déroulent en vertu d’un accord secret conclu entre Yaoundé et Washington. Un vol similaire avec à son bord neuf Africains expulsés des Etats-Unis, avait atterri à Yaoundé le 14 janvier, selon le quotidien américain.
Un climat déjà hostile aux médias
Le Cameroun est classé au 131ème rang sur 180 pays au classement mondial de la liberté de la presse 2025 établi par RSF. « Les professionnels de l’information y évoluent dans un environnement hostile et précaire », observe l’organisation sur son site, estimant que le Cameroun est « l’un des pays les plus dangereux d’Afrique pour les journalistes. »
L’assassinat du journaliste et animateur radio Martinez Zogo en 2023, spécialisé dans la dénonciation des affaires de corruption, avait provoqué l’émoi et un véritable tollé dans le pays.
© Agence France-Presse
















