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Les États-Unis sanctionnent l’armée rwandaise : Kigali dans le viseur de Washington

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Les États-Unis sanctionnent l’armée rwandaise. Lundi, Washington frappe fort et annonce des sanctions contre les Forces de défense rwandaises et quatre de leurs officiers supérieurs pour leur soutien au groupe armé M23 dans l’est de la RDC. Un coup de pression direct contre Kigali, malgré un accord de paix signé en décembre sous l’égide de Donald Trump.

Washington sort les sanctions. Kigali dans le viseur.

L’avertissement est devenu réalité. Lundi, le département d’État américain a annoncé des sanctions ciblées contre les Forces de défense rwandaises (FDR) et quatre officiers supérieurs. Parmi eux : le chef d’état-major de l’armée rwandaise, le général Vincent Nyakarundi.

Le message de Washington est direct. « Aujourd’hui, les États-Unis sanctionnent les Forces de défense rwandaises et quatre officiers supérieurs des FDR pour leur soutien opérationnel direct au Mouvement du 23 mars (M23) et à ses affiliés dans l’est de la République démocratique du Congo», indique le département d’État dans un communiqué.

Les sanctions sont lourdes. Elles impliquent le gel de l’ensemble des avoirs détenus directement ou indirectement aux États-Unis par les personnes visées. Elles interdisent également à toute personne ou entreprise américaine de faire affaire avec elles. Une mise à l’écart financière et diplomatique qui vise à isoler Kigali.

Le secrétaire au Trésor Scott Bessent va plus loin. Dans un communiqué distinct, il exige « le retrait immédiat des troupes, des armes et de l’équipement » des FDR hors du territoire congolais. « Des milliers de soldats des FDR sont déployés dans l’est de la RDC, où ils participent activement à des opérations de combat et facilitent le contrôle du territoire par le M23 », précise son communiqué.

Le M23, trente ans de violence et un territoire qui saigne

Pour comprendre la portée de ces sanctions, il faut revenir aux racines du conflit. Depuis plus de trente ans, l’est de la République démocratique du Congo brûle. Une région riche en ressources, déchirée par des guerres successives, livrée aux groupes armés.

Depuis fin 2021, le M23 — le Mouvement du 23 mars — s’est emparé, avec le soutien de Kigali et de son armée, de vastes zones dans la partie orientale du pays. Ville après ville. Province après province. Le groupe avance. Les civils fuient.

Le porte-parole du département d’État, Tommy Pigott, ne mâche pas ses mots. «Le M23, entité sanctionnée par les États-Unis et l’ONU, est responsable d’atroces violations des droits humains, notamment des exécutions sommaires et des actes de violence contre des civils, y compris des femmes et des enfants », déclare-t-il.

Et Washington d’enfoncer le clou : «Le soutien continu des FDR et de ses hauts responsables a permis au M23 de s’emparer du territoire souverain de la RDC et de poursuivre ces graves violations. » Une accusation directe. Sans ambiguïté.

L’accord de Trump en décembre. Le M23 avance en janvier.

Ces sanctions interviennent dans un contexte politique particulièrement tendu. En décembre, Donald Trump avait réuni les dirigeants du Rwanda et de la RDC pour signer un accord de paix. Il avait prédit un « grand miracle ». La communauté internationale avait applaudi.

Quelques jours plus tard, la réalité rattrapait la diplomatie. Le département d’État relevait que le M23 avait pris la ville stratégique d’Uvira, dans la province du Sud-Kivu. L’ire de Washington s’était alors manifestée. Les sanctions de lundi en sont la conséquence directe.

Le département d’État est explicite : « Comme le président Trump l’a clairement indiqué, les États-Unis sont prêts à utiliser tous les moyens à leur disposition pour s’assurer que la RDC et le Rwanda tiennent les promesses de cet accord historique. »

La pression monte. Washington ne tolère plus l’immobilisme. Et les sanctions contre les FDR marquent un tournant : pour la première fois, les États-Unis ciblent directement l’armée régulière rwandaise — et non plus seulement le M23.

Kigali conteste. Kinshasa salue.

La réaction de Kigali ne tarde pas. Dans un communiqué publié lundi soir, le Rwanda rejette les sanctions. Elles « visent injustement une seule partie », estime Kigali, qui juge que cette mesure « ne reflète pas la réalité et déforme les faits du conflit ». Le Rwanda contre-attaque et accuse la RDC de « violations manifestes des accords de cessez-le-feu ».

À Kinshasa, le ton est tout autre. Le gouvernement congolais exprime sa «profonde reconnaissance aux États-Unis » et salue une décision historique. « Ces mesures constituent un signal clair en faveur du respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale » de la RDC, estiment les autorités congolaises.

Deux lectures opposées d’une même décision. Deux pays dos à dos. Et entre eux, un conflit qui continue de faire des victimes.

Les minerais stratégiques, au cœur du jeu américain

Derrière la diplomatie, les intérêts économiques sont puissants. L’accord de paix de décembre ne portait pas uniquement sur la stabilité régionale. Il prévoyait une contrepartie économique majeure : sécuriser pour l’industrie américaine un approvisionnement en minerais stratégiques issus du sous-sol congolais.

La RDC est le premier producteur mondial de cobalt — métal essentiel pour les batteries de véhicules électriques. Elle détient aussi au moins 60 % des réserves mondiales de coltan, minerai indispensable à l’industrie électronique. Des ressources que Washington ne veut pas voir partir vers Pékin.

Trump l’avait dit clairement : l’accord de paix était aussi un moyen de sécuriser ces minerais stratégiques. En sanctionnant Kigali, Washington envoie un double message.

D’abord, un message moral : les violations des droits humains ont un prix. Ensuite, un message stratégique : la RDC et ses richesses sont dans le périmètre d’intérêt américain. Et ce périmètre se défend.

Kagame sous pression. L’autosuffisance comme bouclier.

Paul Kagame, président rwandais depuis plus de deux décennies, avait anticipé la pression. En février, alors que les appels aux sanctions se multipliaient à Washington, il exhortait le Rwanda à être « plus autosuffisant » et faisait de cet objectif la « priorité principale » de son pays.

Un positionnement défensif. Une façon de préparer le terrain à une éventuelle rupture avec les financements occidentaux. Kagame sait que les sanctions peuvent faire mal. Il cherche à en limiter l’impact avant qu’elles ne tombent.

Elles sont tombées. La suite appartient au terrain — et aux négociations qui, inévitablement, devront reprendre.

Source: Agence France-Presse — Dépêche AFP du 2 mars 2026, 23h13 (UTC+1)

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