Guerre Iran Israël et le pétrole : vingt jours après le début des opérations militaires conjointes, Benjamin Netanyahu déclare que l’Iran n’a plus la capacité d’enrichir de l’uranium ni de produire des missiles balistiques. Les frappes massives menées jeudi contre les sites énergétiques du Golfe ont fait bondir le gaz européen jusqu’à 35 % et repassé le baril américain au-dessus de 100 dollars. Le conflit, déclenché le 28 février, embrase désormais les marchés mondiaux de l’énergie.
Le Premier ministre israélien a dressé un bilan d’étape lors d’une conférence de presse télévisée le 19 mars. « Après 20 jours, je peux vous annoncer que l’Iran n’a aujourd’hui plus la capacité d’enrichir de l’uranium et qu’il n’a plus la capacité de produire des missiles balistiques », a-t-il déclaré.
L’arsenal de missiles, drones et lanceurs de Téhéran est désormais « fortement amoindri », selon Netanyahu. L’Iran est « en train d’être décimé » et Israël « gagne la guerre », a-t-il martelé. « Je pense aussi que cette guerre va se terminer bien plus vite que ce que les gens imaginent », a-t-il ajouté, sans préciser les délais envisagés.
Côté américain, Washington n’a pas fixé d’échéance à ses opérations militaires. Donald Trump a cependant confirmé jeudi qu’il ne déployait « pas de troupes » sur le terrain.
Une offensive conjointe déclenchée le 28 février
Le conflit a débuté le 28 février, lorsqu’Israël et les États-Unis ont lancé conjointement une offensive contre Téhéran. Trump avait alors annoncé pour objectif l’élimination de la menace nucléaire iranienne. Cette justification intervenait pourtant après ses propres déclarations antérieures, selon lesquelles ce programme avait déjà été détruit lors de frappes conduites en juin 2025.
La contradiction relevée dans les justifications américaines n’a pas empêché l’offensive de se poursuivre. Au 20e jour du conflit, les opérations militaires continuent sur plusieurs fronts simultanément.
Guerre Iran Israël et le pétrole : les marchés énergétiques en crise ouverte
Les frappes massives du 19 mars contre des sites de production d’hydrocarbures dans le Golfe ont déclenché une réaction immédiate sur les marchés mondiaux. Le baril américain WTI a progressé de plus de 5 % et est brièvement repassé au-dessus de 100 dollars. Le gaz européen a bondi jusqu’à 35 %.
Les Bourses européennes ont terminé la séance en forte baisse. La Bourse de New York a ouvert dans le rouge.
Parmi les sites touchés figure Ras Laffan, premier site de production de gaz naturel liquéfié (GNL) au Qatar. Une attaque iranienne y a causé des « dommages considérables », selon Doha. Le Qatar anticipe une réduction de 17 % de ses capacités d’exportation de GNL.
Deux raffineries koweïtiennes ont en outre été visées par des drones. Une raffinerie saoudienne à Yanbu, sur la mer Rouge, a également été frappée.
Ces attaques constituent une riposte directe aux frappes de la veille contre le site de South Pars/North Dome. Ce gisement, partagé entre l’Iran et le Qatar, est la plus grande réserve de gaz connue au monde.
Le détroit d’Ormuz, verrou stratégique du pétrole mondial
Dans le Golfe, le détroit d’Ormuz reste quasi totalement bloqué par Téhéran. Ce passage est emprunté en temps normal par un cinquième du pétrole et du gaz mondiaux. Son blocage prolongé fait peser une menace directe sur l’approvisionnement énergétique mondial.
Après un premier appel américain initialement resté sans réponse, plusieurs pays ont finalement exprimé leur disposition à agir. La France, le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Italie, les Pays-Bas et le Japon se sont dits « prêts à contribuer » à la sécurisation de la navigation dans ce détroit, au moment venu.
Réactions : ultimatums croisés et appel européen au « moratoire »
Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a posé ses conditions publiquement. Téhéran ne ferait preuve d’« aucune retenue » si ses infrastructures énergétiques étaient à nouveau visées, a-t-il prévenu. L’Iran justifie ses frappes dans le Golfe par la présence d’intérêts américains dans cette zone.
Netanyahu a confirmé qu’Israël avait « agi seul » en frappant la partie iranienne du site offshore. Trump avait précisé que cette frappe avait eu lieu « sous le coup de la colère ». « Le président Trump nous a demandé de suspendre toute nouvelle attaque et nous nous y conformons », a ensuite déclaré le Premier ministre israélien.
Trump a de son côté menacé de détruire « massivement l’intégralité du gisement » si l’Iran continuait ses offensives. Les dirigeants européens, réunis en sommet à Bruxelles, ont réclamé un « moratoire » sur les frappes contre les infrastructures énergétiques et hydrauliques. Ils ont également exhorté toutes les parties à une « retenue maximale ».
Guerre Iran Israël et le pétrole : les mesures d’urgence sur les marchés
Face à la flambée des prix, plusieurs mécanismes ont été activés. Washington envisage de lever certaines sanctions sur le pétrole iranien, mais uniquement pour les volumes déjà stockés en mer sur des navires. Scott Bessent, secrétaire américain aux Finances, a précisé le périmètre limité de cette mesure.
L’Agence internationale de l’énergie (AIE) a par ailleurs commencé à libérer des stocks stratégiques, conformément à une annonce de mi-mars. Un total de 426 millions de barils, en majorité du brut, doit être progressivement mis à disposition des marchés.
Ces mesures pourraient s’avérer insuffisantes si les frappes continuent. Aditya Saraswat, analyste chez Rystad Energy, estime que si d’autres infrastructures énergétiques sont visées, le baril « dépassera probablement 120 dollars dans l’immédiat, avec un potentiel de hausse supplémentaire ».
Des « fissures » au sein du commandement iranien
Netanyahu a affirmé percevoir des signes de désorganisation au sommet du pouvoir iranien. « Nous voyons apparaître des fissures et nous essayons de les creuser aussi vite que possible, non seulement au sein du haut commandement mais aussi sur le terrain », a-t-il déclaré. Il a confié ne pas vraiment savoir « qui dirige l’Iran en ce moment ». « Ce que nous constatons, c’est qu’il y a beaucoup de tensions parmi ceux qui se disputent le pouvoir », a-t-il ajouté lors de la même conférence de presse.
Malgré ces déclarations, l’Iran démontre au 20e jour du conflit qu’il conserve une capacité de frappe significative. Peu après les déclarations de Netanyahu, des explosions ont retenti au-dessus de Jérusalem. Les sirènes d’alerte ont résonné dans la ville à la suite du signalement d’une nouvelle salve de missiles iraniens, selon des journalistes de l’AFP présents sur place.
Téhéran à la veille de Norouz : une apparente normalité
Dans la capitale iranienne, peu de signes visibles reflétaient jeudi la situation de guerre. À la veille de Norouz, le Nouvel an persan habituellement célébré avec faste, le centre-ville était embouteillé comme à l’accoutumée. Une présence des forces de sécurité plus importante que d’ordinaire était cependant perceptible dans les rues de Téhéran.
Source : Agence France-Presse
















