Une frappe israélienne au Liban a tué dimanche Wissam Taha, cadre du Hamas, dans la région de Saïda. Le Hezbollah a aussitôt revendiqué le tir d’un missile contre une base aérienne israélienne. Depuis le 2 mars 2026, le conflit a fait 850 morts sur le territoire libanais.
Un responsable du Hamas tué dans une frappe israélienne au Liban
Dimanche à l’aube, une frappe ciblée a détruit le troisième étage d’un immeuble résidentiel dans la région de Saïda, principale ville du sud du Liban. Le ministère de la Santé a établi un bilan d’un mort et trois enfants blessés. Wissam Taha, responsable du Hamas, a péri dans ce bombardement. Une source du mouvement palestinien l’a confirmé à l’AFP.
Un photographe de l’AFP a constaté l’ampleur des dégâts sur place. Le troisième étage de l’immeuble était dévasté. Des pompiers tentaient de maîtriser un incendie dans les décombres. Les habitants des immeubles voisins ont fui dans la rue, paniqués, certains emportant leurs effets personnels à la hâte.
Saïda abrite le plus grand camp de réfugiés palestiniens du Liban, Aïn el-Héloué. Israël avait déjà revendiqué par le passé des frappes visant le Hamas dans cette zone. Celle de dimanche s’inscrit dans cette logique de ciblage des structures du mouvement implanté dans le sud du pays.
Saïda, Qatrani, Beyrouth : la frappe israélienne au Liban s’intensifie
La frappe israélienne au Liban ne s’est pas limitée à Saïda ce dimanche. Dans le village de Qatrani, trois personnes ont été tuées lors d’un raid nocturne, selon le ministère de la Santé. L’agence de presse Ani a rapporté des frappes supplémentaires sur la région est du territoire.
À Beyrouth, l’armée israélienne a émis un nouvel ordre d’évacuation pour la banlieue sud, bastion du Hezbollah bombardé sans relâche depuis le 2 mars. Un photographe de l’AFP a observé dimanche matin plusieurs immeubles en ruines et des rues jonchées de gravats. La grande majorité des habitants avait déjà fui.
La Force intérimaire des Nations Unies au Liban (Finul) a signalé que ses Casques bleus avaient essuyé des tirs « probablement de groupes armés non étatiques » dans le sud du pays. Cette annonce intervient deux jours après des frappes israéliennes sur une autre base onusienne, rapportées par l‘agence Ani.
Le Hezbollah a revendiqué le tir d’un « missile sophistiqué » contre la base aérienne de Palmachim, au sud de Tel-Aviv. Le mouvement pro-iranien a également annoncé des attaques contre le nord d’Israël et contre des soldats israéliens positionnés en territoire libanais, près de la ligne de front.
La frappe israélienne au Liban dans un conflit ouvert depuis le 2 mars
Tout a basculé le 2 mars 2026. Ce jour-là, le Hezbollah a lancé des missiles sur Israël, entraînant le Liban dans la guerre régionale. Le mouvement chiite a justifié cette offensive par la mort d’Ali Khamenei, guide suprême iranien, tué lors de l’offensive israélo-américaine contre l’Iran.
Depuis cette date, le bilan s’est alourdi chaque jour. Les autorités libanaises font état de 850 morts, dont 107 enfants, dans les frappes aériennes israéliennes. Le conflit a déplacé plus de 830.000 personnes. Des centres d’accueil à travers le pays en hébergent 130.000.
Sur le front de mer de Beyrouth, Nader, 42 ans, propriétaire d’un café de la banlieue sud, illustre la réalité de ces déplacés. Nader dort sous une tente malgré la pluie battante. Il témoigne à l’AFP : « Ma maison a été détruite lors de la dernière guerre en 2024, j’ai dû la reconstruire entièrement, je suis sûr qu’elle est à nouveau détruite. » Et il précise : « Mon ami a été blessé le premier jour (le 2 mars, NDLR) et nous avons fui. »
La banlieue sud de Beyrouth, cible prioritaire d’Israël depuis l’ouverture des hostilités, subit des frappes continues. Chaque nouvel ordre d’évacuation amplifie l’exode d’une population déjà massivement déplacée.
Réactions et citations : Beyrouth veut négocier, Tel-Aviv refuse
Face à l’intensification des frappes, une source officielle libanaise a révélé à l’AFP que Beyrouth allait constituer une délégation pour engager des négociations directes avec Israël. C’est une démarche inédite : les deux pays sont techniquement en état de guerre depuis des décennies.
Le chef de la diplomatie israélienne, Gideon Saar, a immédiatement rejeté cette ouverture. Il a déclaré dimanche qu’aucune négociation directe n’était prévue avec Beyrouth. Cette fin de non-recevoir ferme la porte à tout dialogue immédiat entre les deux capitales.
Le ministre israélien de l’Énergie, Eli Cohen, a ajouté une autre revendication. Il a appelé à l’annulation de l’accord sur la frontière maritime signé avec le Liban en 2022, sous l’égide de Washington.
Selon lui, l’accord contenait une « vague promesse » d’amélioration de la sécurité pour Israël que les parties n’ont pas honorée. Cohen a précisé que le cabinet de sécurité israélien avait abordé la question lors d’une réunion.
Cet accord, conclu après des années de négociations sous médiation américaine, régissait l’exploitation des ressources en Méditerranée orientale. Sa remise en cause traduit l’étendue des exigences israéliennes dans le cadre du conflit en cours.
Conséquences et suite attendue : une opération terrestre menace, la diplomatie patine
La frappe israélienne au Liban s’inscrit dans une dynamique militaire qui ne marque aucune pause. Frappes quotidiennes, ordres d’évacuation répétés, bilans croissants : le conflit s’installe dans la durée.
Israël a évoqué la possibilité d’une opération terrestre d’envergure. Cette menace accentue la pression sur un État libanais fragilisé, dont le gouvernement cherche simultanément à ouvrir un canal de négociation que Tel-Aviv a aussitôt rejeté.
La Finul se retrouve dans une position précaire. Des groupes armés ont pris pour cible ses Casques bleus, tandis que des forces israéliennes avaient frappé des bases onusiennes deux jours plus tôt. L’enchaînement des événements remet en question la présence de la mission dans le sud du Liban, déjà contestée avant le conflit.
La mort de Wissam Taha confirme la stratégie israélienne de ciblage des cadres du Hamas présents sur le territoire libanais, notamment autour d’Aïn el-Héloué. Chaque frappe de ce type intensifie les risques d’escalade dans un conflit qui dépasse désormais les seules frontières israélo-libanaises.
Source : Agence France-Presse
















