Le Sénégal perd son titre CAN deux mois après l’avoir conquis sur le terrain. Mardi, le jury d’appel de la Confédération africaine de football a déclaré les Lions de la Teranga forfaits lors de la finale du 18 janvier à Rabat et homologué le résultat 3-0 en faveur du Maroc. Les Lions de l’Atlas sont officiellement sacrés champions d’Afrique des Nations.
Sénégal perd titre CAN : la CAF efface la victoire des Lions de la Teranga
Le jury d’appel de la Confédération africaine de football (CAF) a rendu son verdict mardi dans un communiqué officiel transmis dans la nuit. Dans ce communiqué, l’instance a annoncé avoir décidé de « déclarer l’équipe nationale du Sénégal forfait lors de la finale ». Le résultat de cette finale est désormais homologué 3-0 en faveur du Maroc.
Le Sénégal avait pourtant remporté ce match 1-0 après prolongation, le 18 janvier à Rabat. Cette victoire sportive, acquise sur la pelouse, est effacée par une décision réglementaire rendue deux mois après les faits. Les Lions de l’Atlas, défaits sur le terrain ce soir-là, deviennent officiellement champions d’Afrique des Nations.
La Fédération royale marocaine de football avait saisi le jury d’appel de la CAF à la suite de la rencontre. La Fédération sénégalaise de football, pour sa part, n’a pas réagi dans l’immédiat à l’annonce de cette décision. Elle dispose d’un délai de dix jours pour introduire un recours devant le Tribunal arbitral du sport (TAS).
La finale du 18 janvier : quinze minutes de chaos à Rabat
Tout avait basculé en quelques minutes lors de la finale disputée à Rabat le 18 janvier. En seconde période, l’arbitre refusait un but au Sénégal. Peu après, dans le temps additionnel, il accordait un penalty au Maroc.
C’est cette double décision arbitrale consécutive qui avait déclenché la crise. Plusieurs joueurs sénégalais avaient alors quitté temporairement la pelouse pour protester contre les choix de l’officiel. Le match s’était interrompu.
Quinze longues minutes de confusion avaient suivi. Au terme de cette attente, les Lions de la Teranga étaient revenus disputer la rencontre. Mais le désordre avait alors gagné les tribunes : des supporters sénégalais avaient lancé des projectiles et tenté d’envahir le terrain.
Sur la pelouse, Brahim Diaz, l’ailier marocain, avait manqué le penalty litigieux. La rencontre avait ensuite basculé en prolongation. C’est Pape Gueye qui avait inscrit le but décisif pour le Sénégal, scellant une victoire 1-0 pour les Lions de la Teranga. Rentrés au pays avec le trophée, les joueurs sénégalais se croyaient sacrés champions. La finale du 18 janvier s’était achevée dans un chaos dont la CAF allait tirer les conséquences réglementaires deux mois plus tard.
Le règlement au cœur de la décision : articles 82 et 84 de la CAN
Le jury d’appel de la CAF justifie son verdict en application des articles 82 et 84 du règlement de la Coupe d’Afrique des Nations. Ces dispositions ne laissent aucune place à l’interprétation : toute équipe qui « refuse de jouer ou quitte le terrain avant la fin réglementaire du match » se voit « considérée perdante et définitivement éliminée de la compétition en cours ».
Le départ temporaire des joueurs sénégalais entre dans le cadre de ces textes selon l’instance. Ce retour sur la pelouse, après une interruption d’environ quinze minutes, n’a pas suffi à écarter l’application du règlement. La durée de l’absence a été retenue comme élément déterminant par le jury d’appel.
2019 : un précédent africain déjà tranché par la CAF
Une source proche de la Fédération marocaine a rappelé à l’AFP l’existence d’un précédent comparable dans le football africain. En 2019, lors de la finale de la Ligue des Champions de la CAF, les joueurs du Wydad Casablanca avaient quitté la pelouse pour protester contre une panne de la vidéo-assistance à l’arbitrage (VAR). La CAF avait déclaré l’Espérance Sportive de Tunis lauréate de la compétition trois mois après les faits.
Ce précédent a directement servi de référence à la démarche portée par la Fédération marocaine devant le jury d’appel de la CAF. Dans les deux cas — 2019 et 2026 —, le départ du terrain avant la fin réglementaire d’un match a déclenché les mêmes conséquences réglementaires.
Réactions : sobriété marocaine et rébellion sénégalaise sur les réseaux sociaux
La Fédération royale marocaine de football a adopté un ton mesuré après l’annonce. Elle a pris « acte de la décision » et précisé que « sa démarche n’a jamais eu pour objet de contester la performance sportive des équipes engagées dans cette compétition, mais uniquement de demander l’application du règlement de la compétition ».
Du côté sénégalais, la réaction est venue des réseaux sociaux, et elle a été immédiate. Moussa Niakhaté, défenseur des Lions de la Teranga et joueur de l’Olympique lyonnais, a publié une photo de lui brandissant la coupe d’Afrique. Son commentaire accompagnant l’image était sans ambiguïté : « venez les chercher ils sont fous eux ».
Ses coéquipiers de sélection ont aussitôt relayé le même type d’images. Les réseaux sociaux se sont rapidement enflammés de toutes parts. Dans ce flot de réactions incandescentes, les joueurs sénégalais affichent collectivement leur refus de reconnaître le verdict du jury d’appel de la CAF.
Sénégal perd titre CAN : dix jours pour le TAS, supporters toujours détenus
La Fédération sénégalaise de football peut encore contester cette décision. Elle dispose d’un délai de dix jours pour saisir le Tribunal arbitral du sport (TAS) et attaquer le verdict devant cette instance internationale. La saisine de la Fédération marocaine avait déclenché la procédure devant le jury d’appel de la CAF. La Fédération sénégalaise est désormais la seule partie à pouvoir porter le dossier devant le TAS. Aucune communication officielle n’a été publiée à ce stade sur ses intentions.
Cette décision intervient dans un contexte disciplinaire déjà lourd. Fin janvier, le jury disciplinaire de la CAF avait infligé des amendes s’élevant à plusieurs centaines de milliers d’euros aux fédérations des deux pays. Ces sanctions visaient des comportements antisportifs et des violations des principes de fair-play. La décision du jury disciplinaire et celle du jury d’appel constituent deux procédures distinctes au sein de la CAF. À cette étape disciplinaire, le résultat sportif de la finale n’avait pas été modifié.
La situation reste également tendue sur le plan judiciaire. Dix-huit supporters sénégalais sont emprisonnés depuis la finale du 18 janvier. Condamnés à des peines allant de trois mois à un an de prison pour « hooliganisme », ils devaient comparaître en appel lundi. Cette audience a finalement été reportée au 30 mars.
Source : Agence France-Presse
















